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26 juin, 2026 - 22:47:41
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Revendications territoriales de Paul Kagame : les relais congolais mis hors-jeu

Il n’y a plus d’allusions ni d’ambiguïtés possibles. En revendiquant frontalement des portions du territoire de la République démocratique du Congo et en assumant une emprise directe sur des villes majeures de l’Est, Paul Kagame a levé le voile sur son projet. Ses déclarations ne relèvent ni de l’écart isolé ni du simple excès de langage. Elles s’inscrivent dans une stratégie structurée et assumée : empêcher toute recomposition congolaise, étouffer toute initiative de paix endogène et maintenir une fragmentation chronique au service d’une occupation durable. Plus grave encore, cette entreprise trouve des relais à l’intérieur même du Congo : politiques, médiatiques, religieux qui, par calcul, aveuglement ou intérêt, s’emploient à rendre l’inacceptable tolérable. À l’heure où Kinshasa cherche les chemins d’un sursaut national, l’équivoque n’est plus permise : l’expansionnisme se combat, la complaisance se désigne.

On se souvient ainsi de ces membres du clergé congolais qui ont choisi de se rendre à Goma, non pour se tenir aux côtés des victimes ni pour défendre la souveraineté nationale, mais pour rencontrer des acteurs armés inféodés à Kigali. Des figures inscrites dans un cycle de violences ayant coûté, en trois décennies, des millions de vies congolaises, tandis que la mémoire des victimes récentes, notamment celles du carnage de fin janvier 2025 à Goma, demeure brûlante. Cette démarche, lourde de symboles, a résonné comme une capitulation morale. La tournée s’est prolongée à Kigali et dans d’autres capitales, dans une séquence assumée et financée par le pouvoir rwandais lui-même. Sous couvert d’un prétendu « pacte pour la paix » dans la sous-région, ces déplacements ont été présentés comme une solution miracle, la voie unique pour résoudre la crise sécuritaire et restaurer le vivre-ensemble. Illusion totale. La paix ne se décrète pas depuis la capitale d’un État qui revendique vos terres ; elle naît du respect de la souveraineté.

Un discours ancien, une offensive remise au goût du jour

Les revendications territoriales du Rwanda sur l’Est de la RDC ne sont pas nouvelles. Mais elles ressurgissent aujourd’hui avec une brutalité assumée.

Dans cette vidéo devenue virale, en affirmant que certaines terres congolaises relèveraient d’une souveraineté rwandaise, Paul Kagame ne cherche pas à convaincre. Il cherche à dissuader toute reconquête politique et diplomatique. À étouffer toute dynamique de cohésion nationale. À torpiller, enfin, tout dialogue interne susceptible d’arracher à Kigali ses leviers d’influence. Le message est sans détour : même réconciliés, même unis, les Congolais resteraient sous la menace. Une parole de domination, pensée pour installer l’idée d’une fatalité. Ces déclarations virales, revendiquant des terres congolaises, visent aussi à verrouiller les acteurs congolais instrumentalisés dans l’agression. Même si les conditions politiques étaient réunies pour leur participation à un processus national, la parole venue de Kigali agit comme un rappel à l’ordre. Revenir à la raison serait une trahison. Sortir de l’étau militaire, une chimère. Ainsi, le Rwanda sabote par avance toute tentative de récupération pacifique des zones occupées, y compris par la démobilisation politique de l’AFC/M23. La paix devient impraticable, non par défaut de volonté congolaise, mais par calcul extérieur.

La cinquième colonne congolaise, démasquée

Lorsque Kigali laisse entendre que Goma et Bukavu seraient sous son contrôle, il ne s’agit pas d’une simple provocation verbale. C’est la revendication d’un fait accompli, arraché au prix de vies congolaises et inscrit dans la durée par un discours de légitimation territoriale. Face à cela, la neutralité n’existe pas. Se taire, c’est consentir. Relativiser, c’est accompagner.

La crise devient alors aussi intérieure. Des voix congolaises s’emploient à déresponsabiliser Kigali de la tragédie de l’Est. Elles minimisent, détournent, excusent. Pire : elles encensent. Lorsque des responsables religieux vantent un prétendu « leadership » étranger au moment même où des villes congolaises s’ensanglantent, il ne s’agit plus d’une opinion, mais d’une collaboration symbolique. Or les propos ouvertement expansionnistes de Kigali ont confondu ces relais. Le masque est tombé. Ceux qui prêchaient la modération sont désormais rattrapés par la clarté brutale de leur mentor.

Responsabilités et vérité politique

Affirmer que Paul Kagame ne serait responsable de rien relève désormais de l’aveuglement volontaire. Les faits persistent : violences, déplacements massifs, pillage des ressources. Les prises de position révèlent les appartenances ; on reconnaît les agents à leurs discours.

Cette crise de vérité touche aussi l’histoire récente. Pendant dix-huit ans, Joseph Kabila s’est présenté comme le rempart contre la rébellion. Aujourd’hui, ceux qu’il disait combattre l’accueillent et le revendiquent. Ses allers-retours à Goma sous occupation parlent d’eux-mêmes. Ce basculement, assumé publiquement, dit une chose grave : la confiance du peuple a été instrumentalisée.

Face à un expansionnisme assumé et à des complicités internes actives, la RDC n’a plus le luxe de l’hésitation. La paix ne se mendie pas à un voisin qui revendique vos terres. Elle se protège. Une capacité dissuasive crédible n’est pas une tentation belliciste ; elle est une condition de la négociation.

L’histoire retiendra que certains fils du Congo ont trahi le Congo. Nommer l’agression, dénoncer les complicités, reconstruire la cohésion : c’est à ce prix, et à ce prix seulement, que la RDC cessera d’être le terrain de jeu des « trouble-fêtes » régionaux et de leurs relais domestiques.

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