Le diagnostic est brut, assumé, presque dérangeant. Face à la jeunesse congolaise, le président Félix Tshisekedi a livré un discours sans fard sur l’état de la nation, mêlant introspection collective, critique du manque de patriotisme et défense de son action à la tête de l’État. De la dégradation du civisme urbain à la corruption endémique, jusqu’à la situation de l’armée à son arrivée au pouvoir, le chef de l’État a tracé une ligne claire : la reconstruction du pays ne pourra se faire sans une responsabilité pleinement partagée. Saluant le courage de soldats longtemps envoyés au combat sans moyens, il a justifié les réformes engagées en faveur des forces armées et appelé à réhabiliter une valeur qu’il juge centrale et fragilisée, le patriotisme. Un message politique ferme, destiné à une jeunesse majoritaire, sommée de reprendre le flambeau national pour éviter que l’avenir du pays ne se dissolve dans l’indifférence, la corruption et le renoncement collectif.
Le propos est rare par sa franchise, presque déroutant par sa tonalité. S’adressant à la jeunesse congolaise, le président Félix Tshisekedi a dressé un état des lieux sévère mais structuré des maux qui minent la République démocratique du Congo, plaçant au cœur de son intervention une notion qu’il estime en recul : le patriotisme.
D’emblée, le chef de l’État a renvoyé les Congolais à leur propre responsabilité. « Les premiers à détruire ce pays, c’est d’abord nous-mêmes », a-t-il lancé, évoquant la dégradation visible de Kinshasa, jadis surnommée « Kin la Belle ». Une ville autrefois attractive à l’échelle africaine, aujourd’hui symbole, selon lui, d’un rapport distendu au bien commun. « Il suffit de circuler dans les rues pour comprendre comment nous ne prenons pas soin de ce qui nous appartient collectivement », a-t-il insisté.
Mais c’est surtout sur la corruption que le président a concentré l’un de ses messages les plus fermes, la qualifiant sans détour de « cancer ». Un fléau transversal qui, a-t-il rappelé, sape les fondements mêmes de l’État. « Quand on détourne l’argent destiné à l’éducation, on tue l’avenir du pays. Quand on détourne celui destiné à la santé, on met en péril tout un peuple », a-t-il averti, reliant explicitement corruption, fragilisation sociale et vulnérabilité sécuritaire.
Une armée abandonnée, des soldats admirés
C’est sur le terrain de la sécurité que le président a livré l’un de ses constats les plus marquants. Revenant sur son arrivée au pouvoir, Félix Tshisekedi a décrit une armée laissée à elle-même, « composée de véritables clochards », selon ses propres mots, aussitôt justifiés par la réalité des conditions de vie des militaires. « On les envoyait au combat sans rations, sans solde, sans munitions, sans encadrement, et on leur demandait de faire des miracles », a-t-il rappelé.
Loin de stigmatiser les soldats, le chef de l’État a au contraire revendiqué une « admiration sans faille » pour les militaires du rang, saluant leur capacité à tenir, parfois à vaincre, malgré l’abandon logistique et institutionnel. « Et il leur est arrivé, malgré tout, d’en accomplir », a-t-il souligné, en référence aux succès obtenus dans des conditions extrêmes.
Cette réalité explique, selon lui, la priorité donnée dès le début de son mandat à la situation sociale des forces armées. Améliorer les conditions de vie des soldats, protéger leurs familles, sécuriser leurs dépendants : autant de mesures présentées comme un préalable indispensable pour permettre aux militaires de se consacrer pleinement à leur mission régalienne, la défense de la patrie.
Un appel politique à la jeunesse
Au-delà du constat, le discours se veut un appel. Pour Félix Tshisekedi, le patriotisme n’a pas disparu de manière irréversible. « Il n’est pas trop tard », a-t-il affirmé, misant sur une population majoritairement jeune pour inverser la tendance. Réapprendre le respect du bien commun, refuser la corruption, défendre l’État plutôt que l’affaiblir : autant de combats qu’il juge indissociables de la survie nationale.
En filigrane, le message est politique et clair : la reconstruction de la RDC ne peut être uniquement institutionnelle ou militaire. Elle exige un sursaut moral et civique, porté par une jeunesse appelée à devenir le socle d’un État plus solide, plus responsable et plus souverain. Une équation exigeante, mais que le président place désormais au cœur du débat national.
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