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8 février, 2026 - 04:09:04
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Crise dans l’Est : le président burundais réclame une MONUSCO active à la frontière RDC-Rwanda

Le constat est ancien, l’urgence intacte. Plus de trente ans après le début des violences armées dans l’est de la République démocratique du Congo, la situation sécuritaire continue de se dégrader, malgré l’empilement d’initiatives diplomatiques régionales et internationales. Depuis Bujumbura, le président burundais Évariste Ndayishimiye relance le débat sur le rôle des Nations unies, estimant que la MONUSCO ne peut plus rester un acteur passif d’un conflit qui menace désormais l’équilibre de toute la région des Grands Lacs. En appelant à transformer la mission onusienne en véritable force neutre d’interposition entre la RDC et le Rwanda, le chef de l’État burundais met en lumière l’impasse actuelle des processus de paix, de Washington à Doha, et l’écart persistant entre engagements politiques et réalités du terrain. Une prise de position qui traduit la montée des inquiétudes régionales face à un conflit devenu structurel.

Depuis plus de trois décennies, l’Est de la République démocratique du Congo demeure prisonnier d’un cycle de violences armées, nourri par l’activisme de groupes locaux et étrangers. Une insécurité chronique, aggravée ces dernières années par la résurgence de la rébellion de l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda, et par l’occupation de vastes zones dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu.

C’est dans ce contexte que le président du Burundi, Évariste Ndayishimiye, a livré un plaidoyer sans détour, jeudi 14 janvier 2026, lors de la cérémonie d’échange de vœux avec le corps diplomatique et consulaire accrédité à Bujumbura. Pour lui, l’implication actuelle des Nations unies ne suffit plus.

Le chef de l’État burundais estime que la Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en RDC dispose déjà des outils nécessaires, mais reste entravée par un mandat jugé trop passif. Il appelle ainsi à « activer » la mission afin d’en faire une « force réelle et neutre d’interposition » positionnée entre la frontière congolaise et celle du Rwanda, condition préalable, selon lui, à toute dynamique de paix durable.

Cessez-le-feu, désengagement, DDR : les préalables oubliés

Dans son discours, Évariste Ndayishimiye déroule une logique implacable. Sans cessez-le-feu effectif, sans séparation claire des forces, sans cantonnement des combattants et sans lancement crédible du processus de désarmement, démobilisation et réintégration (DDR), « il n’est pas possible que le Congo entame un véritable processus de paix intérieur ». Le renforcement du mandat de la MONUSCO apparaît ainsi comme un levier central pour garantir la sécurité des frontières, rassurer Kigali et permettre à Kinshasa de reprendre le contrôle de son territoire.

Au-delà de l’ONU, le président burundais appelle à la mise en œuvre effective des décisions déjà prises dans les cadres régionaux et internationaux. Il cite notamment les résolutions issues des sommets de la Communauté d’Afrique de l’Est et de la Communauté de développement de l’Afrique australe, ainsi que les accords de Washington et de Doha, sans oublier les décisions pertinentes de l’Union africaine et la résolution 2773 des Nations unies.

Des processus diplomatiques à l’épreuve du terrain

Cette sortie intervient alors que les initiatives diplomatiques peinent à produire des résultats concrets. Malgré l’implication de Donald Trump et l’entérinement des accords de Washington par les présidents Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo et Paul Kagame, la situation sécuritaire sur le terrain reste largement inchangée. Kinshasa et Kigali continuent de s’accuser mutuellement de violations des engagements pris.

Les discussions de Doha, menées sous l’égide de l’Émir du Qatar entre Kinshasa et l’AFC/M23, connaissent la même inertie. Plusieurs mécanismes actés cessez-le-feu, déclaration de principes, accord-cadre n’ont toujours pas été appliqués, laissant le champ libre à la poursuite des affrontements.

Dans ce paysage diplomatique fragmenté, l’Angola, après avoir annoncé son retrait comme médiateur en mars 2025, opère un retour discret, multipliant les consultations. De son côté, le Togo prévoit d’organiser, ce samedi 17 janvier 2026, une réunion de haut niveau sur la consolidation du processus de paix dans la région des Grands Lacs.

Face à l’enlisement, l’appel d’Évariste Ndayishimiye sonne comme un avertissement : sans mise en œuvre réelle des décisions déjà prises, le risque demeure que la guerre déborde, entraînant avec elle toute la région.

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