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Kinshasa
18 août, 2026 - 00:02:45
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Analyse | Agriculture, mines et diversification : le véritable sens de la revanche du sol

La « revanche du sol sur le sous-sol » ne signifie pas l’abandon des mines au profit de l’agriculture. Elle pose une question économique plus profonde : comment transformer la rente minière en un levier de diversification capable de produire davantage, de créer des emplois et de réduire la dépendance du pays aux importations alimentaires ? La formule attribuée à Félix Tshisekedi a parfois été comprise comme une opposition entre deux richesses congolaises. C’est une erreur d’analyse. La RDC n’a pas à choisir entre son sol et son sous-sol. Elle doit apprendre à faire travailler l’un pour renforcer l’autre.

Le véritable enjeu consiste à convertir une partie des revenus tirés du cuivre, du cobalt et des autres ressources extractives en capital productif agricole : routes de desserte, irrigation, recherche, mécanisation, énergie, stockage, transformation et logistique. Autrement dit, utiliser la richesse du sous-sol pour bâtir une économie moins dépendante de l’extraction.

Transformer la rente en capacité de production

Le potentiel agricole ne fait pas défaut. La RDC dispose d’environ 80 millions d’hectares de terres arables, de ressources en eau considérables, de vastes bassins de production et d’un immense marché intérieur. Pourtant, cette abondance ne s’est pas encore traduite à l’échelle nécessaire en production, en emplois et en sécurité alimentaire.

Le problème n’est donc pas seulement celui de la terre. Il relève de l’organisation économique, de l’investissement et de la continuité des politiques publiques.

La « revanche du sol » ne peut, dès lors, rester un slogan. Elle doit devenir une stratégie mesurable. Combien d’hectares supplémentaires vont être exploités chaque année ? Combien de tonnes de maïs, de riz, de manioc, de cacao, de café ou de soja le pays va-t-il produire ? Combien de kilomètres de routes agricoles, de centres de stockage et d’unités de transformation vont être mis en service ? Et surtout, de combien la RDC va-t-elle réduire sa facture d’importations alimentaires ?

C’est dans ces indicateurs que la vision va prendre sa véritable dimension économique.

Les mines financent aujourd’hui, l’agriculture peut diversifier demain

Le secteur minier reste indispensable. Il fournit l’essentiel des recettes d’exportation et une part décisive des devises dont l’économie congolaise a besoin. Mais l’agriculture peut offrir ce que l’industrie extractive ne fournit pas à elle seule : des emplois massifs, une activité répartie sur l’ensemble du territoire et une production directement ancrée dans les communautés.

Le cuivre et le cobalt peuvent ainsi financer une économie qui, à terme, dépendra moins exclusivement du cuivre et du cobalt.

La priorité ne consiste donc pas à distribuer simplement davantage d’argent aux agriculteurs. Il faut investir dans toute la chaîne de valeur : semences certifiées, recherche agronomique, engrais, mécanisation, irrigation, routes, entrepôts, chaînes du froid, énergie, transformation industrielle, accès au crédit et marchés organisés.

Si la RDC réussit à transformer ses agriculteurs en producteurs compétitifs, ses stations de recherche en centres d’innovation et ses terres en véritables bassins de production, l’agriculture va pouvoir devenir l’un des principaux moteurs de la diversification économique.

De Mukumari au Sud-Ubangi, les premiers signaux

La récente visite du vice-Premier ministre et ministre de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba, à la station de l’Institut national pour l’étude et la recherche agronomiques, INERA, de Mukumari, dans le Sankuru, a remis cette question au centre du débat. La redynamisation de la recherche, la production de semences améliorées, l’encadrement des producteurs et la relance des bassins agricoles vont dans le sens d’une agriculture davantage fondée sur la productivité.

Cette démarche gagne à être étendue à d’autres provinces.

Le protocole de 7,7 millions de dollars signé en 2026 dans le Sud-Ubangi pour soutenir, sur 24 mois, les filières du maïs et du soja illustre cette logique. Semences, accompagnement des producteurs, stockage, transformation et commercialisation vers Kinshasa : l’intérêt du projet réside dans son approche intégrée. Produire davantage ne suffit pas. Encore faut-il acheminer, conserver, transformer et vendre.

L’agriculture devient compétitive lorsque toute cette chaîne fonctionne.

La revanche du sol passe aussi par la réforme du sous-sol

La stratégie ne pourra toutefois réussir sans une meilleure gouvernance minière. La fraude, le déficit de traçabilité et l’insuffisance des infrastructures continuent de réduire la part de richesse réellement captée par l’État et l’économie nationale.

La RDC doit également accélérer la transformation locale de ses minerais. Exporter la matière brute rapporte moins que participer aux étapes de transformation qui créent davantage de valeur, d’emplois et de capacités industrielles.

C’est précisément là que les deux ambitions se rejoignent. Un secteur minier mieux maîtrisé et davantage créateur de valeur peut fournir les ressources nécessaires pour financer les infrastructures et les investissements qui permettront à l’agriculture de changer d’échelle.

La revanche du sol ne sera donc pas celle de l’agriculture contre les mines. Elle commencera lorsque le pays aura cessé d’opposer ses deux grandes richesses et aura organisé leur complémentarité.

Le sous-sol peut financer la transformation. Le sol peut diversifier la croissance, créer des emplois et réduire la dépendance alimentaire.

Le jour où cette articulation produira davantage de nourriture, de revenus ruraux, d’industries de transformation et de produits « Made in DRC », la revanche du sol cessera d’être une formule politique.

Elle deviendra une réalité économique.

Analyse (Melis Boasi)

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