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13 mai, 2026 - 16:28:36
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La BCC enclenche une transformation systémique du paysage des paiements

La Banque centrale du Congo engage une mutation que beaucoup jugeaient encore improbable : celle d’un État qui décide enfin de reprendre le contrôle de ses flux financiers. En réunissant la SONAL, la Primature, les organes de sécurité et les acteurs du numérique autour d’une architecture monétique unifiée, la BCC met fin à une longue ère de fragmentation où chaque opérateur imposait ses propres règles. Le lancement du Switch Monétique National, conçu comme l’épine dorsale de la future économie digitale, marque un changement doctrinal majeur. Il ne s’agit plus de moderniser pour moderniser, mais de rétablir confiance, transparence et traçabilité dans un pays où la circulation de l’argent relevait trop souvent de zones grises. Cette stratégie, qui fait de la donnée un levier de souveraineté, annonce un tournant : la RDC n’entend plus subir son système de paiement, elle veut désormais l’architecturer.

La Banque centrale du Congo (BCC) a tenu, mardi, une réunion stratégique qui confirme l’accélération d’un chantier longtemps resté théorique : la refondation en profondeur des circuits de paiement en République démocratique du Congo. Sous la conduite du gouverneur, André Wameso, la SONAL SA, la Primature, le ministère de l’économie numérique, la CENAREF, le Conseil national de sécurité et plusieurs partenaires spécialisés ont participé à cette session organisée dans le cadre de la Convention-cadre BCC–SONAL.

Si l’objectif affiché portait sur l’opérationnalisation de nouvelles procédures, l’ambition réelle est autrement plus décisive : basculer vers une architecture financière où chaque transaction digitalisée deviendrait une source de confiance, de contrôle public et de souveraineté économique.

Le gouverneur Wameso l’a rappelé sans détour : la mission de la BCC ne se limite plus à superviser les flux, mais à « architecturer les conditions techniques et institutionnelles d’une économie formelle robuste », où les transactions sont traçables, analysables et conformes aux standards internationaux.

Un chantier technologique, mais surtout un acte de souveraineté

Le cœur des discussions a porté sur le Switch Monétique National, infrastructure conçue pour sécuriser les paiements entre parieurs et opérateurs agréés. Mais, de l’avis des experts présents, sa portée dépasse largement le secteur des jeux. Il ouvre la voie à un écosystème où les données de paiement deviennent un outil stratégique pour la politique monétaire, la lutte contre la corruption et la fluidification des services financiers.

Son déploiement, prévu en douze semaines pour les premiers opérateurs, a été qualifié par un consultant international comme « un test grandeur nature de la capacité institutionnelle congolaise à synchroniser régulateurs, opérateurs et organes sécuritaires autour d’un standard technique commun ».

Un défi technique, mais aussi une affirmation politique

Contrairement aux précédentes initiatives de digitalisation, celle-ci est portée simultanément par la banque centrale, les services de sécurité, les structures de surveillance financière et les autorités du numérique. Une convergence inédite sur un terrain où les intérêts divergents ont longtemps découragé toute réforme d’ampleur.

« Ce n’est plus un projet technologique. C’est une réforme de gouvernance. La RDC fait évoluer la nature même de son État dans la gestion des flux financiers », souligne un spécialiste africain des infrastructures monétiques.

Cette articulation entre contrôle, technologie et souveraineté révèle une volonté politique nette : établir enfin une chaîne de valeurs monétique sous tutelle nationale, capable de résister aux manipulations, aux opacités sectorielles et aux pertes fiscales invisibles. Une manière, aussi, de rappeler que la souveraineté ne se proclame pas, elle s’encode.

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