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3 juin, 2026 - 08:42:19
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Tshisekedi trace une ligne de défense pour l’économie congolaise

Confrontée à un environnement mondial instable et à des vulnérabilités internes persistantes, la République démocratique du Congo est appelée à une refondation stratégique. Réuni à Kinshasa pour la 45ᵉ réunion du Conseil des ministres, le gouvernement a reçu un avertissement présidentiel aux accents de gravité. Évoquant à la fois la contraction du commerce mondial, la dédollarisation des échanges, la pression sur le franc congolais, la dépendance aux cours des métaux et l’enlisement sécuritaire dans l’est du pays, Félix Tshisekedi a dressé un diagnostic sans concession. L’heure, selon lui, n’est plus aux demi-mesures : la RDC doit se doter d’une vision économique autonome, défendre sa souveraineté monétaire et repenser sa gouvernance minière. Au cœur de sa communication : l’exigence d’un sursaut collectif face à des chocs systémiques, et la dénonciation d’une opacité persistante dans les partenariats miniers. À l’heure où les turbulences extérieures révèlent les failles structurelles de l’État, le chef de l’État en appelle à un recentrage sur l’intérêt national.

Réuni à la Cité de l’Union africaine, le gouvernement congolais a reçu, vendredi 30 mai, un message clair et sans détour de son président. Face à la montée des risques géopolitiques et financiers, Félix Tshisekedi a livré une communication à haute teneur stratégique. Devant le Conseil des ministres, il a mis en garde contre les répercussions concrètes d’un ordre mondial en recomposition, appelant à une refonte urgente du positionnement économique et diplomatique de la République démocratique du Congo. « Ce qui semble lointain nous frappe de plein fouet », a-t-il prévenu.

À l’instar de nombreuses économies africaines exposées aux vents contraires de la conjoncture globale, la RDC est confrontée à une série de chocs qui fragilisent son modèle de croissance. « L’Organisation mondiale du commerce prévoit une contraction du commerce mondial de 0,2 % cette année, et le FMI abaisse les perspectives de croissance à 2,8 % en 2025 et 3 % en 2026 », a souligné le président, rappelant que la dépréciation du dollar – alimentée par une perte de confiance dans les marchés obligataires – accentue la volatilité monétaire dans des pays comme le sien, où « 91 % des dépôts et 97 % des prêts bancaires sont encore libellés en devises ».

Quatre risques majeurs pour l’économie congolaise

La RDC fait face, selon le président Tshisekedi, à quatre risques principaux : une inflation importée, une pression accrue sur le franc congolais, le ralentissement de l’économie chinoise (qui affecte la demande en ressources stratégiques), et une forte instabilité des cours des métaux. La récente suspension temporaire des exportations de cobalt pour réguler les prix a illustré, selon lui, « l’importance de stratégies nationales de maîtrise de l’offre pour défendre les intérêts du pays ».

Mais à cette vulnérabilité économique vient s’ajouter l’onde de choc sécuritaire provoquée par les conflits persistants dans l’est du pays. L’ampleur des ressources mobilisées pour faire face à cette guerre – soutenir les déplacés, renforcer les forces armées et maintenir la souveraineté territoriale – rend, selon le chef de l’État, toute complaisance intenable : « Sécuriser nos flux économiques extérieurs et repenser notre positionnement géopolitique n’est plus une option, mais une nécessité. »

Une réponse gouvernementale multisectorielle attendue

Dans ce contexte, Félix Tshisekedi a instruit la Première ministre et une série de ministères clés – Économie, Finances, Budget, Mines, Commerce extérieur, Affaires étrangères, Agriculture – ainsi que la Banque centrale du Congo à se concerter pour proposer « des mesures concrètes visant à protéger notre économie des chocs extérieurs, renforcer notre souveraineté monétaire et commerciale, diversifier nos partenariats et ancrer nos décisions économiques ».

Le président appelle de ses vœux une stratégie autonome et transversale, centrée sur les seuls intérêts du pays, et cite en exemple la Zone économique spéciale RDC-Zambie, présentée comme une « illustration du potentiel d’intégration dans les chaînes de valeur mondiales et africaines ».

Opacité persistante dans les joint-ventures minières

La deuxième partie de sa communication a mis en lumière un autre foyer de vulnérabilité structurelle : la représentation de l’État dans les joint-ventures minières et la cession à la RDC des actions détenues par les sociétés privées exploitantes. Félix Tshisekedi a rappelé qu’il avait, dès novembre 2021, instruit les ministres des Mines et du Portefeuille à mener un contrôle systématique sur les actifs miniers publics.
Mais près de trois ans plus tard, le constat est amer. « Les résultats escomptés ne sont pas disponibles. La situation demeure marquée par un manque de transparence préoccupant », a regretté le président. Selon lui, cette opacité entrave la gouvernance du secteur extractif, empêche une mobilisation optimale des recettes publiques et compromet les engagements du pays en matière de justice économique, de développement durable et de souveraineté.

Une commission ad hoc pour remettre de l’ordre

Pour remédier à cette situation, Félix Tshisekedi a ordonné la création d’une commission ad hoc chargée de mener un audit exhaustif des actifs miniers de l’État. Placée sous la coordination du cabinet présidentiel, cette instance réunira les ministères des Finances, des Mines et du Portefeuille, avec pour mission d’« évaluer la gouvernance des sociétés concernées, proposer des mécanismes correctifs et améliorer la structuration de la présence étatique dans le secteur ».

Le chef de l’État a insisté sur l’importance d’une gestion rigoureuse des ressources naturelles. « Il ne s’agit pas seulement d’une question économique. Elle engage notre responsabilité devant la nation et les générations futures. Elle exige intégrité, rigueur et sens élevé de l’intérêt général », a-t-il martelé.

En creux, la communication présidentielle reflète un souci croissant de souveraineté – monétaire, commerciale et minière – dans un contexte où les dépendances structurelles de la RDC apparaissent de plus en plus comme des menaces existentielles pour son modèle de développement.

Infos27

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