L’autorité urbaine de Kinshasa a décidé : pour désengorger une capitale asphyxiée par les embouteillages, les automobilistes devront rouler un jour sur deux, selon que leur plaque est paire ou impaire. Une décision à la fois simpliste et symptomatique d’une gestion en pilotage automatique. Car à défaut de s’attaquer aux causes structurelles de la paralysie urbaine – urbanisme anarchique, voiries délabrées, transports publics inexistants – l’Hôtel de ville choisit la facilité : punir les usagers au lieu de construire des solutions. Cette mesure d’apparence technique n’est rien d’autre qu’un artifice politique, un aveu d’impuissance maquillé en action. Un emplâtre absurde sur un système à l’agonie. Kinshasa n’a pas besoin de restrictions, mais d’ambition. À Lagos, la mise en place d’un réseau de bus rapides (BRT) a permis de fluidifier les grands axes. À Cotonou, des voies périphériques ont désengorgé le centre-ville. Nairobi modernise ses carrefours avec des feux intelligents. Pourquoi Kinshasa s’obstine-t-elle dans l’archaïsme alors que des solutions éprouvées existent ? Ce qu’il faut, ce n’est pas une interdiction tournante, mais un plan de transport urbain intégré, multimodal et prospectif, fondé sur la création de nouvelles infrastructures, le développement massif du transport collectif, et l’éducation civique à la mobilité urbaine. La capitale congolaise mérite mieux qu’un coup de peinture sur une carcasse rouillée. Elle a besoin d’une politique. D’une vraie. La circulation alternée selon les plaques, c’est un aveu d’échec qui risque d’alimenter la colère d’une population déjà en proie à de multiples frustrations. Une capitale ne se gère pas par des mesurettes, mais par des décisions courageuses, éclairées et inclusives. Il est encore temps d’éviter la paralysie totale. Mais pour cela, il faut commencer par reconnaître que l’urgence n’est pas d’interdire, mais de construire.
L’hôtel de ville de Kinshasa a tranché : pour remédier aux embouteillages chroniques qui paralysent la capitale congolaise, il faudra désormais alterner la circulation selon les plaques d’immatriculation paires et impaires. Présentée comme une solution d’urgence à la congestion, cette mesure soulève une avalanche de critiques, tant elle apparaît comme un pansement sur une jambe de bois, déconnectée des réalités profondes et structurelles que traverse la ville.
La mesure a tout d’un coup de peinture sur une carcasse rouillée. Kinshasa, mégalopole de plus de 15 millions d’habitants, s’étouffe non pas par excès de véhicules, mais par absence de vision urbaine et de politique de transport digne de ce nom. La vérité, que chacun connaît mais que peu osent affronter, est que les problèmes sont déjà identifiés depuis des années. Ils relèvent d’un urbanisme déficient, d’un réseau routier obsolète, d’un manque criant de transport en commun et d’un laisser-aller institutionnalisé dans la gestion du trafic.
Un système à bout de souffle
Qui peut sérieusement croire que limiter l’accès à certaines voitures un jour sur deux changera la vie des Kinois, alors que les causes de l’enfer routier sont ailleurs ? Le centre-ville de Kinshasa, vitrine supposée de la capitale, offre un triste spectacle : carrefours sans feux de signalisation ou avec feux de signalisation en panne, policiers débordés, voiries ravinées. Le boulevard Lumumba, colonne vertébrale de la ville et axe stratégique reliant l’aéroport de N’djili, est truffé de nids-de-poule. Le tronçon entre le pont Matete et l’arrêt Debonhomme est un calvaire quotidien pour les automobilistes, contraints de dévier de la voie normale, ralentissant l’ensemble du trafic.
Ce tableau n’est pas l’exception, mais la norme. Les « sauts-de-mouton », pourtant construits pour fluidifier la circulation, sont eux-mêmes détériorés avec de nids-de-poule. Qu’apportera une alternance de circulation dans ce chaos infrastructurel ? Rien, sinon davantage de confusion et d’injustices, notamment pour ceux qui ne possèdent qu’un seul véhicule, souvent outil de travail indispensable.
Une ville sans transports collectifs efficaces<

