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14 mai, 2026 - 21:00:55
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60ème session du Conseil des droits de l’Homme à Genève, la RDC plaide pour la vérité et la justice face aux crimes du M23 et du Rwanda dans l’Est

À Genève, la voix de la République démocratique du Congo a résonné avec clarté et détermination face à l’horreur qui ravage l’Est. La délégation congolaise a refusé l’amalgame dans le rapport du Haut-commissariat aux droits de l’Homme et réaffirmé une ligne de principe : les FARDC sont une armée républicaine, redevable de ses actes et respectueuse du droit international, non une milice aux allégeances troubles. Par la voix de Patrick Muyaya, porte-parole du gouvernement et de ses collègues de la Justice et des Droits humains, Kinshasa a exigé la vérité, la justice et la fin d’une « gouvernance par le crime » imposée par le M23 et ses soutiens rwandais. À leurs côtés, le Haut-Commissaire Volker Türk a dressé un constat glaçant des crimes commis par le M23 soutenus par les forces rwandaises, appelant à un sursaut international. Ainsi, dans un climat où la désinformation brouille les responsabilités, la RDC a choisi de s’adresser directement au monde pour rappeler l’urgence d’agir et le devoir de protéger des millions de vies innocentes.

« Les FARDC sont une armée nationale et républicaine, soumise au droit international. Il n’existe aucun lien de commandement ni d’alliance politique entre les Forces armées de la République démocratique du Congo et les FDLR », a martelé Patrick Muyaya, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement congolais, mardi 9 septembre, à la tribune du Conseil des droits de l’homme des Nations unies, à Genève.
Dans son intervention ferme en complément à celle du ministre des Droits Humains, Samuel Mbemba, il a rejeté toute accusation de collusion entre l’armée congolaise et les rebelles hutus rwandais, affirmant que « les instructions présidentielles, traduites en consignes opérationnelles, sont strictes et interdisent toute forme de collusion, tandis que des mesures disciplinaires comme judiciaires sont systématiquement engagées à l’encontre de tout élément soupçonné ».

Pour Kinshasa, toute tentative de « fausse symétrie » entre les FARDC et les groupes armés relève d’une manipulation. « Nous réaffirmons notre engagement à prendre toutes les mesures nécessaires contre tout élément des FARDC qui se compromettrait par des actes contraires aux valeurs républicaines », a-t-il poursuivi. « Le gouvernement juge donc inappropriée toute tentative visant à établir une fausse symétrie entre, d’une part, une armée nationale redevable de ses actes et défendant la souveraineté du pays, et, d’autre part, un groupe armé subversif dont la stratégie repose sur la terreur, les crimes de masse et l’exploitation illégale des ressources naturelles, véritable raison de la guerre. »

Samuel Mbemba : « Ces crimes portent les germes d’un génocide »

La délégation congolaise a insisté sur la nécessité d’une action internationale immédiate. « Le gouvernement continue d’assurer le monitoring de toutes les violations de droits de l’homme, qui continuent d’être perpétrées par les forces d’occupation, lesquelles ont installé une véritable gouvernance par le crime », a dénoncé Samuel Mbemba, ministre des Droits humains.

Évoquant la résolution S37-1 du Conseil des droits de l’homme, il a rappelé qu’elle « condamnait ces violations et exigeait le retrait immédiat des forces rwandaises et de leurs supplétifs de l’AFC/M23. Or, cette exigence reste lettre morte jusqu’à ce jour ».

Le ministre des Droits Humains a également mis en garde contre la gravité des massacres commis ces derniers mois dans le Rutshuru. « Des crimes massifs et systématiques sont commis en RDC par le Rwanda et ses supplétifs AFC/M23 : massacres de civils, déplacements forcés, violences sexuelles, enrôlement d’enfants, ainsi que des attaques contre des infrastructures civiles essentielles, notamment des hôpitaux et des écoles », a-t-il égrené. « Je me vois obligé de relever que le Haut-Commissaire aurait pu, sur la base de ses propres constatations, aller jusqu’à qualifier les faits en génocide », a-t-il ajouté, évoquant le massacre de près de 300 civils en juillet dernier.

« Un conflit armé international »

Même tonalité du côté du ministre de la Justice, Guillaume Ngefa, qui a salué « la qualité des rapports » de l’ONU, estimant qu’ils « confirment que le conflit à l’est de la RDC est un conflit armé international, avec la présence avérée des troupes rwandaises, et qu’il n’est pas interne, mais alimenté par une agression extérieure menée par le Rwanda et ses supplétifs du M23, l’AFC ».

Les autorités congolaises ont ainsi réitéré leur appel à la création d’une commission d’enquête indépendante. « La RDC insiste pour que les moyens soient prioritairement orientés vers la mise en place effective d’une commission d’enquête indépendante, la seule voie crédible pour briser l’impunité et rendre justice aux victimes », a plaidé Patrick Muyaya, exhortant le Conseil à agir « sans délai pour établir la vérité, identifier les responsables et restaurer la dignité des victimes ».

Un tableau accablant dressé par l’ONU

Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a confirmé l’extrême gravité de la situation. « Peu d’endroits au monde sont confrontés à une crise aussi grave et urgente qu’est celle que traverse la République démocratique du Congo », a-t-il souligné.

Les enquêtes menées par son bureau mettent en lumière une série de crimes de guerre et d’atrocités. « Le M23, soutenu par les forces de défense du Rwanda et les groupes armés affiliés … ont commis des crimes de guerre. Elle [la mission d’établissement des faits] a aussi conclu que le M23 pourrait avoir commis des crimes contre l’humanité », a-t-il affirmé.

Les détails fournis par Volker Türk sont glaçants : massacres de civils, exécutions sommaires, enrôlements forcés, torture, violences sexuelles et travail forcé. « En juillet, des membres du M23 ainsi que des soldats présumés des RDF et des civils armés de machettes ont massacré des centaines de personnes, principalement des membres de la communauté hutu, dans quatre villages du Rutshuru. C’est l’un des incidents les plus meurtriers enregistrés depuis la résurgence du M23 en 2022 », a-t-il rappelé.

Le Haut-Commissaire a aussi évoqué les « opérations de ratissage quasi quotidiennes » menées par le M23, qui « ont systématiquement enlevé et détenu des milliers de personnes », parmi lesquelles des femmes et des enfants, soumis ensuite à la servitude militaire et à la torture.

Un appel pressant à l’action

Face à cette accumulation de violations documentées, la délégation congolaise a insisté sur l’urgence d’une réponse internationale. « Seules des actions concrètes, et non de simples paroles, pourront soulager les souffrances des millions d’innocents et ouvrir la voie à une paix durable et définitive », a conclu Patrick Muyaya.

Dans la salle des Assemblées de Genève, la gravité du propos a trouvé écho dans l’appel du Haut-Commissaire à « une surveillance et des rapports indépendants et impartiaux » pour « établir précisément ce qui s’y passe à des fins de vérité, de justice et de reddition des comptes ».

Mais, de part et d’autre, un constat s’impose : la situation dans l’Est de la RDC n’est plus seulement une crise africaine, elle s’impose désormais comme un test de crédibilité pour la communauté internationale.

Pitshou Mulumba, Envoyé spécial à Genève

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