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10 février, 2026 - 03:25:52
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Quand la géopolitique se referme sur ceux qui refusent d’en lire les lignes [Analyse]

La scène internationale a ceci de brutal qu’elle ne pardonne jamais l’aveuglement stratégique. Lorsqu’une puissance décide de redessiner un espace, ceux qui s’accrochent à d’anciennes certitudes deviennent les premiers à en payer le prix. De l’Angola des années 1990 à l’Est de la RDC aujourd’hui, la logique est la même : les intérêts dictent les ruptures, jamais les discours. Jonas Savimbi l’avait appris trop tard, incapable de lire le moment où Washington avait cessé de le considérer comme un allié utile. Dans la région des Grands Lacs, certains acteurs répètent pourtant cette erreur, persuadés que la maîtrise d’une milice ou d’un territoire leur garantit une place durable dans l’équation géopolitique. Or les signaux sont clairs : la recomposition en cours place la RDC au centre et relègue les fauteurs d’instabilité au rang d’obstacles. Et lorsque l’histoire change de vitesse, les obstacles, toujours, sont balayés.

Jonas Savimbi a longtemps cru que sa cause, sa rhétorique, son ancrage militaire suffisaient à lui garantir un rôle éternel dans l’équation angolaise. Mais lorsqu’au tournant des années 1990 Washington décida que la guerre devait cesser, ce ne fut ni au nom de la paix ni par compassion pour les populations meurtries. Ce fut pour stabiliser un espace jugé stratégique, propice aux investissements énergétiques. L’homme guerrier ne comprit pas que, dans le jeu des nations, la fidélité idéologique ne vaut jamais autant que la fluidité des intérêts. Il fut alors perçu comme un obstacle, et les obstacles, lorsqu’ils bloquent le chemin économique de grandes puissances, finissent broyés par la mécanique froide de la realpolitik.

Cette erreur de lecture : confondre sa propre utilité momentanée avec une immunité durable, résonne aujourd’hui avec un écho singulier dans la région des Grands Lacs.

Ceux qui persistent dans l’aventure ignorent les forces à l’œuvre

Dans l’Est de la RDC, certains acteurs persistent à rejouer la carte du chef de guerre indispensable, convaincus que le contrôle d’un territoire, d’une milice ou d’un corridor commercial leur garantit une assise durable. C’est une illusion dangereuse. Car lorsqu’une puissance globale, américaine hier en Angola, d’autres aujourd’hui en Afrique centrale, conclut que la stabilité d’un espace économique est une condition de son expansion, les calculs locaux se trouvent instantanément relégués au rang de nuisances. Nul ne bloque indéfiniment la marche d’une grande puissance lorsqu’elle a décidé de verrouiller une région stratégique.

Au Nord-Kivu, tout comme au Sud-Kivu, comme ailleurs, les signaux sont explicites : un nouvel ordre économique régional se dessine, et il place désormais la RDC, non ses déstabilisateurs, au cœur des priorités internationales. Kinshasa a engagé un effort méthodique, diplomatique et militaire pour restaurer la souveraineté et assainir son environnement économique. Cet effort, encore fragile, mais constant, commence à produire un effet d’entraînement : repositionnement d’alliés, durcissement des attitudes internationales envers les acteurs armés, montée en puissance d’un discours global favorable à la stabilité congolaise.
L’histoire l’a montré : lorsque les puissances extérieures convergent vers l’idée qu’un pays est devenu la plaque tournante de l’avenir régional, les seigneurs de guerre perdent leur statut d’interlocuteurs et deviennent des liabilities, des passifs qu’il convient d’éliminer ou d’isoler.

Une mécanique historique que Kigali et ses alliés ne peuvent ignorer

Savimbi n’a pas été vaincu seulement sur le champ de bataille ; il a été vaincu par le monde réel, celui où les intérêts priment sur les récits héroïques. Ceux qui, aujourd’hui, s’obstinent à ignorer les reconfigurations géopolitiques autour de la RDC risquent de suivre le même chemin. Ils voient encore des marges de manœuvre là où ne subsistent déjà plus que des parois qui se resserrent.

Kinshasa, elle, avance avec une clarté nouvelle : sécuriser son territoire, stabiliser son économie, restaurer son rôle historique. L’heure est à la lucidité et à la fermeté. Aux aventuriers de l’Est, l’histoire adresse un avertissement limpide : dans le jeu des nations, ceux qui refusent de lire les signaux du moment deviennent toujours les premiers sacrifiés. Le Congo, lui, n’a plus l’intention de laisser d’autres écrire son destin.

Infos27

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