L’accusation était spectaculaire. Elle se voulait politique. Elle se heurte aux faits. Depuis l’étranger, Augustin Matata Ponyo a dénoncé sur TV5 Monde une prétendue « justice tribale ». À Kinshasa, la riposte du gouvernement a été immédiate. Non seulement Patrick Muyaya rappelle que l’ancien Premier ministre est condamné pour détournements dans l’affaire Bukanga-Lonzo et en fuite, mais la composition même de la Cour constitutionnelle de la République démocratique du Congo affaiblit son argument : les juges proviennent de toutes les régions du pays. Plus qu’une critique, l’accusation apparaît comme une manœuvre politique pour discréditer la justice.
L’attaque de Matata Ponyo reposait sur un mot lourd : « tribale ». Un mot destiné à frapper l’opinion. À délégitimer la justice. À se poser en victime. Mais les faits résistent mal à la rhétorique.
L’ancien chef du gouvernement ne parle pas en observateur neutre. Il parle en condamné. La Cour constitutionnelle l’a reconnu coupable de détournements massifs de deniers publics dans le dossier du parc agro-industriel de Bukanga-Lonzo. Au lieu d’assumer la décision, il a quitté le territoire. Puis, depuis l’exil, il met en cause l’impartialité des juges.
La riposte gouvernementale a été sèche.
Sur Perfect TV, Patrick Muyaya tranche : « Matata Ponyo est un fugitif qui n’a aucune leçon à donner aux Congolais. »
Mais au-delà de la formule, c’est l’argumentation qui frappe.
Car l’accusation de « justice tribale » se heurte à une réalité simple : la composition même de la Cour qui présente une représentativité géographique étendue, couvrant plusieurs provinces du pays. Voici la composition : Dieudonné Kamuleta (Kasaï Oriental), Aristide Kahindo (Nord-Kivu), Dieudonné Mandza (Mongala), François Bokona (Maï-Ndombe), Alphonsine Kalume (Maniema), Christian Bahati Yuma (Ituri) et Sylvain Lumu (Haut-Lomami).
Un éventail géographique qui contredit frontalement l’idée d’un bloc régional homogène.
Autrement dit : l’argument ne tient pas.
En s’attaquant à l’institution plutôt qu’au fond du dossier, Matata Ponyo semble surtout chercher à politiser sa condamnation. Transformer une affaire judiciaire en persécution identitaire. Substituer le soupçon ethnique aux responsabilités financières.
La stratégie est connue : quand les faits accablent, on accuse le système.
Le gouvernement, lui, retourne aussi l’histoire politique. « Le régime Kabila était bien plus tribaliste que le régime Tshisekedi », rappelle Muyaya, renvoyant l’ancien Premier ministre à ses propres années de pouvoir aux côtés de Joseph Kabila.
Le contraste est brutal : un homme condamné qui se présente en procureur moral, une institution nationale accusée sans preuve, et une rhétorique identitaire brandie pour échapper au débat judiciaire.
À force d’invoquer le tribalisme à chaque décision défavorable, le risque est de vider le mot de son sens. Et d’affaiblir la justice elle-même.
Une démocratie ne progresse pas quand ses dirigeants fuient leurs juges. Elle progresse quand chacun, puissant ou non, répond de ses actes.
Les faits, eux, ne votent pas. Ils jugent.
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