Les images ont circulé vite, trop vite. Des hommes présentés comme combattants de l’AFC/M23 quittant Uvira, sacs sur le dos, filmés à la hâte, comme si la guerre pouvait se résoudre par quelques vidéos mal cadrées. À Kinshasa, le gouvernement congolais refuse cette narration expéditive et pose les questions que ces images éludent : qui peut vérifier ce retrait ? Où vont-ils réellement ? Combien étaient-ils ? Et surtout, que laissent-ils derrière eux ? Fosses communes, civils traumatisés, militaires déguisés en civils ? Pour le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, le doute n’est pas accidentel, il est central. Car derrière l’annonce d’un retrait dit « volontaire » se profile un scénario déjà éprouvé : une manœuvre unilatérale du « fils » M23 destinée à protéger le « père » Rwanda, sous pression diplomatique, tout en maintenant l’essentiel de l’emprise militaire sur le terrain. Les faits signalés dès le lendemain : pillages, massacres, renforts armés, violations répétées du cessez-le-feu, viennent brutalement contredire la mise en scène d’un désengagement. Pour les autorités congolaises, il ne s’agit pas d’un retrait, mais d’une diversion. Et l’avertissement est clair : sans retrait effectif, vérifiable et total des troupes rwandaises de toutes les zones occupées, aucune image ne suffira à masquer la réalité de l’occupation. Vigilance.
Les questions posées par Patrick Muyaya sont simples, presque élémentaires, et c’est précisément ce qui les rend accablantes. « Qui peut le vérifier ? Où partent-ils ? Combien étaient-ils ? Que laissent-ils dans la ville ? », a interrogé le porte-parole du gouvernement congolais sur son compte X, en réaction aux photos et courtes vidéos montrant des combattants de l’AFC/M23 prétendument en train de quitter Uvira.
À ces interrogations s’ajoute une accusation centrale, formulée sans détour : celle d’une manœuvre politique destinée à « sauver le père Rwanda », selon l’expression du ministre de la Communication et Médias.
Car pour Kinshasa, le cœur du problème reste inchangé. « Nous attendons le retrait effectif des troupes rwandaises de toutes les parties occupées de notre territoire », martèle Patrick Muyaya, appelant à la vigilance face à ce qu’il qualifie implicitement de diversion.
Un retrait annoncé, des crimes constatés
Dès le lendemain de l’annonce faite par Corneille Nangaa sur un prétendu retrait de l’AFC/M23 d’Uvira, la réalité du terrain est venue démentir le récit. Le gouvernement provincial du Sud-Kivu a dénoncé de graves violations du cessez-le-feu prévu par l’accord de principe signé à Doha.
Le 16 décembre, dans l’après-midi, les locaux de la Direction générale des douanes et accises (DGDA) à Uvira ont été entièrement pillés. « Marchandises entreposées en vue de la déclaration, matériel de bureau, mobiliers et plusieurs autres biens de valeur ont été chargés dans des camions en direction du Rwanda », affirme l’exécutif provincial, évoquant un transit par la plaine de la Ruzizi, désormais décrite comme une voie ouverte aux trafics entre Bukavu, Uvira et le Rwanda.
À ces pillages s’ajoutent des accusations d’une gravité extrême. Les autorités provinciales font état de massacres de patients, d’enfants, de jeunes et de militaires survivants, le long de l’axe Kamanyola–Sange, ainsi que de l’exécution de plus de 91 personnes, majoritairement des hommes, accusés d’être des Wazalendo ayant résisté à la prise de la ville.
La duplicité comme méthode
Plus troublant encore, le gouvernement du Sud-Kivu alerte sur l’entrée, le soir même, d’un renfort militaire composé de sept camions chargés d’armes lourdes, notamment des roquettes. Objectif présumé : établir une base arrière dans les collines surplombant Uvira, après avoir « fait semblant de se retirer », conformément, en apparence seulement, aux injonctions américaines.
Ce décalage entre la communication et les faits nourrit la thèse défendue par Kinshasa : celle d’un double jeu assumé. Sur France 24, Patrick Muyaya a résumé cette stratégie en des termes particulièrement sévères : « Le fils, le M23, se donne en sacrifice au-devant du médiateur américain pour protéger le père, le Rwanda. Un non-événement, une diversion, une distraction. »
Selon lui, la poursuite des opérations militaires prouve que Kigali « ne croit pas à l’accord de paix » et cherche à « pérenniser par la violence sa mainmise sur cette partie de notre pays ».
Une crise humanitaire instrumentalisée
Au-delà du rapport de force militaire, le gouvernement congolais insiste sur l’enjeu humain. « Ces agissements aggravent une situation humanitaire déjà catastrophique », souligne Patrick Muyaya, rappelant que la priorité devrait être le retour des populations déplacées.
« La meilleure offre à faire aux populations déplacées, c’est de leur donner la possibilité de retourner chez eux dans des conditions de paix et de sécurité. Ce n’est pas ceux qui gouvernent par crimes qui pourront être en mesure de l’assurer », tranche-t-il.
À Uvira, les images ne suffisent plus. Face aux accusations documentées, aux pillages signalés et aux renforts armés dénoncés, le prétendu retrait de l’AFC/M23 apparaît moins comme un geste de paix que comme une opération de communication. Pour Kinshasa, une seule preuve fera foi : le retrait total, effectif et vérifiable des troupes rwandaises de l’ensemble du territoire congolais. Tout le reste relève, au mieux, de l’illusion ; au pire, de la tromperie.
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