À Bukavu tout comme dans d’autres villes sous occupation, le silence s’impose désormais à la pointe du fusil. L’assassinat du journaliste Fiston Wilondja n’est pas un fait divers, mais l’illustration glaçante d’un système où la peur est devenue doctrine et la propagande, une arme de guerre. L’AFC/M23, soutenu par Kigali, s’attaque aux consciences, enrôle de force les journalistes, impose une « rééducation idéologique » et élimine ceux qui refusent de plier. Cette dérive totalitaire transforme l’Est congolais en laboratoire de la terreur, où informer revient à risquer sa vie. Face à ce crime par procuration, les silences complices de certaines puissances et la timidité de la communauté internationale sonnent comme une double condamnation pour la liberté de la presse. Jusqu’à quand laissera-t-on des zones entières sombrer dans la dictature armée sans réagir ?
Le corps sans vie du journaliste congolais Fiston Wilondja a été découvert mardi 5 août matin à Bukavu, chef-lieu du Sud-Kivu, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Cette ville, naguère un centre névralgique du bouillonnement intellectuel congolais, vit désormais sous la férule des rebelles de l’Alliance du Fleuve Congo (AFC/M23), appuyés militairement par le Rwanda.
L’information a été confirmée par Journaliste en danger (JED), une organisation de référence en matière de liberté de la presse en RDC. « Le journaliste était porteur de sa carte de presse et faisait partie des professionnels enrôlés de force par le mouvement rebelle pour suivre une formation idéologique, peu après la chute de Bukavu », indique le communiqué de JED.
Une mort loin d’être accidentelle
Pour l’ONG, cette disparition n’a « rien d’un banal fait d’insécurité » mais soulève de graves interrogations sur les pratiques des rebelles. « JED exprime sa grande consternation et demande instamment aux responsables politiques et sécuritaires de l’AFC/M23 de tirer au clair les circonstances de ce meurtre », conclut le communiqué.
Cet appel résonne comme un cri d’alarme. Car dans les zones occupées par l’AFC/M23, le contrôle de l’information est devenu une priorité stratégique. Plusieurs sources locales et organisations de défense des droits humains évoquent l’existence de sessions forcées de « rééducation idéologique » pour les journalistes, imposées par le mouvement. Objectif : aligner la presse sur la ligne politique du groupe armé et réduire au silence toute voix discordante.
L’embrigadement des journalistes : une dérive assumée
Avec ce meurtre, l’AFC/M23 franchit une étape supplémentaire dans la négation des libertés fondamentales. Dans ces zones, informer n’est plus seulement difficile, c’est devenu dangereux, voire fatal. « Ce qui se joue ici, ce n’est pas uniquement la guerre des armes, mais celle des récits », explique un analyste congolais basé à Kinshasa. « Les rebelles veulent imposer leur narratif en contrôlant totalement le discours médiatique. »
Le cas de Fiston illustre cette logique implacable : enrôler de force, soumettre à une propagande idéologique, et éliminer ceux qui résistent. Ce mécanisme n’a rien d’improvisé. Il rappelle les méthodes totalitaires qui visent à transformer les journalistes en relais dociles, quitte à recourir à la terreur comme outil de persuasion.
Un climat de peur généralisée
À Bukavu comme dans d’autres villes occupées, les témoignages affluent, décrivant des journalistes contraints de participer à des formations sous surveillance armée. « C’est un lavage de cerveau organisé, avec des consignes précises sur les termes à employer dans les articles », rapporte une source locale sous couvert d’anonymat.
Cette atmosphère de peur se double d’un contrôle strict des canaux de communication : coupures intermittentes d’Internet, filtrage des messages sur les réseaux sociaux, menaces contre les radios communautaires. Tout concourt à priver les populations d’une information libre et indépendante.
Le rôle ambigu du Rwanda
Ce meurtre ravive également les interrogations sur la responsabilité des parrains régionaux du M23. « Le Rwanda doit répondre de ces crimes par procuration », a déclaré récemment un député congolais, dénonçant « l’impunité entretenue par le silence complice de certaines puissances ».
Sur la scène internationale, la réaction reste timide. Et pendant ce temps, les journalistes paient le prix fort, dans une indifférence quasi générale.
Quand informer devient un acte de résistance
À Kinshasa, les organisations professionnelles multiplient les appels à la solidarité face à une tentative systématique d’étouffer la presse dans les territoires occupés. « Si la communauté internationale ne réagit pas, d’autres Fiston subiront le même sort », a déploré Christian Kamba, rédacteur en chef du quotidien infos27.
L’assassinat du journaliste de Bukavu n’est pas seulement une tragédie individuelle : il est le révélateur d’un système où la propagande prime sur la vérité et où la peur devient un outil politique. Plus que jamais, la liberté de la presse apparaît comme la première victime collatérale de la guerre imposée à l’Est de la RDC.
Combien de morts faudra-t-il encore pour que les zones occupées cessent d’être des laboratoires de la terreur et de l’embrigadement idéologique ?
Infos27

