La rentrée parlementaire de ce lundi 15 septembre à Kinshasa n’aura rien d’une formalité budgétaire. Alors que la Constitution impose de se consacrer au projet de loi des finances pour 2026, les deux Chambres du Parlement s’ouvrent sous la menace de tempêtes politiques inédites. L’Assemblée nationale et le Sénat, censés incarner la stabilité institutionnelle, vacillent, leurs bureaux contestés par des pétitions de destitution. Vital Kamerhe comme Jean-Michel Sama Lukonde se retrouvent ainsi dans le viseur de leurs propres collègues, sur fond d’accusations d’opacité, d’inaction et de mépris. Félix Tshisekedi, qui avait appelé huit jours plus tôt à une session « sereine » et recentrée sur les priorités nationales, se retrouve désormais contraint d’endosser le rôle d’arbitre suprême. Car derrière les chiffres d’un budget attendu, c’est l’équilibre fragile de l’Union sacrée et la capacité du pouvoir législatif à remplir son rôle qui se jouent. Entre crise sécuritaire persistante et défi budgétaire crucial, la session de septembre s’annonce comme un test de survie pour la majorité présidentielle.
Constitutionnellement consacrée au budget 2026, la session ordinaire de septembre qui s’ouvre ce lundi 15 septembre au Parlement congolais s’annonce déjà houleuse. Les deux bureaux des Chambres, Assemblée nationale et Sénat, sont fragilisés par des pétitions de destitution. Un climat politique délétère qui vient contrarier l’appel à la sérénité lancé par le président Félix Tshisekedi.
Une session placée sous le signe du budget… et de la tempête
Conformément à l’article 115 de la Constitution, la session de septembre est avant tout budgétaire : il s’agit de doter le pays de son principal outil de gestion pour l’année 2026. Le chef de l’État, Félix Tshisekedi, avait insisté, lors de la réunion interinstitutionnelle du 8 septembre, sur la nécessité de privilégier « une session sereine, axée sur les priorités nationales ».
Autour de la table, aux côtés du président de l’Assemblée nationale, Vital Kamerhe, de son homologue du Sénat, Jean-Michel Sama Lukonde, de la Première ministre, Judith Suminwa, et du président du Conseil supérieur de la magistrature, Dieudonné Kamuleta, le chef de l’État avait martelé un appel à la responsabilité. Mais à quelques heures de l’ouverture, l’atmosphère est tout sauf apaisée : les deux bureaux des Chambres sont sous la menace directe de motions de défiance.
Vital Kamerhe, cible d’une fronde inédite
À la Chambre basse, l’offensive contre le président de l’Assemblée nationale est menée par Crispin Mbindule, député élu de Butembo. Il accuse le bureau dirigé par Vital Kamerhe d’« opacité » dans la gestion, de « mépris » envers les élus et de « méthodes intimidantes ». Pour lui, il ne s’agit pas seulement d’une querelle de procédure : c’est « un mode de gouvernance » qui est contesté, accusé de transformer l’Assemblée en simple chambre d’enregistrement.
Le parlementaire affirme avoir déjà collecté plus de 200 signatures, un seuil qui rend recevable une pétition de destitution. Reçus le 10 septembre par Augustin Kabuya, secrétaire général de l’UDPS, les députés frondeurs ont cru trouver un appui décisif. Mais la réponse a refroidi leurs ardeurs : « Je ne prendrai aucune position sans l’avis du président Félix Tshisekedi », a tranché Kabuya, rappelant que l’autorité morale de l’Union sacrée reste l’arbitre ultime.
Pour nombre d’observateurs, cette fronde dépasse la simple critique parlementaire. Elle sonne comme une mise en accusation politique d’un pilier de la coalition présidentielle. Si le mouvement devait prospérer, il pourrait rebattre les cartes au sein même de l’Union sacrée.
Sama Lukonde, menacé à son tour
Le climat n’est guère plus apaisé au Sénat. Pour la deuxième fois consécutive, Jean-Michel Sama Lukonde a réuni samedi 13 septembre les membres de son bureau afin d’« assurer une rentrée apaisée ». Mais la manœuvre n’a pas dissipé la contestation. Un groupe de sénateurs, qualifiés de « révolutionnaires », revendique déjà plus de 70 signatures en vue de déposer une pétition contre lui.
À l’origine de cette fronde, des accusations d’« inaction » et de blocage des initiatives de contrôle parlementaire. « Les questions orales et les interpellations s’accumulent sans suite », déplore le sénateur Afani Idrisa Mangala. Pour ces élus, le bureau actuel empêche le Sénat d’exercer pleinement son rôle de contre-pouvoir. Ils plaident pour un « renouvellement » de l’ensemble de l’équipe dirigeante, quitte à ouvrir une nouvelle crise institutionnelle.
L’arbitrage attendu du chef de l’État
Ces offensives croisées expliquent la mise en garde de Félix Tshisekedi quelques jours avant l’ouverture de la session. Le chef de l’État sait que la fragilisation simultanée des deux bureaux du Parlement pourrait plonger la majorité dans une crise de gouvernance majeure, à un moment où la situation sécuritaire dans l’Est demeure explosive.
L’attitude du président vis-à-vis des pétitions sera déterminante. Dans le cas de l’Assemblée nationale, l’arbitrage de Tshisekedi décidera du sort de Vital Kamerhe. Au Sénat, la mobilisation des frondeurs pourrait, si elle se maintient, imposer un vote de défiance qui bouleverserait l’équilibre institutionnel.
Un Parlement au cœur des turbulences nationales
Au-delà des batailles internes, le Parlement est attendu sur de nombreux fronts : adoption du budget, suivi de l’action gouvernementale, examen des questions sécuritaires et humanitaires. Dans un contexte de crise multiforme, le pays ne peut se permettre une paralysie institutionnelle.
Or, la rentrée de septembre s’ouvre avec un double paradoxe : une session théoriquement « sereine », voulue par le chef de l’État, mais en réalité plombée par les rivalités internes ; une session budgétaire, mais dont l’agenda politique risque d’être dominé par des luttes de leadership.
Pour les analystes, ces tensions révèlent un malaise profond au sein de l’Union sacrée, coalition qui rassemble une majorité hétéroclite autour du président Tshisekedi. « Quand les piliers mêmes de l’édifice vacillent, c’est tout l’équilibre qui tremble », résume le journaliste politologue Pitshou Mulumba, coordonnateur du Journal Infos27 et du média en ligne infos27.cd.
À l’heure où le pays affronte des défis sécuritaires, économiques et sociaux immenses, l’instabilité parlementaire pourrait accentuer la fragilité de l’État. La session de septembre, censée tracer les grandes lignes du budget 2026, s’ouvre donc sur une question plus fondamentale : le pouvoir législatif congolais parviendra-t-il à jouer son rôle, ou sera-t-il englouti par ses propres turbulences ?
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