À Kinshasa, la voix des femmes handicapées s’est imposée mercredi au cœur des “16 jours d’activisme” contre les violences faites aux femmes. Loin des projecteurs habituels, un atelier organisé dans la capitale congolaise a mis en lumière une réalité encore largement ignorée : l’explosion des violences numériques ciblant les femmes et les filles en situation de handicap. Messages haineux, usurpation d’identité, chantage, harcèlement sexuel en ligne : ces attaques invisibles, amplifiées par les réseaux sociaux, redoublent la vulnérabilité d’un groupe déjà marginalisé dans l’espace public. Pour Cimone Ngoie, présidente de l’Acoldemha, le constat est implacable : « une femme sur trois est victime de violences ; nous ne pouvons plus laisser l’univers numérique servir de refuge à l’impunité ». Dans un pays où l’accès au numérique progresse plus vite que la culture de protection, cet appel à agir sonne comme un rappel : l’inclusion réelle passe aussi par la sécurité virtuelle et la reconnaissance pleine de ces citoyennes longtemps réduites au silence.
Les violences en ligne ne sont plus un angle mort du débat public congolais. Mercredi, à Kinshasa, un atelier consacré aux violences numériques faites aux femmes et aux filles en situation de handicap s’est tenu dans le cadre des “16 jours d’activisme”, campagne mondiale de lutte contre les violences basées sur le genre. Le sujet, longtemps relégué aux marges des politiques publiques, gagne désormais en visibilité.
« La sensibilisation de ce jour nous offre l’opportunité de réfléchir sur les voies et moyens de mettre fin au fléau de la violence numérique faite aux femmes et filles handicapées. Les violences à l’égard des femmes et des filles touchent une femme sur trois. Il s’agit d’une urgence mondiale en matière de droits humains qui doit être éradiquée », a déclaré Cimone Ngoie, présidente de l’Association congolaise pour la libération et le développement de la maman handicapée (Acoldemha), devant un auditoire composé d’organisations de défense des droits humains, de représentants d’institutions publiques et d’acteurs du numérique.
L’État appelé à assurer une protection inclusive dans l’espace numérique
Au-delà des témoignages, la rencontre a servi de tribune pour exiger une action publique plus volontariste. Les participantes ont plaidé pour l’adoption de mécanismes de surveillance, de lois spécifiques contre le cyberharcèlement et d’outils d’accessibilité numérique adaptés aux personnes vivant avec un handicap. Elles ont aussi rappelé l’urgence d’impliquer les opérateurs télécoms et les plateformes en ligne, souvent peu enclins à coopérer dans les affaires de harcèlement ciblé.
Dans un pays où le numérique est devenu l’une des rares sphères d’expression libre, les femmes handicapées se retrouvent souvent exposées à des violences multiples, de l’humiliation publique aux menaces directes. Les intervenantes ont insisté sur la nécessité de campagnes nationales d’éducation numérique, destinées autant aux jeunes qu’aux institutions, afin de faire reculer la tolérance sociale envers les violences en ligne.
Pour les associations congolaises, la mobilisation engagée mercredi ne doit pas rester symbolique. Elles demandent que les “16 jours d’activisme” se traduisent par une stratégie permanente de protection, capable de sécuriser l’espace virtuel pour toutes et d’assurer une égalité réelle d’accès aux droits.
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