Le verdict n’est pas tombé, mais le silence qui l’a remplacé a résonné comme un coup de tonnerre. Alors que Kinshasa retenait son souffle mercredi 27 août, la Cour de cassation a choisi de repousser sa décision dans le procès de Constant Mutamba, ancien ministre de la Justice poursuivi pour détournement présumé de fonds publics. Une simple annonce de report, justifiée par des « contraintes organisationnelles », a suffi à transformer l’attente en frustration et à décupler les tensions déjà palpables. Dans la salle d’audience, où se côtoyaient magistrats, avocats, proches du prévenu et observateurs avides de vérité, l’impatience s’est muée en désarroi. Dehors, la rue a donné sa propre lecture du suspense judiciaire : barricades policières, heurts sporadiques… La justice congolaise s’accorde cinq jours supplémentaires, mais ce laps de temps ne dissipe en rien le climat électrique. Bien au contraire, il entretient une interrogation brûlante : le 1er septembre, sera-ce l’heure de la vérité ou l’ouverture d’un nouvel acte dans une affaire où droit et politique s’entrechoquent ?
Le verdict attendu mercredi 27 août dans le procès de l’ancien ministre de la Justice Constant Mutamba n’a finalement pas été rendu. La Cour de cassation, siégeant à Kinshasa, a annoncé le report de son arrêt au 1er septembre, invoquant des « contraintes organisationnelles ». Une décision qui prolonge l’incertitude et accentue les crispations autour d’un dossier devenu hautement sensible.
Une attente sous haute tension
Dès les premières heures de la journée, un imposant dispositif sécuritaire avait été déployé autour de la Cour de cassation, dans la commune huppée de la Gombe à Kinshasa. Policiers casqués, véhicules blindés et barrières de sécurité filtraient les accès. À l’intérieur de la salle d’audience, les avocats, les proches du prévenu et des curieux s’étaient installés dans une atmosphère lourde, tous suspendus à l’annonce du jugement.
Le ministère public avait pris soin, la veille, de prévenir toute manifestation en interdisant les rassemblements de soutien au prévenu. « Quiconque oserait menacer les magistrats sera arrêté par la police », avait averti le procureur général. Malgré cet avertissement, les partisans de Constant Mutamba s’étaient mobilisés pour l’accompagner à la Cour.
Avant même l’annonce du report, une partie de ses sympathisants a affronté les forces de l’ordre près du camp Luano, dans la commune de Kintambo, dans l’ouest de Kinshasa. Jets de pierres et tirs de gaz lacrymogènes ont marqué ces échauffourées, qui se sont soldées par des dispersions musclées. Le prévenu, lui, a dû regagner son domicile sous escorte.
Un dossier emblématique
Constant Mutamba est poursuivi pour tentative de détournement de 19 millions de dollars destinés à la construction d’une prison moderne à Kisangani. Le ministère public l’accuse également d’irrégularités dans la gestion des fonds prévus pour l’indemnisation des victimes de la guerre des six jours, qui avait opposé, en juin 2000, les armées ougandaise et rwandaise sur le sol congolais.
Le procureur général a requis une peine de dix ans de travaux forcés, dix ans d’inéligibilité, l’exclusion définitive des fonctions publiques et la privation du droit à une libération conditionnelle. « L’infraction de détournement de deniers publics est établie en fait comme en droit », a déclaré à l’audience le représentant du ministère public, Floribert Vola.
De son côté, Constant Mutamba a plaidé non coupable. Il dénonce un « complot politique » et affirme être victime d’une cabale destinée à l’écarter de la scène nationale. Ses avocats ont plaidé l’acquittement au bénéfice du doute, contestant la pertinence des preuves présentées par l’accusation.
Une décision attendue dans un climat électrique
Ce procès, suivi de près par l’opinion, met en jeu la carrière politique d’un ex-ministre encore influent. Dans un courrier adressé en juin au ministre de la Justice, le procureur général Firmin Mvonde avait insisté sur le caractère strictement légal de la procédure, invitant le prévenu à garder sa « sérénité ».
Mais la nervosité est palpable. Chaque audience donne lieu à des démonstrations de force entre partisans et forces de l’ordre.
Le verdict du 1er septembre sera déterminant : soit il scellera la condamnation d’un ancien haut responsable de l’État, soit il ouvrira un nouvel épisode dans ce bras de fer judiciaire où s’entremêlent droit, politique et tensions sociales.
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