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17 avril, 2026 - 16:34:34
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Balkanisation de la RDC : Fayulu dénonce la complicité de Nangaa, presse Kabila de quitter Goma et s’ouvre à Tshisekedi

Dans une scène politique congolaise trop souvent défigurée par les invectives, les ruptures et les replis identitaires, l’appel solennel lancé par Martin Fayulu ce lundi 2 juin 2025 marque un tournant d’une portée exceptionnelle. En brisant le mur de la défiance pour tendre la main au président Félix Tshisekedi, l’opposant historique engage un geste d’une rare élévation républicaine : celui de mettre la survie du pays au-dessus de tous les contentieux, de toutes les blessures politiques, de tous les calculs. Mais cet acte de dépassement, aussi fort soit-il, ne tombe pas dans le vide. Il vient à la rencontre d’une autre main restée tendue depuis toujours : celle du président de la République, qui, à plusieurs reprises — du Parlement à la tribune de la ZLECAf — a affirmé sa volonté d’unir les forces vives du pays face au péril de la balkanisation. Le moment est donc peut-être venu où deux voix longtemps opposées, mais animées par une même angoisse patriotique, peuvent se répondre. L’une appelle à une « résurrection nationale », l’autre invoque un « pacte républicain ». Le rapprochement, cette fois, ne serait plus une option politique, mais une nécessité vitale.

Dans un geste rare en politique congolaise contemporaine, l’opposant historique Martin Fayulu a lancé ce lundi 2 juin un appel solennel à la responsabilité, à la cohésion nationale et au sursaut patriotique. Confronté à l’aggravation de la crise sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo, l’ancien candidat à la présidentielle de 2018 se dit prêt à rencontrer le président Félix Tshisekedi pour une discussion directe et sans conditions, « par patriotisme », au nom de la survie du pays.

« Oui, s’il faut mourir pour que le Congo renaisse, alors mourons. Mais que notre mort soit utile », écrit-il dans une déclaration d’une intensité rare, rendue publique ce lundi à Kinshasa.

Un tournant rhétorique et politique

Martin Fayulu n’a jamais caché son opposition frontale au régime actuel. Mais dans ce texte dense, grave et poignant, le président de l’ECiDé (Engagement pour la Citoyenneté et le Développement) transcende les logiques partisanes pour s’adresser à la nation tout entière. Il évoque une situation d’effondrement imminent, où la menace de balkanisation du pays n’est plus un spectre, mais un processus « en marche, à grands pas ».

Il interpelle directement trois figures-clés de la scène congolaise : Corneille Nangaa, qu’il accuse d’être « complice des massacres », Joseph Kabila, à qui il demande de quitter la ville occupée de Goma, et enfin Félix Tshisekedi, qu’il exhorte à agir « pour que notre génération ne soit pas celle qui aura vu le Congo se désintégrer ».

À Goma, Joseph Kabila aux côtés de Corneille Nangaa, chef de l’AFC-M23, rébellion pro-rwandaise.

 

La nation avant les calculs

Dans cet appel à l’unité, Martin Fayulu refuse toute compromission, mais tend la main au président Tshisekedi pour une rencontre fondée sur l’essentiel : la patrie, la paix, la dignité. « Je veux vous voir, non pas pour une faveur, mais pour une discussion directe, sans faux-semblants », écrit-il, soulignant que seul un dialogue sans calculs politiques peut sortir le pays de ce qu’il qualifie de « crise existentielle ».

L’opposant en appelle également au peuple : « Dressons nos fronts longtemps courbés », cite-t-il dans une évocation solennelle de l’hymne national. Pour lui, l’heure est venue d’opposer la cohésion nationale à la fatalité du morcellement, et d’incarner enfin les idéaux d’indépendance portés depuis 1960.

Une rupture dans la culture du conflit

Par-delà les mots, la déclaration du 2 juin marque une rupture avec la culture politique congolaise souvent marquée par la défiance mutuelle, les invectives et la surenchère. Fayulu y privilégie un cap moral, presque sacrificiel, à l’image d’une ultime tentative de sauver ce qui peut l’être encore.

Dans un pays où l’unité est trop souvent invoquée sans être construite, cet appel pourrait résonner plus loin que Kinshasa. Mais cette main tendue pourrait ne pas rester sans réponse. Car, depuis plusieurs mois, le président Félix Tshisekedi lui-même n’a cessé d’affirmer sa disponibilité pour une ouverture politique nationale, dans un contexte d’insécurité croissante et de pression internationale. À l’occasion de divers discours, notamment devant le Parlement et lors de la 16ᵉ réunion ministérielle de la ZLECAf à Kinshasa, il avait déclaré : « Le temps n’est plus aux clivages, mais au rassemblement de toutes les énergies pour défendre l’intégrité du territoire national. »

Dans ce contexte, l’invitation directe et solennelle lancée par Martin Fayulu pourrait trouver un écho favorable. Car, au-delà des lignes partisanes, c’est une même conscience de l’urgence nationale qui semble aujourd’hui émerger. L’un parle de « résurrection nationale », l’autre de « pacte républicain » ; tous deux reconnaissent que la menace de balkanisation n’est plus une fiction, mais une réalité imminente.

En somme, les conditions d’un rapprochement politique sincère, autour des valeurs républicaines et de la survie de la nation, semblent aujourd’hui plus réunies que jamais. Le pays retient son souffle, suspendu à un possible sursaut d’unité entre deux figures majeures du destin congolais.

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