Lors d’une parade à Kinshasa, l’Inspecteur général de la police a dénoncé les dérives de certains agents et promis des sanctions. Le phénomène des « Kabasele », ces véhicules policiers associés à des abus répétés, cristallise la colère des Kinois.
Le décor était solennel, mais le ton ferme. Lundi 2 juin, à l’occasion d’une parade organisée à Kinshasa, le général Yav, inspecteur général de la police nationale congolaise, a haussé la voix contre les dérives de certains éléments de la force publique. « Des sanctions seront prises contre les policiers véreux », a-t-il prévenu sans détour, dénonçant des pratiques devenues monnaie courante à bord de véhicules connus sous le surnom de « Kabasele ».
Ces fourgonnettes banalisées, qui circulent à vive allure dans les artères de la capitale congolaise, sont devenues en quelques mois le symbole d’un certain arbitraire policier. Des arrestations sans motif clair, des rançonnements à répétition, des passages à tabac parfois filmés et relayés sur les réseaux sociaux… À Kinshasa, le phénomène inquiète. Il alimente la défiance croissante envers des forces censées incarner l’ordre et la sécurité.
« Il ne faut pas que les comportements des policiers soient au détriment de la population », a martelé le général Yav, appelant à une rigueur nouvelle dans l’application des lois. « Faites-le avec force, égalité et honnêteté », a-t-il enjoint à ses troupes, comme pour poser les jalons d’un redressement éthique.
Multiplication des témoignages de victimes
Dans plusieurs communes de Kinshasa, les habitants n’osent plus croiser ces véhicules sans un pincement au cœur. Certains évoquent des contrôles arbitraires tournant à l’intimidation ; d’autres, des extorsions en pleine rue. « J’ai été embarqué alors que je rentrais du travail. Ils m’ont retenu deux heures, m’ont demandé 20 000 francs congolais pour me relâcher », confie Didier, jeune fonctionnaire dans la commune de Kalamu. Tout comme lui, Jérémie Lubaki, assistant du coordonnateur du groupe de presse Média 27, a été interpellé de force le lundi 2 juin aux alentours de 23 heures, puis contraint de passer la nuit dans un sous-Ciat situé non loin de la commune de Ngiri-Ngiri. Son seul tort : avoir achevé sa journée de travail à cette heure-là. Des récits similaires abondent, notamment dans les quartiers populaires de Masina, Matete ou Selembao.
Face à cette vague de plaintes, l’Inspection générale dit vouloir serrer la vis. « Nous recevons de nombreux appels d’alerte chaque jour », a reconnu le général Yav. Mais sur le terrain, peu de sanctions concrètes sont encore visibles, et l’opinion publique demeure sceptique.
Une impunité en question
Les propos du haut responsable policier sonnent comme une tentative de reprise en main, dans un contexte de tensions sociales et de critiques croissantes contre les abus de pouvoir. Car si les bavures des « Kabasele » sont connues, elles restent pour l’instant largement impunies. « Le problème, c’est l’absence de mécanisme clair de contrôle et de redevabilité », estime un membre d’une ONG locale de défense des droits humains, qui s’inquiète d’une dérive institutionnalisée.
Reste à savoir si l’administration policière passera enfin des mots aux actes. Le message lancé lundi est sans équivoque. Mais sa crédibilité dépendra de la capacité des autorités à démanteler les réseaux internes de corruption et à faire cesser les pratiques illégales.
À Kinshasa, où la population jongle quotidiennement entre embouteillages, pénurie d’eau et insécurité, le phénomène « Kabasele » apparaît désormais comme un symptôme inquiétant d’un État de droit vacillant. Et comme un test pour l’État congolais, sommé de restaurer la confiance sans plus tarder.
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