Il aura suffi de quelques jours pour que l’espoir patiemment bâti à Washington se heurte au fracas des armes. La violation par le Rwanda de l’accord signé le 4 décembre n’est pas seulement un camouflet diplomatique ; elle rappelle brutalement la fragilité d’un processus de paix toujours menacé par le cynisme stratégique. Face à une offensive menée avec une hâte révélatrice, la RDC n’a pas cédé au désarroi. Elle a choisi la discipline, la cohérence et l’affirmation de sa souveraineté. La réunion restreinte du gouvernement, tenue le 11 décembre à Kinshasa, en a fourni la démonstration la plus nette.
Le président Félix Tshisekedi n’a pas cherché l’euphémisme. En qualifiant les actions rwandaises de « provocation » et de violation de « l’esprit et de la lettre » de l’accord, il a posé un diagnostic sans ambiguïté. Mais l’essentiel n’est pas là : c’est dans la réponse politique, méthodique et assumée, qu’apparaît la vraie rupture. Au lieu de s’enfermer dans la réaction indignée, l’exécutif congolais a resserré ses rangs, rappelé les responsabilités institutionnelles, mobilisé l’armée, renforcé l’architecture décisionnelle. Là où d’autres États auraient vacillé, la RDC a montré une capacité à ordonner l’action publique, à se doter de mécanismes de pilotage plus rigoureux, à élever le niveau de coordination entre les pouvoirs.
La convocation prochaine d’une réunion interinstitutionnelle et d’un Conseil supérieur de la défense élargi marque un tournant. Elle acte que la défense du territoire ne peut plus être l’affaire d’un cercle restreint mais bien un impératif national, engageant les institutions dans leur totalité. L’alerte donnée aux FARDC, la prorogation de l’état de siège, l’implication directe de l’état-major : autant de signaux qui témoignent d’une stratégie claire. Non pas escalader, mais maîtriser ; non pas subir, mais anticiper. La RDC rappelle qu’elle est capable d’aligner volonté politique et moyens opérationnels : un point souvent sous-estimé par ses partenaires comme par ses adversaires.
Certes, cette fermeté n’exonère pas le pouvoir congolais d’un effort continu : réaffirmer sa diplomatie, consolider ses alliances, garantir la transparence des décisions militaires, accompagner les populations victimes de la crise. Mais en réagissant avec sang-froid et cohérence, Kinshasa envoie un message salutaire : la paix n’est pas une posture, elle est un acte de résistance face à la duplicité.
L’heure n’est plus à l’illusion, mais à la constance. La RDC doit poursuivre sur cette trajectoire : unir ses institutions, parler d’une seule voix, articuler défense, diplomatie et protection civile. Et la communauté internationale doit comprendre qu’un accord trahi n’invalide pas l’ambition de paix, il la rend plus urgente encore. Si l’Afrique des Grands Lacs veut un jour se délester du fardeau de trois décennies de guerres, elle devra reconnaître ceux qui, malgré les épreuves, s’acharnent à tenir la route étroite de la souveraineté et de la responsabilité. La RDC, aujourd’hui, en fait la démonstration.
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