L’état du monde impose à la République démocratique du Congo de revoir ses certitudes et de bâtir, sans délai, une réponse cohérente à des périls systémiques. Le ralentissement du commerce mondial, les secousses financières internationales, la pression sur les monnaies africaines et les désordres régionaux ne relèvent plus de l’abstraction. Ils pèsent déjà sur les équilibres fragiles du pays.
Lors de la 45ᵉ réunion du Conseil des ministres, tenue à Kinshasa, le chef de l’État a livré une communication dénonçant la dépendance excessive du pays aux devises étrangères, les risques liés à la volatilité des matières premières, mais aussi la passivité prolongée dans la gouvernance du secteur minier. Si l’environnement externe se dégrade, c’est bien l’absence de réformes structurelles internes qui menace de précipiter l’économie congolaise dans une zone de turbulences prolongées. Les indicateurs d’alerte sont clairs : inflation importée, déficit de crédibilité institutionnelle, exposition aux soubresauts chinois et détérioration du climat sécuritaire à l’est.
Mais au-delà du diagnostic, c’est un appel à l’action que le président a lancé. Il réclame une riposte multisectorielle : redéfinir la politique commerciale, stabiliser la monnaie nationale, renforcer l’indépendance économique et rendre plus lisible la présence de l’État dans les sociétés minières. Ce n’est pas une simple déclaration d’intention, mais un point d’inflexion.
Ce qui est en jeu, c’est la souveraineté du pays. Souveraineté monétaire, face à un dollar devenu instrument de fragilisation. Souveraineté industrielle, dans un monde qui se referme sur ses blocs. Souveraineté politique, enfin, à l’heure où les intérêts étrangers exploitent les failles de la gouvernance congolaise.
Il faudra des actes, pas des circulaires. Une stratégie cohérente, pas une liste de vœux pieux. La RDC peut encore tourner la page d’une économie soumise aux aléas du dehors. Mais elle devra le faire vite. Et avec lucidité.
Cette lucidité commande aussi de revoir en profondeur la gestion des ressources naturelles. Les joint-ventures minières, censées garantir une juste répartition des richesses, demeurent marquées par l’opacité et l’inefficacité. Or, sans transparence, pas de légitimité. Sans légitimité, pas de souveraineté durable. La création d’une commission ad hoc pour auditer les actifs miniers de l’État va dans le bon sens. Mais seul un engagement ferme, prolongé et sans complaisance permettra de remettre de l’ordre dans un secteur vital.
La RDC ne manque ni de ressources ni de talents. Ce qui lui a souvent fait défaut, c’est une volonté constante de rompre avec l’économie de rente et les pratiques prédatrices. Ce moment de bascule peut – et doit – être celui d’un redressement national. Encore faut-il que l’exigence de transformation l’emporte enfin sur les intérêts installés.
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