La mesure était annoncée, jamais appliquée. Elle devient désormais obligatoire. À Lubumbashi, l’entrée en vigueur imminente de la taxe d’immondices marque un tournant assumé dans la lutte contre l’insalubrité qui gangrène la capitale cuprifère. En réactivant un dispositif longtemps resté théorique, l’hôtel de ville affiche sa volonté de reprendre la main sur une gestion des déchets devenue hors de contrôle. Dépotoirs sauvages, caniveaux obstrués, rivières asphyxiées par le plastique : le décor est connu, les conséquences aussi, avec des inondations récurrentes et des risques sanitaires persistants. Mais derrière l’annonce, une question centrale demeure : cette taxe permettra-t-elle enfin de s’attaquer aux causes structurelles du mal urbain, ou restera-t-elle un levier fiscal de plus, sans impact durable sur le terrain ? À Lubumbashi, la propreté devient un enjeu de gouvernance autant qu’un impératif sanitaire.
La ville de Lubumbashi s’apprête à franchir une étape délicate. La maire de la ville, Joyce Tunda Kazadi, a annoncé l’entrée en vigueur prochaine d’une taxe d’immondices obligatoire pour l’ensemble des ménages. Une mesure présentée comme un outil central de lutte contre l’insalubrité urbaine.
Selon le chargé de communication de l’autorité urbaine, Martens Kabeya, cette taxe ne constitue pas une nouveauté en soi. Elle figurait déjà dans la grille fiscale, sans jamais être appliquée. Cette fois, assure-t-il, le dispositif a été « recyclé » et réajusté afin de mobiliser des ressources dédiées à l’assainissement.
Il s’agit, explique-t-il, d’étendre l’évacuation des déchets jusque dans les quartiers périphériques, longtemps laissés en marge des circuits officiels de collecte.
Une ville saturée par ses déchets
Le constat, lui, est sans appel. Dans le centre-ville comme dans les communes périphériques, les dépotoirs improvisés se multiplient. À certains carrefours, les silos de transit sont devenus des poubelles à ciel ouvert. Les arrêts de bus concentrent déchets organiques et plastiques, transformés en foyers d’odeurs et de risques sanitaires, du choléra à la fièvre typhoïde.
À Katuba, près de l’arrêt Cinq Paillotes, une montagne d’ordures s’est installée durablement, alimentée par des collectes informelles. Les rivières, elles aussi, paient le prix fort. La rivière Lubumbashi, vers le pont Tshondo, charrie des milliers de bouteilles plastiques, entravant l’écoulement de l’eau et accentuant les inondations, jusqu’à menacer des axes routiers stratégiques.
Des mesures connues, des résultats limités
Avant la taxe, la mairie a multiplié les initiatives : débouchage des caniveaux, opérations « Jeudi Salongo », lavage dominical des artères du centre-ville. Des actions visibles, mais jugées insuffisantes par de nombreux observateurs.
Le reproche est récurrent : s’attaquer aux conséquences sans traiter les causes. L’absence de poubelles publiques, la faiblesse des sanctions et le manque de sensibilisation structurée alimentent un cycle sans fin.
Sans encadrement du commerce informel, un risque d’échec
Autre angle mort souligné par la société civile : la prolifération des marchés à la sauvette. Dans les zones à forte affluence, les vendeurs informels génèrent une quantité importante de déchets sans dispositif clair de collecte. Sans politique d’encadrement de ces activités, préviennent plusieurs acteurs locaux, la taxe d’immondices pourrait perdre en efficacité.
Annoncée, la mesure doit encore être précisée : modalités de paiement, procédures de collecte et mécanismes de contrôle. En attendant, les Lushois continuent de subir, à chaque pluie, les effets d’une ville engorgée. À Lubumbashi, la taxe d’immondices ouvre une séquence décisive. Reste à savoir si elle sera suivie d’une stratégie cohérente, à la hauteur de l’urgence urbaine.
Patient Mubiayi à Lubumbashi

