La signature, samedi 19 juillet 2025 à Doha, d’une Déclaration de principes entre le gouvernement congolais et la rébellion de l’AFC/M23 ouvre la voie à des négociations formelles en vue d’un accord de paix global. Ce tournant diplomatique, placé sous la médiation active du Qatar, a suscité une vague de réactions favorables au sein de la communauté internationale.
Après des mois de tensions, de combats intenses à l’Est de la République démocratique du Congo et de négociations indirectes, la Déclaration de principes signée dans la capitale qatarie marque un changement d’étape. Pour les autorités congolaises comme pour leurs partenaires, il s’agit d’un engagement à structurer le processus de paix sur des bases juridiques, politiques et diplomatiques solides. L’accord, signé en présence de représentants qataris et salué par les États-Unis, l’Union européenne, la France et la Belgique, ouvre la voie à des pourparlers de fond sur un règlement durable du conflit.
Un tournant salué par Paris, Washington et Bruxelles
À Paris, le président Emmanuel Macron a été l’un des premiers dirigeants à réagir, saluant « l’accord de principes par la RDC et le M23/AFC grâce à la médiation du Qatar et de son Émir ». Dans un message publié sur le réseau X (ex-Twitter), le chef de l’État français a souligné que cette dynamique de paix « recrée l’espoir et la confiance » pour le peuple congolais et l’ensemble de la région des Grands Lacs. La France, a-t-il précisé, « poursuivra ses efforts en soutien de la paix ».
Le message est clair : la France, qui a multiplié ces derniers mois les appels à une solution politique et régionale au conflit, voit dans ce texte une avancée concrète. Elle entend accompagner les prochaines étapes du processus, tout en réaffirmant son attachement à l’intégrité territoriale de la RDC.
De son côté, l’Union européenne, par la voix de son porte-parole pour les Affaires étrangères, Anouar El Anouni, a également salué « une étape importante vers un accord de paix durable ». Bruxelles appelle désormais les deux parties à faire preuve de « bonne foi » dans l’application des principes convenus et à maintenir la coopération avec les acteurs régionaux concernés. Le ton est encourageant mais ferme : l’heure n’est plus à la simple déclaration d’intention, mais à la concrétisation d’un processus attendu depuis des décennies par les populations de l’Est congolais.
Appui ferme des États-Unis et reconnaissance du rôle du Qatar
Les États-Unis, par la voix de leur ambassadrice à Kinshasa, Lucy Tamlyn, ont qualifié la déclaration de Doha de « pas significatif vers la paix et la stabilité dans la région ». Washington, qui a parrainé en juin dernier la signature d’un accord bilatéral entre la RDC et le Rwanda à Washington, se pose en garant diplomatique du processus. « Les États-Unis […] restent pleinement engagés à soutenir la mise en œuvre de cet accord. C’est une opportunité cruciale pour tourner la page du conflit à l’Est de la RDC », a précisé Mme Tamlyn.
Son collègue Massad Boulos, conseiller spécial du Département d’État américain pour les affaires africaines, avait déjà amorcé une mobilisation américaine en faveur du processus de Doha, en insistant sur « la responsabilité régionale et la nécessité d’une solution politique inclusive ». Washington, tout comme Doha, semble désormais déterminé à faire de cette médiation un modèle de règlement diplomatique des conflits en Afrique centrale.
La Belgique, par la voix de Maxime Prévôt, vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères, a salué « un moment crucial dans la quête de paix et de sécurité pour les populations de l’Est de la RDC ». Le chef de la diplomatie belge a également souligné le rôle du Qatar, saluant le leadership du ministre des Affaires étrangères, Dr Al Khulaifi, dans la conduite de ces négociations sensibles. Bruxelles, à l’instar des autres capitales européennes, appelle désormais à une mise en œuvre « pleine, entière et de bonne foi » des engagements pris.
Une architecture diplomatique en construction
Selon le texte signé à Doha, les engagements devront être appliqués d’ici le 29 juillet 2025. Une fois ce préalable respecté, les deux parties entameront des négociations directes pour la rédaction et la conclusion d’un accord de paix global, prévu au plus tard le 17 août 2025. Ces discussions s’inscriront dans le prolongement de l’accord de paix RDC-Rwanda signé à Washington le 27 juin dernier, et visent à établir un mécanisme de sortie durable du conflit.
Dans la Déclaration, les signataires expriment leur gratitude à l’État du Qatar pour son rôle de facilitateur, ainsi qu’aux États-Unis pour leur soutien stratégique. L’Union africaine est également remerciée pour sa constance depuis le début du processus. Cette architecture multi-acteurs, mêlant puissances occidentales, institutions africaines et médiation du Moyen-Orient, constitue désormais le socle sur lequel repose l’espoir d’une paix véritable.
Une réponse à l’urgence sécuritaire et humanitaire
La signature de ce texte intervient dans un contexte sécuritaire tendu. Les combats se sont intensifiés autour des zones de Kitshanga, Rutshuru et Sake. Kinshasa affirme que la rébellion entend désormais progresser vers le Sud-Kivu, jusqu’à Uvira. Dans ce climat inflammable, la Déclaration de Doha impose un cessez-le-feu tacite et un retour progressif des institutions congolaises dans les zones occupées.
Le pari de la paix n’est donc pas exempt de risques. Mais il est désormais encadré, soutenu, suivi. Et surtout, il repose sur un engagement collectif qui dépasse les seules frontières congolaises. Pour la première fois depuis longtemps, une issue politique semble à portée de main. Reste à la traduire, concrètement, sur le terrain.
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