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10 mars, 2026 - 22:07:51
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Kananga : « Ville propre », la mairie rase les marchés pirates et déclenche la colère des vendeuses

Bulldozers contre étals de fortune, ordre urbain contre survie quotidienne. À Kananga, l’opération dite « Ville propre » a brutalement changé le visage de plusieurs artères de la capitale provinciale. Depuis le 14 janvier, la mairie a entrepris de démolir kiosques, échoppes et installations commerciales informelles installées sur les trottoirs et emprises publiques. Une décision justifiée par la nécessité de restaurer la salubrité, la sécurité et la libre circulation. Mais sur le terrain, la mesure prend une tournure sociale explosive. Majoritairement touchées, les femmes commerçantes dénoncent une opération menée sans solutions alternatives, qui les prive du jour au lendemain de leur unique source de revenus. Entre impératif d’urbanisme et réalité de la pauvreté urbaine, la municipalité avance au pas de charge, au risque d’élargir la fracture entre pouvoir local et économie populaire.

Lancée par l’hôtel de ville, l’opération vise les constructions jugées anarchiques : kiosques en bois, étals improvisés, tables dressées à même les trottoirs. Selon la maire Rose Muadi, il s’agit de « rétablir l’ordre urbain » et de redonner à Kananga une image conforme aux normes d’urbanisme. Dans un communiqué, l’autorité urbaine insiste sur la salubrité publique et la libre circulation des personnes et des biens, devenues problématiques dans une ville où l’occupation de l’espace public s’est banalisée au fil des années.

La logique est assumée : dégager les artères, sécuriser les piétons, fluidifier le trafic. Une réponse administrative à un défi ancien de gouvernance locale.

Les femmes commerçantes en première ligne

Sur le terrain, le choc est immédiat. Devant l’ancien quartier de la MONUSCO ou au rond-point El-Michel, des femmes ramassent les débris de leurs étals. Pour beaucoup, la vente de produits vivriers constitue la seule source de revenus du ménage. « C’est avec ça que nous nourrissons nos enfants et payons l’école », confient plusieurs vendeuses, évoquant une perte « brutale » et « difficilement supportable ».

Leur présence hors des marchés officiels, expliquent-elles, n’est pas un choix de confort. Manque de places disponibles, coûts élevés des emplacements, accès compliqué, insécurité et insalubrité à l’intérieur des marchés : autant de contraintes qui les ont poussées vers les trottoirs, malgré les risques.

L’ordre urbain sans filet social

Les forces de l’ordre mobilisées rappellent que l’occupation des emprises publiques constitue une infraction. Libérer les trottoirs serait, selon elles, indispensable pour la sécurité et la santé publique. Mais à ce stade, aucune mesure d’accompagnement n’a été annoncée : ni sites de relocalisation, ni calendrier progressif, ni appui aux personnes affectées.

Ce silence alimente incompréhension et tension. L’opération « Ville propre » apparaît ainsi comme une démonstration d’autorité plus que comme une politique urbaine inclusive. À Kananga, la propreté de la ville avance, mais le prix social, lui, reste entier.

Stony Mulumba, correspondant à Kananga

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