Malgré une croissance fulgurante depuis l’ouverture à la concurrence en 2015, le secteur des assurances en République démocratique du Congo peine à s’imposer dans la vie quotidienne des citoyens. En 2024, le taux de pénétration de l’assurance reste bloqué à 0,46 % du PIB, bien en dessous de la moyenne africaine. Derrière cette faiblesse se cache un défi culturel majeur, alimenté par la méfiance, le manque d’éducation financière, et des procédures d’indemnisation jugées complexes. Un frein sérieux pour un marché aux revenus potentiels importants, dans un pays à fort taux de sinistralité.
Depuis la libéralisation du secteur, les primes d’assurance ont explosé, passant de 66,75 millions USD en 2018 à 352,15 millions USD en 2024, soit une croissance impressionnante de 428 %. Le secteur compte aujourd’hui 50 opérateurs, incluant 10 sociétés d’assurance, 27 sociétés de courtage, et 2 réassureurs régionaux.
Mais cette évolution n’a pas encore convaincu la population. Le marché de l’assurance en RDC reste largement sous-développé, et le manque de culture assurantielle reste un obstacle majeur à franchir.
Selon une étude du cabinet Target, seule l’assurance auto est bien identifiée par les Congolais (47 %). L’assurance vie (20 %), santé (17 %) et incendie (9 %) souffrent encore d’un déficit de notoriété. Cette faible connaissance découle directement du manque d’information, de pédagogie et de campagnes ciblées.
À cela s’ajoute une image négative des compagnies d’assurance : lenteur dans les indemnisations, opacité des procédures, et sentiment d’injustice ou d’arnaque renforcent la méfiance. Résultat : la majorité des Congolais continuent de percevoir l’assurance comme un luxe inutile, plutôt qu’un outil de protection économique.
Face à cette défiance, l’Autorité de Régulation et de Contrôle des Assurances (ARCA) multiplie les initiatives : promotion de la micro-assurance, création de produits adaptés, digitalisation des services, et bientôt, intégration avec le mobile money pour démocratiser l’accès.
L’objectif est clair : atteindre entre 5 et 7 % de taux de pénétration d’ici 2030. Mais pour y parvenir, il faudra transformer la progression statistique en adoption culturelle, notamment en ruralité et chez les jeunes adultes.
L’assurance doit devenir un outil de résilience économique pour les ménages congolais. Qu’il s’agisse de santé, d’accidents ou d’activités agricoles, la couverture des risques est essentielle dans une économie où les chocs sont fréquents. Sans un changement de perception profond, le secteur pourrait rester confiné à une élite urbaine.
Le défi est donc double : bâtir la confiance à travers des services efficaces et transparents, tout en menant une éducation massive à la prévoyance. Une dynamique indispensable pour que l’assurance devienne un vecteur de développement, et non un produit réservé à une minorité.
Infos27

