À l’ouverture de la 47ᵉ Conférence des présidents des Assemblées parlementaires africaines, jeudi 21 novembre à Kinshasa, le président du Sénat congolais, Jean-Michel Sama Lukonde, a brisé le ton protocolaire pour lancer un avertissement politique. Devant les délégations venues de tout le continent, il a dénoncé « l’occupation d’une partie du territoire national par l’armée rwandaise et ses supplétifs du M23/AFC » et évoqué un « génocide silencieux » qui, depuis trois décennies, frappe l’Est de la RDC. Appelant à une « solidarité parlementaire africaine », il a exhorté les États représentés à soutenir les processus de paix de Washington et de Doha ainsi que le plaidoyer congolais sur le « génocost ». Kinshasa veut transformer cette réunion en tribune pour replacer le drame congolais au cœur des priorités africaines.
La 47ᵉ Conférence des présidents des Assemblées parlementaires nationales de l’Union parlementaire africaine (UPA) s’est ouverte à Kinshasa sur un ton inhabituellement grave. Dans un discours dense et résolument politique, le président du Sénat congolais, Jean-Michel Sama Lukonde, a fait de la situation sécuritaire dans l’Est de la RDC le pivot de son allocution.
Après avoir transmis « les salutations et le message de paix » du président Félix Tshisekedi aux délégations présentes, il a placé les débats sous le signe d’une Afrique en mutation : « Le monde traverse des recompositions profondes », a-t-il rappelé, évoquant « les tensions géopolitiques », « l’instabilité économique » et « de nouvelles fractures sociales » auxquelles le continent n’échappe pas.
Mais le moment clef de son discours s’est concentré sur la crise congolaise, qu’il a décrite sans détour.
“Un génocide silencieux depuis trois décennies”
« Cette rencontre se déroule dans un contexte particulier », a-t-il prévenu, « marqué par l’occupation d’une partie du territoire de la République démocratique du Congo par l’armée rwandaise et ses supplétifs d’AFC/M23 ». Revenant sur trois décennies de violences, il a dénoncé « un génocide silencieux », aux conséquences « désastreuses : des millions de morts, près de sept millions de déplacés, des femmes et des enfants pris pour cibles, des villages rayés de la carte, des générations sacrifiées ».
L’orateur a demandé aux parlements africains réunis à Kinshasa d’assumer leur rôle politique : « Le Parlement de la RDC appelle à la solidarité des Parlements d’Afrique ici réunis. Nous avons besoin de votre soutien sur les processus de paix, notamment celui de Washington entre la RDC et le Rwanda, et celui de Doha avec l’AFC/M23. »
Un appel appuyé à la diplomatie parlementaire
Dans une formulation rare pour ce type de tribune, il a estimé que « la diplomatie parlementaire doit devenir un instrument de prévention et de médiation », capable de combattre « le terrorisme, les crimes organisés et l’exploitation illégale des ressources naturelles ». Cette coopération interparlementaire, a-t-il insisté, doit aider les États africains « à parler d’une seule voix » et à « protéger leurs ressources ».
Le plaidoyer congolais sur le « génocost » a également été mis au centre du message : une initiative qui vise à faire reconnaître les massacres à finalité économique subis dans l’Est. « Nous demandons que cette réalité soit portée dans toutes les enceintes parlementaires du continent », a-t-il plaidé.
Intégration, jeunesse, femmes : un agenda africain élargi
Au-delà du volet sécuritaire, la RDC a rappelé la vocation de l’UPA à formuler des recommandations structurantes. Les présidents des Assemblées africaines devront se prononcer sur le renforcement de la coopération interparlementaire, la médiation diplomatique intra-africaine, l’intégration des jeunes dans la gouvernance, la promotion du leadership féminin avec « des quotas pertinents » et la consolidation d’une diplomatie Sud-Sud « fondée sur des partenariats équitables et durables ».
La RDC, hôte de la conférence, a réaffirmé son « engagement indéfectible » à soutenir l’UPA dans la « défense des valeurs démocratiques » et la « réalisation des Objectifs de développement durable ».
En conclusion, le président du Sénat a lancé un appel solennel : « Que Kinshasa soit aujourd’hui un carrefour de dialogue pour le renouveau démocratique et un tremplin de décisions porteuses d’avenir pour notre continent. Vive l’Afrique souveraine, digne et prospère ! »
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