77.32 F
Kinshasa
9 mars, 2026 - 08:08:21
Image default
Flash InfosForumLa unePolitique

Jean Chrysostome Kambale Munighi : « Les replis des FARDC relèvent d’une stratégie responsable, pas d’une faiblesse »

Directe, la tribune du chercheur Jean Chrysostome Kambale Munighi balaie les procès en faiblesse adressés aux Forces armées de la RDC. À rebours des discours alarmistes, elle replace les récents replis des FARDC dans une logique militaire assumée : celle de préserver les civils, éviter l’embrasement et préparer des contre-offensives fondées sur un renseignement plus précis. L’auteur démonte point par point la fiction des « libérateurs » autoproclamés de l’AFC–M23, qu’il décrit comme un mouvement dépourvu de base populaire, animé par des intérêts privés et soutenu par une puissance étrangère dont l’agenda vise la prédation des richesses congolaises. Dans un contexte de crise humanitaire aggravée, cette mise au clair prend des allures d’avertissement : la bataille ne se joue pas seulement sur le terrain militaire, mais aussi sur celui du récit, de la légitimité et de la souveraineté.

Dans une tribune dense et incisive, Jean Chrysostome Kambale Munighi, chercheur en sciences politiques à l’Université de Goma, s’attaque à la lecture simpliste des événements récents dans l’Est de la République démocratique du Congo. Pour lui, les « replis stratégiques » opérés par les FARDC face à la progression de l’AFC–M23 ne relèvent ni d’une défaite ni d’un désengagement, mais d’un choix assumé : celui de protéger les populations exposées aux représailles et de préparer des manoeuvres « plus coordonnées et plus efficaces ». Une vision qui tranche avec la rhétorique anxiogène entretenue par les groupes armés et leurs relais numériques, soucieux de transformer chaque mouvement militaire en signe de vacillement de l’État.

Un récit de guerre disputé

L’analyse du chercheur repose sur un constat central : la prétendue « libération » avancée par l’AFC–M23 ne trouve aucune traduction dans les territoires qu’il occupe. Les civils fuient massivement, laissant derrière eux villages vides, services publics paralysés et marchés désertés. « Zéro légitimité populaire », insiste-t-il, rappelant que ces avancées s’accompagnent de violations graves des droits humains, d’exécutions sommaires, de disparitions et d’un usage systématique des femmes et enfants comme boucliers humains.

L’auteur rappelle également que le mouvement rebelle s’inscrit dans un cadre régional marqué par l’ingérence du Rwanda. Il évoque une « force instrumentalisée », dont la stratégie s’appuie sur la prédation minière, la taxation forcée et la spoliation des terres. Une dimension politique centrale, souvent minimisée, mais qui éclaire l’intensité des combats autour des zones riches en coltan, cassitérite ou or.

Pour M. Kambale Munighi, le discours de l’AFC–M23 n’est qu’un écran de fumée : il « fabrique un récit de libération » pour masquer des pratiques relevant du terrorisme et du pillage organisé. Le chercheur s’attarde sur le rôle controversé de Corneille Nangaa, ancien président de la CENI reconverti en figure politique du mouvement. Celui-ci aurait reconnu à Goma agir par « frustration personnelle » après la perte d’une concession minière, un aveu qui, selon lui, illustre l’absence de projet national et la logique essentiellement privée de cette rébellion.

Face à cette mécanique de guerre, les FARDC sont décrites comme les seules forces à intégrer, dans leur stratégie, la protection des civils. Les replis opérés seraient donc moins un recul militaire qu’un choix opérationnel visant à limiter les massacres, là où les rebelles avancent au prix de destructions massives et d’une crise humanitaire aggravée.

Au fond, la tribune replace le conflit dans son véritable enjeu : la lutte pour la souveraineté, la vérité et la maîtrise du récit. En décortiquant les mécanismes de terreur et de manipulation, elle appelle à regarder au-delà du mouvement des lignes de front et à mesurer ce que signifie réellement « libérer » un territoire. Pour Jean Chrysostome Kambale Munighi, la réponse est claire : seule une armée républicaine peut porter un projet collectif. Les FARDC, rappelle-t-il, ont choisi de protéger la vie avant la victoire médiatique. Un choix politique lourd, qui assume une vision de l’État et de l’avenir du pays.

Ci-dessous la Tribune Libre de Jean Chrysostome Kambale Munighi

« Les replis stratégiques des FARDC ne sont pas un signe de faiblesse »

Ce qu’il faut savoir des prétendus « libérateurs » de l’AFC–M23

1. Un mouvement rebelle aux méthodes terroristes

Opérations violentes, attaques ciblant des civils, intimidation des populations : leurs actions parlent d’elles-mêmes.

2. Zéro légitimité populaire

Aucune base sociale, aucune demande citoyenne, aucun mandat : la population les rejette partout où ils passent.

3. Une force instrumentalisée par l’étranger

Un mouvement soutenu par le Rwanda dans une logique d’agression, de prédation des richesses congolaises et de balkanisation sous le fallacieux prétexte de fédéralisme.

4. Un leadership animé par la rancœur personnelle

Corneille Nangaa (Photo) lui-même a reconnu à Goma qu’il agit par frustration après la perte de sa mine : un agenda privé, pas un projet national.

5. Partout où ils avancent, les civils paient le prix fort

Massacres, exécutions sommaires, disparitions : la population est systématiquement prise pour cible, en particulier les femmes et enfants utilisés comme bouclier humain et les esclavages sexuelles.

6. Des déplacements massifs de population

À chaque arrivée de l’AFC–M23, des milliers de familles fuient, preuve claire que ce mouvement n’inspire ni confiance ni sécurité.

7. Une crise humanitaire aggravée

Les populations privées d’accès à l’eau, aux soins, aux écoles, aux marchés : tout s’effondre sous leur occupation, plongeant les communautés dans la détresse.

8. Un agenda de pillage organisé

Exploitation minière illégale, taxation forcée, spoliation des terres : leur objectif réel est l’enrichissement illicite, pas la libération.

9. Une communication manipulatrice pour masquer leurs crimes

Ils fabriquent des récits de « libération », alors que leurs actes démontrent un mépris total pour la vie humaine et la souveraineté nationale.

10. Face à eux, les FARDC privilégient la vie des civils

Les replis stratégiques des FARDC ne sont pas un signe de faiblesse mais un choix responsable pour éviter un bain de sang, préserver les familles et préparer des contre-offensives mieux coordonnées, pendant que l’AFC–M23, lui, massacre sans retenue et en toute irresponsabilité.

Jean Chrysostome Kambale Munighi, chercheur en sciences politiques à l’Université de Goma

ça peut vous intéresser

Laisser un Commentaire

Infos27.CD utilise des cookies pour améliorer votre expérience utilisateur. Nous supposerons que vous êtes d'accord avec cela, mais vous pouvez vous désinscrire si vous le souhaitez. Accepter En Savoir Plus