Mettre fin à la politisation du dossier des réfugiés : tel est le message clair lancé par Filippo Grandi lors de sa visite à Kinshasa. Reçu par le président Félix Tshisekedi, le Haut-Commissaire des Nations unies pour les réfugiés a rappelé que les déplacés et réfugiés doivent être considérés avant tout comme une urgence humaine et non comme un levier des rivalités régionales. Dans un pays qui abrite plus de 500 000 réfugiés et compte près de 6 millions de déplacés internes, cet appel sonne comme une exigence de lucidité et de responsabilité. Saluant les premiers résultats du dialogue tripartite entre la RDC, le Rwanda et le HCR, Filippo Grandi a souligné l’importance d’accompagner les engagements politiques de résultats tangibles : rapatriements volontaires, réintégration digne et protection des communautés hôtes. À la veille de la conférence internationale sur la paix prévue à Paris, son plaidoyer vient rappeler que la stabilité durable dans la région des Grands Lacs passera d’abord par la dignité rendue aux populations déracinées.
Reçu mardi 26 août par le président Félix Tshisekedi à la Cité de l’Union africaine à Kinshasa, le Haut-Commissaire des Nations unies pour les réfugiés, Filippo Grandi, a exhorté les autorités et les acteurs régionaux à « dépolitiser le dossier des réfugiés ». En visite officielle en République démocratique du Congo (RDC), le responsable onusien a salué les premiers résultats de la relance du dialogue tripartite entre Kinshasa, Kigali et le HCR, tout en insistant sur la nécessité de replacer les personnes déplacées et réfugiées au centre des priorités humanitaires.
Un dialogue tripartite relancé
La rencontre a porté sur la mise en œuvre des engagements pris dans le cadre de l’Accord de Washington et de la Déclaration des principes de Doha. Ces textes, adoptés respectivement aux États-Unis et au Qatar, visent à créer des mécanismes de coopération pour la protection des réfugiés et des déplacés internes. « Il y a deux ans, le président Tshisekedi nous avait demandé de revitaliser le dialogue tripartite avec le Rwanda. Aujourd’hui, une ouverture politique s’est produite », a relevé Filippo Grandi, évoquant le récent rapatriement d’un groupe d’environ 600 réfugiés rwandais depuis la RDC.
Le Haut-Commissaire a rappelé que la RDC héberge actuellement 515 381 réfugiés, dont 201 568 Rwandais, tandis que plus de 1,2 million de Congolais vivent en exil dans les pays voisins. « La RDC est également le deuxième pays africain le plus touché par les déplacements internes, avec 5,9 millions de personnes déracinées », a-t-il indiqué.
La politisation, un frein aux solutions
Lors d’un point de presse tenu le même jour avec le vice-Premier ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, M. Grandi a tenu un propos sans ambiguïté : « Il sera important finalement, autant que possible, de dépolitiser le dossier des réfugiés. Le dossier est très politisé pour des raisons historiques, on les connaît. Mais il faut sortir de cette logique pour trouver des solutions satisfaisantes pour les réfugiés eux-mêmes, leurs communautés d’accueil et leurs pays de retour. »
Cette mise en garde intervient alors que les tensions régionales continuent d’alimenter les mouvements de populations, notamment dans l’Est de la RDC, où plusieurs groupes armés restent actifs. Ces violences alimentent un cycle de déplacements, compliquant la mise en œuvre de solutions durables.
Une priorité humanitaire
Filippo Grandi a insisté sur le caractère volontaire des retours : « On ne peut pas donner notre aval à des mouvements forcés de populations. Il convient de s’assurer que les gens, de façon indépendante et informée, désirent rentrer chez eux. » L’ONU plaide pour que les initiatives politiques se traduisent par des bénéfices concrets pour les réfugiés et déplacés, au-delà des déclarations d’intention.
En amont de la Conférence internationale sur la paix prévue à Paris en octobre, le HCR entend mobiliser les bailleurs pour soutenir le processus. « Les réfugiés ne doivent pas rester des otages des rivalités politiques, mais être au cœur d’une réponse humanitaire et de réconciliation », a résumé le Haut-Commissaire.
Infos27

