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9 mars, 2026 - 05:20:40
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Médias en RDC : trois ans après les États généraux, l’heure de la redevabilité

Trois ans après les États généraux de la communication et des médias, le gouvernement congolais dresse un premier bilan chiffré, lucide et sans faux-semblants d’un chantier longtemps jugé sensible. Réunis mardi 23 décembre à Kinshasa, au Cercle de Kinshasa, les membres du Comité de suivi des recommandations ont mesuré le chemin parcouru depuis janvier 2022, date à laquelle la profession avait accepté de se regarder en face. Avec un taux de mise en œuvre de 53 %, des réformes juridiques désormais gravées dans la loi et une volonté politique réaffirmée de professionnaliser le secteur, l’exécutif revendique des avancées structurelles. Mais au-delà des textes, la question centrale demeure celle de leur application effective, dans un contexte marqué par la précarité économique des médias, les dérives professionnelles et les défis sécuritaires. À travers ce bilan d’étape, le ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya Katembwe, assume un cap : moderniser sans museler, assainir sans censurer, réformer sans renoncer à la liberté de la presse.

Le ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya Katembwe, a pris part, mardi 23 décembre, à la session de décembre du Comité de suivi des recommandations issues des États généraux de la communication et des médias, tenue au Cercle de Kinshasa. Ces assises, organisées en janvier 2022 sous le haut patronage du président de la République au Centre catholique Nganda, avaient marqué un tournant dans l’histoire récente de la presse congolaise.

Revenant sur l’esprit qui avait présidé à leur organisation, le ministre a rappelé la portée fondatrice de cet exercice collectif. « En janvier 2022, nous avons pris une décision courageuse de scruter l’écosystème de notre profession. Les États généraux ont été un moment de vérité, un diagnostic sans complaisance de nos forces, de nos faiblesses, mais aussi de nos potentialités face à l’évolution rapide des technologies de l’information et de la communication », a-t-il souligné.

Ces travaux avaient débouché sur 82 recommandations structurantes, destinées à refonder durablement le paysage médiatique national. Conscient que les réformes ne peuvent prospérer sans suivi, le gouvernement avait mis en place, dès mars 2022, un comité de suivi inclusif, doté d’une feuille de route précise et d’échéances clairement définies.

Réformes engagées, État sommé de tenir le cap

Trois ans plus tard, l’heure est au bilan. Et celui-ci se veut factuel. « Les rapports soumis font état d’un taux de mise en œuvre de 53 %, soit 43 recommandations réalisées, 10 en cours d’exécution et 28 non encore réalisées », a indiqué Patrick Muyaya. Des chiffres qui traduisent, selon lui, « des avancées réelles », tout en rappelant « l’ampleur du chantier qui reste ouvert ».

Parmi les réformes majeures, le ministre a mis en avant la promulgation de l’ordonnance-loi n°23/009 du 13 mars 2023, communément appelée “loi Muyaya”, qui modernise le cadre juridique de l’exercice de la liberté de la presse en République démocratique du Congo. « Ces textes posent les bases de la viabilité économique des médias, renforcent la régulation et consacrent les droits des journalistes. Les résultats obtenus sont le fruit d’un effort collectif », a-t-il déclaré.

Mais le ministre ne s’est pas contenté d’un satisfecit. Il a insisté sur la nécessité de rendre cette loi pleinement applicable. À cet effet, plusieurs projets de décrets et d’arrêtés interministériels ont été élaborés pour opérationnaliser des dispositions clés, notamment en matière de fiscalité, de licences, d’autorisations et d’exonérations liées à l’importation des intrants nécessaires à la production médiatique. Ces textes sont actuellement examinés avec les experts de la DGRAD en vue de leur finalisation.

Dans le même esprit, des arrêtés ministériels ont déjà été pris, notamment ceux encadrant la procédure d’accréditation des professionnels des médias étrangers et les modalités d’obtention du récépissé autorisant l’exploitation et la publication dans le secteur.

Abordant la question sensible de la salubrité médiatique, Patrick Muyaya a adopté un ton sans détour. « Il est inacceptable d’employer des journalistes sans les rémunérer durant des mois, tout comme il est inadmissible de prétendre exercer une activité médiatique sans les moyens techniques minimums requis », a-t-il martelé. Pour le gouvernement, la relance de ce processus vise avant tout à structurer et professionnaliser le secteur, et non à restreindre la liberté de la presse.

S’agissant des médias publics, le ministre a évoqué les efforts de modernisation en cours, citant le rééquipement de la Radiotélévision nationale congolaise, désormais dotée de matériels de diffusion en haute définition, ainsi que la transformation progressive de l’Agence congolaise de presse vers un modèle multimédia.

Patrick Muyaya a également réaffirmé l’engagement de l’exécutif en faveur de la sécurité des journalistes et de la dépénalisation des délits de presse. « Le droit de réponse et de rectification est désormais consacré comme préalable à toute poursuite », a-t-il rappelé, annonçant la tenue prochaine de cadres de concertation avec l’Union nationale de la presse du Congo (UNPC) et les acteurs judiciaires.

Face aux violations des libertés de la presse constatées dans certaines zones sous occupation, le gouvernement entend poursuivre sa collaboration avec les organisations professionnelles et de défense des journalistes afin de documenter les cas, alerter l’opinion et rechercher des sanctions et des réparations pour les victimes.

Enfin, le ministre a rappelé que la redevabilité est désormais au cœur de la communication gouvernementale, notamment à travers les briefings réguliers destinés à rapprocher les journalistes des sources officielles et à lutter contre la désinformation.

En conclusion, Patrick Muyaya a salué « les avancées enregistrées, fruits des efforts conjugués du gouvernement et de l’ensemble des parties prenantes », tout en reconnaissant que « beaucoup reste encore à accomplir ». « Les contraintes financières demeurent réelles, mais la dynamique est engagée et les bases sont désormais posées », a-t-il conclu.

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