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9 mars, 2026 - 06:45:18
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Accord de Washington : Mukoko et Muyaya dissipent les contrevérités et à réaffirmer la souveraineté congolaise

Alors que la polémique enfle autour du partenariat stratégique conclu entre la République démocratique du Congo et les États-Unis, le gouvernement a choisi de sortir du brouhaha pour revenir aux faits. Mardi 30 décembre au soir, lors d’un briefing de presse tenu à la RTNC, le vice-Premier ministre et ministre de l’Économie nationale Daniel Mukoko Samba, aux côtés du ministre de la Communication et Médias Patrick Muyaya, a livré une mise au point détaillée sur la nature, la portée et les mécanismes de l’accord signé le 4 décembre à Washington. Au cœur des critiques, une accusation persistante : celle d’un supposé « bradage » des ressources minières congolaises et d’un abandon de souveraineté économique au profit de partenaires étrangers. Des accusations que l’exécutif juge infondées et nourries par une lecture partielle, voire émotionnelle, d’un texte pourtant public et technique.

Dès l’entame, Patrick Muyaya a tenu à recadrer le débat. Les documents, a-t-il rappelé, sont accessibles depuis leur signature. Ils ne comportent ni clause secrète ni annexe dissimulée. « Il ne s’agit pas d’un deal obscur, mais d’un accord de partenariat stratégique clairement défini », a-t-il insisté, appelant à une lecture juridique et dépassionnée.

Prenant la parole, Daniel Mukoko Samba a précisé le périmètre exact de l’accord. Deux textes sont concernés : l’accord de partenariat stratégique, signé par lui-même pour la partie congolaise, et un mémorandum d’entente sur la sécurité, paraphé par la ministre d’État aux Affaires étrangères. « Nous parlons exclusivement des documents signés entre la RDC et les États-Unis, et non d’autres accords conclus le même jour avec d’autres partenaires », a-t-il souligné.

Selon le vice-Premier ministre, l’accord du 4 décembre marque un changement de niveau dans les relations bilatérales. La RDC passe d’une coopération classique à un partenariat stratégique, un statut réservé à un cercle restreint de pays. « Un partenariat stratégique signifie que deux États partagent une vision commune à moyen et long terme et considèrent que leurs intérêts fondamentaux sont étroitement liés », a-t-il expliqué.

Aucune mine cédée, aucun investisseur désigné

Sur le fond économique, Mukoko Samba a été catégorique. « Il s’agit d’un accord-cadre, technique, qui définit des domaines de coopération : économie et commerce, sécurité, gouvernance, éducation, sciences et technologies, sans céder la moindre mine, sans désigner le moindre investisseur et sans attribuer le moindre contrat », a-t-il martelé. Et d’ajouter : « Il n’existe dans ce document aucune liste de concessions minières, aucun engagement de bradage des ressources ».

Une précision jugée essentielle par le gouvernement, alors que certaines voix, dont celle de Fulgence Muteba, ont publiquement exprimé leurs inquiétudes. Sans attaquer frontalement, l’exécutif a préféré répondre point par point, en s’appuyant sur le contenu du texte plutôt que sur l’émotion suscitée par le débat.

Le comité conjoint de pilotage, clé de voûte du dispositif

Au centre de l’architecture de l’accord figure un comité conjoint de pilotage, présenté comme l’organe central de mise en œuvre. Il est composé de dix membres, à parité stricte : cinq représentants américains et cinq congolais. Chaque partie désigne un coprésident — le représentant du Département d’État pour les États-Unis, le ministre de l’Économie pour la RDC.

Côté congolais, les représentants proviennent des ministères de l’Économie, des Finances, des Affaires étrangères, des Mines, ainsi que de la Présidence de la République. Côté américain, ils sont issus notamment du Département d’État, du Trésor et du Commerce. Le comité se réunit deux fois par an, en présentiel ou à distance, en alternance entre les deux pays. Sa première session est attendue dans les 90 jours suivant l’entrée en vigueur de l’accord, soit au plus tard à la mi-mars 2026.

Sa mission est clairement définie : identifier les priorités, assurer le suivi et superviser la mise en œuvre des projets stratégiques. « Les investisseurs viendront lorsque des projets concrets auront été identifiés par le comité conjoint », a rappelé Mukoko Samba, insistant sur le caractère progressif et encadré du processus.

Des projets choisis par Kinshasa, dans le cadre légal

Autre point clé : l’initiative reste congolaise. Trois catégories de projets sont prévues. D’abord, les projets stratégiques, définis par le gouvernement congolais lui-même, visant la transformation structurelle de l’économie, l’industrialisation, la création d’emplois et le renforcement de la paix et de la stabilité. Ensuite, les projets miniers sur concessions appartenant à l’État et actuellement libres, conduits dans le strict respect du Code minier. Enfin, les projets stratégiques qualifiés, pouvant concerner certaines concessions où l’État n’est pas majoritaire, sans déroger au cadre légal existant.

Sur le plan fiscal, le vice-Premier ministre a tenu à couper court à une autre critique récurrente. L’accord ne prévoit aucun régime fiscal dérogatoire spécifique pour les investisseurs américains. Les investissements éventuels resteront soumis au droit congolais, notamment à la loi de janvier 2014, appelée à être amendée afin de servir de cadre de référence unique, plus lisible et plus sécurisé.

Un partenariat de long terme, mais réversible

Conçu pour durer, le partenariat prévoit une révision tous les trois ans, afin d’en améliorer certains aspects. Il inclut également un mécanisme clair de sortie : toute partie souhaitant se retirer devra notifier l’autre par écrit, avec un préavis de cinq ans. Une clause présentée comme une garantie de stabilité pour les projets engagés, mais aussi comme une preuve que la RDC ne s’enferme pas dans un engagement irréversible.

« Tout va se faire dans le strict respect des lois de notre pays », a insisté Daniel Mukoko Samba, rappelant que l’accord ne se limite pas aux ressources minières, mais vise plus largement la transformation industrielle, la gouvernance et la création d’emplois.

À travers ce briefing, le gouvernement a voulu rétablir les faits et reprendre la main sur le récit. Son message est limpide : le partenariat stratégique avec les États-Unis se veut un levier de développement et de stabilité, non une abdication de souveraineté. Une clarification assumée, dans un débat où les mots, autant que les minerais, pèsent lourd.

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