Un secteur longtemps laissé à l’initiative individuelle entre enfin dans le giron de l’État. Réuni en Conseil des ministres le 7 février, le gouvernement a adopté un décret créant un organisme public chargé d’encadrer, financer et promouvoir le cinéma congolais. Objectif affiché : doter la filière d’infrastructures, professionnaliser ses acteurs et offrir aux œuvres nationales une meilleure visibilité sur les scènes africaine et internationale. Portée par la ministre de la Culture, Yolande Elebe, la réforme entend transformer une création dynamique mais fragile en véritable industrie culturelle. Pour Kinshasa, il s’agit de faire du cinéma un outil d’identité, d’emploi et d’influence, à l’heure où les images façonnent aussi la souveraineté des nations.
Le cinéma congolais change d’époque. Vendredi 7 février, lors de la 77ᵉ réunion du Conseil des ministres, le gouvernement a adopté un projet de décret instituant un organisme public dédié à la structuration et à la promotion du secteur cinématographique.
Le texte, présenté par la ministre de la Culture, des Arts et du Patrimoine, Yolande Elebe, définit l’organisation et le fonctionnement d’un futur centre chargé d’accompagner la production nationale, de développer des infrastructures adaptées et d’améliorer la diffusion des œuvres congolaises.
Inscrite parmi les priorités du Programme d’actions du gouvernement, cette réforme vise à doter le cinéma d’un cadre institutionnel stable, longtemps réclamé par les professionnels.
Structurer une filière fragile
Jusqu’ici, le secteur évoluait principalement grâce à des initiatives indépendantes, souvent freinées par le manque de financements, l’absence de salles modernes, l’insuffisance de formations spécialisées et la rareté des circuits de distribution.
Le nouvel organisme ambitionne de combler ces lacunes. Il devra stimuler la création, soutenir les productions locales, accompagner les projets en amont et renforcer la compétitivité des œuvres sur les marchés africains et internationaux.
Selon le compte rendu officiel, il s’agit de « structurer durablement le secteur et de professionnaliser ses acteurs ».
Préserver l’identité culturelle
Au-delà de l’appui économique, le gouvernement entend aussi affirmer une mission culturelle. Le futur centre aura pour rôle d’encadrer les contenus afin de garantir « le respect des valeurs culturelles congolaises », dans un environnement audiovisuel dominé par des productions étrangères.
L’objectif affiché est clair : trouver un équilibre entre ouverture créative et préservation de l’identité nationale.
Cette orientation répond à une double exigence : protéger le patrimoine narratif congolais tout en permettant aux cinéastes d’exister dans la compétition mondiale des images.
Une dynamique déjà engagée
Malgré les contraintes, le cinéma congolais a montré ces dernières années des signes de vitalité. Une nouvelle génération de réalisateurs multiplie les productions indépendantes, souvent saluées dans les festivals et les plateformes numériques.
Ce foisonnement créatif a mis en lumière un potentiel encore sous-exploité.
En dotant le secteur d’un outil institutionnel, l’exécutif espère transformer cet élan artistique en véritable industrie culturelle, génératrice d’emplois et de revenus.
Un pari économique et symbolique
Car l’enjeu dépasse le seul divertissement. Pour le gouvernement, le cinéma constitue à la fois un levier économique, un vecteur d’influence et un instrument de cohésion nationale.
En structurant la filière, Kinshasa cherche à faire émerger une production capable de raconter le pays par lui-même, au lieu de laisser d’autres le faire à sa place.
Avec ce décret, l’État assume désormais un rôle moteur. Reste à traduire l’ambition réglementaire en moyens concrets. Le succès du cinéma congolais dépendra moins des textes que de leur application. Mais une étape décisive vient d’être franchie.
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