L’avènement controversé de Tshisekedi au pouvoir en 2019, son éventuelle mauvaise gouvernance et ses relations en dents de scie avec la CENCO n’expliquent pas à eux seuls la phobie du cardinal Ambongo envers le président de la République et son régime. Le problème semble relever aussi de la foi. Dans une vidéo devenue virale sur la toile, le prélat catholique est formel : « Beaucoup de catholiques n’osent pas, pour des raisons de travail, pour des raisons politiques, afficher leur identité, tellement le pouvoir d’aujourd’hui est dominé par des pasteurs et des gens des sectes ». Les catholiques seraient donc discriminés. Implicitement cependant, il ne reconnaît pas moins que son Église, par-delà l’ECC, est en perte de vitesse eu égard aux Églises de réveil qui mettent de plus en plus à mal leur notoriété. À qui la faute ? À la médiocrité spirituelle du clergé catholique qui a tourné le dos à l’Évangile au profit des intérêts personnels, dixit le pape François en visite début février 2023 à Kinshasa. Ancien nonce apostolique en RDC, Mgr Ettore Balestrero est resté également sur la brèche.
La vidéo, dont question, n’est pas le produit de l’intelligence artificielle. Sourcée CENCO et relayée par AXEmedia (un cabinet français), elle découle de l’homélie faite par le cardinal Fridolin Ambongo le Vendredi saint 2025, soit le 18 avril 2025. Dans ses envolées oratoires marquées par des critiques envers la gouvernance actuelle en RDC, l’archevêque de Kinshasa n’y est pas allé avec le dos de la cuillère : « Dans notre pays, beaucoup des catholiques n’osent pas s’afficher. Pour des raisons de travail, pour des raisons politiques, ils n’osent pas afficher leur identité, tellement le pouvoir d’aujourd’hui est dominé par des pasteurs et des gens des sectes. C’est ça la vérité autour de nous. Et très souvent, face à cette situation, les catholiques cachent leur identité ». Et d’ajouter : « Frères et sœurs dans le Seigneur, le Christ nous posera la question le moment venu. Tu as eu honte de quoi ? Tu as voulu me cacher tout simplement pour ne pas perdre certains avantages. Quiconque a honte de moi devant les hommes, moi aussi j’aurai honte de lui, pas devant les hommes, mais plutôt devant le père ».
Devant un aréopage composé essentiellement des jeunes, vraisemblablement à la paroisse Sacré-Cœur à Kinshasa-Gombe, le prélat catholique n’a pas, comme à l’accoutumée, loupé l’occasion pour trouver un sujet de critiques envers la gouvernance actuelle en RDC. Il a, cette fois-là, surfé sur la foi des fidèles qui serait en berne, les empêchant ainsi, pour des raisons liées à leur carrière et à la politique, de s’afficher comme catholiques, tellement le pouvoir d’aujourd’hui, donc en place, est dominé, influencé, par des gens des « sectes », entendez les Églises de réveil. En d’autres termes, il les exhortait à sortir de leur sommeil, à réchauffer davantage leur foi pour endiguer l’expansion des sectes qui menaceraient leur Église dans son existence et seraient, par ricochet, en train de diminuer, de manière quasi certaine, son influence dans le pays.
À quoi rime le combat du cardinal Ambongo ?
À dire vrai, le cardinal Ambongo s’inscrit dans une démarche visant à convertir la foi des fidèles en idéologie politique et, de ce fait, transformer l’Église catholique en une véritable machine politique à même d’influer sur le destin politique du Congo. Ce combat, qui vise l’influence dans le royaume terrestre, est, cependant, aux antipodes du Royaume des cieux prêché par les saintes Écritures. Comble de tout, ces paroles de division et de haine, sur fond d’une discrimination imaginaire à l’instar de celle portant stigmatisation des Swahiliphones à Kinshasa, ont été prononcées un « Vendredi saint », traditionnellement consacrée par la CENCO « journée de jeûne et de prière en RDC », marquant ainsi la Passion du Christ. Et le vendredi 18 avril 2025, la hiérarchie catholique, ayant décrété « 2025 » l’année de la paix, s’inscrivait dans un contexte de la paix.
Après le déchaînement du premier d’entre les bergers catholiques dans la capitale, ses ouailles étaient-elles gagnées à la paix ? Bien sûr que non. On ne peut amener la paix en inoculant le venin de la division dans l’âme. Il va donc de soi que la voie empruntée par le cardinal Ambongo pour faire valoir le leadership de son Église se révèle dangereuse pour la communion entre les confessions religieuses en RDC ; une communion scellée par l’œcuménisme. Elle tend à victimiser les fidèles catholiques, à les présenter comme discriminés parce qu’ils ne partagent pas la même foi avec les autres, les gâtés, les « bien-aimés », non pas par le Père, mais par un régime politique. Désolant !
Sans l’ombre d’aucun doute, l’archevêque de Kinshasa est en erreur. Il se leurre sur toute la ligne. La foi en Dieu, par le biais de l’Église catholique, n’équivaut pas à une idéologie politique que partageraient ses fidèles en perspective d’une posture condescendante dans le pays par l’entremise du pouvoir. En effet, on peut être tous catholiques, mais rien ne peut nous astreindre à partager la même conviction politique et adhérer, de surcroît, à un même parti politique que serait l’Église catholique. Il en est de même des « sectes » qui hanteraient son esprit. Leurs fidèles n’appartiennent pas à un même parti politique, dénommé « Pouvoir » qui, du reste, est une coalition d’une myriade de formations politiques. Par ailleurs, les partisans de ce même pouvoir n’ont pas forcément la même foi. À titre d’exemple, le président Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo est membre d’une Église de réveil, en l’occurrence « Philadelphie », alors que la Première ministre Judith Suminwa, le VPM Jean-Pierre Bemba et la gouverneure du Lualaba Fifi Masuka, pour ne citer qu’eux, sont des fervents croyants catholiques. D’ailleurs, cette dernière vient de doter la ville de Kolwezi de la cathédrale Notre-Dame de la Paix, dite « Mariapolis ». Avec ses économies ? Tant mieux.
Le cardinal Ambongo peut-il administrer la moindre preuve de ses affirmations ? Dans quel service de l’État, voire dans quelle grande entreprise privée de la place ou au Congo, dans quelle mouvance politique, les fidèles catholiques ont été discriminés pour leur foi ? Peut-il nous dire à quelle mouvance politique appartiennent-ils ? D’où tire-t-il les statistiques qui lui permettent d’affirmer pareilles absurdités ? Pourtant, l’Église catholique avait défrayé la chronique en son temps de par une circulaire obligeant tous les enseignants dispensant des cours dans ses écoles de manifester au préalable leur foi catholique. Cela perdant de vue que le portefeuille de l’Église comptait un bon nombre d’écoles de l’État dont la gestion lui est confiée. C’est la raison pour laquelle la gratuité de l’enseignement fondamental est élargie à des écoles dites conventionnées catholiques. Aussi, à travers le cardinal Ambongo, l’Église a franchi le Rubicon le 28 mai 2023 lors de la messe de la Pentecôte en présentant Moïse Katumbi comme candidat à soutenir à la présidentielle 2023. L’événement avait eu lieu à Kinshasa, en la cathédrale Saint-Raphaël, à la jonction de l’avenue de l’Université et du petit boulevard à Limete/Résidentiel.
À qui la faute ? À la médiocrité spirituelle, dixit le pape François
Dans une interview tout récemment sur France 24, la télévision française la plus prisée par des opposants congolais ou d’autres détracteurs du régime Tshisekedi, le professeur belgo-congolais Bob Kabamba a craché de manière crue que « les Églises de réveil, soutien du pouvoir Tshisekedi, prennent de plus en plus l’espace au Congo ». Même s’il ne le dit pas ouvertement, le cardinal Ambongo reconnaît implicitement qu’ils sont en perte de vitesse. C’est un cauchemar qu’il vivrait avec l’avancée remarquable de ces « sectes » qui grignotent fortement sur leurs plates-bandes. Comble de tout, il attribue cet état de choses au pouvoir en place, alors que le phénomène, qui prend sans cesse de l’ampleur, ne date pas d’aujourd’hui.
À titre d’illustration, la grande cathédrale catholique de Kinshasa, Notre-Dame de Lingwala, désemplit de plus en plus, pendant que les temples des Églises de réveil rejettent du monde chaque dimanche. Est-ce la raison pour laquelle l’archidiocèse de Kinshasa a cédé, à l’insu des fidèles, aux Chinois l’immense terrain situé sur le boulevard Sendwe destiné jadis à abriter la grande basilique de la capitale, du pays ? Il n’y a pas que les catholiques, dont la terre se dérobe sous les pieds, il y a également les protestants, réunis au sein de l’ECC (Église du Christ au Congo). Avec une capacité de près de 5 000 places, la cathédrale du Centenaire, le plus grand temple protestant du pays, réalise difficilement le tiers de sa capacité chaque dimanche. Ironie du sort : les deux grandes cathédrales appartenant aux deux grandes Églises du pays sont situées sur une des principales artères de la capitale, l’avenue ex-du 24 novembre. Ceci expliquant cela, les deux Églises traditionnelles, héritées de la colonisation, semblent être unies présentement pour le meilleur et pour le pire ! Que Dieu fasse.
La raison du refroidissement de la foi des fidèles n’est pas à trouver ailleurs qu’au sein de l’Église catholique elle-même. C’est pareil pour l’ECC qui semble présentement être à la traîne. Les Églises de réveil, dites « sectes » et appelées en lingala « Bi nzambi nzambi », sont gonflées et se gonflent chaque jour paradoxalement des fidèles et des diacres issus des deux grandes Églises précitées. Comment en est-on arrivé là ? Qu’ont fait leurs bergers pour remettre sur le droit chemin des brebis égarées, aujourd’hui perdues presque à jamais et qui emplissent davantage les « sectes » ?
Ce n’est pas la seule prospérité miroitée par les pasteurs et les gens des « sectes » qui constitue l’appât. La médiocrité spirituelle, dont font preuve les deux Églises traditionnelles en voulant implanter le Royaume de Dieu sur la terre, explique en grande partie cet endoctrinement. Lors de sa visite à Kinshasa début février 2023, le pape François n’a pas porté des gants pour dénoncer la « médiocrité spirituelle des religieux catholiques » qui se soucient plus de gérer les finances et quelques affaires avantageuses qui leur profitent en lieu et place de servir l’Évangile. Ceci vaut également pour leur pendant, l’ECC. L’on ne peut donc être surpris que les dignitaires religieux catholiques et protestants bafouillent aujourd’hui devant la tragédie sans commune mesure à l’est de la RDC au nom d’une neutralité malvenue, alors que les populations sont décimées et que des rapports des organismes internationaux crédibles, notamment l’ONU, sont unanimes quant à l’industrie de la mort érigée par Paul Kagame, paradoxalement avec la complicité des puissances qui convoitent les ressources minières congolaises. Ils restent même bouche bée devant des revendications territoriales du Rwanda au Congo, mettant ainsi sur le compte de l’intelligence artificielle certaines évidences.
Est-ce le prix de la corruption qui a débouché sur la médiocrité spirituelle ?
Le souverain pontife n’avait pas non plus épargné les dirigeants politiques lors de son séjour congolais. Il les avait interpellés sévèrement devant des dizaines de milliers de jeunes réunis au Stade des Martyrs sur leurs responsabilités en les engageant à mener une lutte implacable contre la corruption, rappelant au passage que ce sont souvent les ténèbres de l’injustice et de la corruption qui obscurcissent la lumière du bien.
Ancien nonce apostolique, Mgr Ettore Balestrero était resté sur la même brèche. À l’occasion de la tenue, fin juin 2023, de la 60ème Assemblée plénière de la CENCO, consécutive au 37ème Congrès de l’eucharistie qui eut lieu dans la ville de Lubumbashi, il mit les prélats catholiques devant leurs responsabilités : « Si nous voulons que notre vie soit fructueuse et que notre ministère porte des fruits, nous ne devons pas nous préoccuper des routes qui doivent être construites tout de suite, ni du genre de changement à obtenir dans le pays. Ceci d’autant qu’en réalité ledit changement ne dépendra pas de l’Église ».
Et de renchérir : « Ce n’est pas nous les évêques, ce n’est pas nous les prêtres qui allons changer ce pays. Nous devons donner des principes pour que le pays puisse changer. Nous devons porter Dieu, amener Dieu à ce pays. Et une fois que Dieu est dans ce pays, celui-ci va changer. Si nous sommes très préoccupés par ce qui ne relève pas de nous et que nous n’avons pas le souci de faire ce qui relève directement de nous, il n’y aura personne pour faire ce que nous devons faire et par conséquent, nous ne serons pas capables non plus de faire ce qui relève des autres. Nous perdons énormément d’énergie et nous allons nous éloigner de la perspective qui nous vient de Dieu, à savoir mettre Dieu au centre. C’est ce que l’Église est appelée à faire à travers le monde et en RDC ».
Malgré ce conseil gratuit, la CENCO ne ménagea aucun effort pour tremper sa plume dans le vitriol afin de fustiger avec véhémence le régime Tshisekedi. Les évêques appelèrent, du reste, le peuple congolais à se réveiller de son sommeil pour des élections crédibles ; les invitant, le cas échéant, à faire recours à l’article 64 de la Constitution.
Le peuple n’est plus dupe
La RDC est un pays laïc. Les Congolais sont loin de confondre la foi religieuse et la conviction politique. En leur sein, les partis politiques brassent, de ce fait, plusieurs fois religieuses. L’appartenance à telle ou telle autre confession religieuse n’est pas une des conditions d’adhésion à un parti politique. La loi l’interdit formellement et strictement. De la sorte, la carte de militant n’est pas la carte de baptême.
Même si l’Internet est un fourre-tout, il a, cependant, le mérite de ne plus cantonner les uns dans le rôle d’émetteur, et les autres dans celui de récepteur. Il y a interaction en temps réel, ce qui permet de réaliser le degré de pénétration de son message, surtout sa pertinence. Il va donc sans dire que les prélats catholiques, autant que les dirigeants politiques congolais, ne se passent pas de feed-back après leur prestation médiatique. S’ils ne peuvent pas le faire personnellement, ils ont, néanmoins, des services attitrés, aguerris et rodés pour ce faire. Ce feed-back, ce retour, est très important pour réaliser non seulement la réception du message, mais aussi évaluer ses effets esthétiques, c’est-à-dire, les effets produits dans l’opinion. C’est capital pour leur propre image.
Les réactions des internautes
Naturellement, l’homélie du cardinal Ambongo a suscité plusieurs réactions de la part des internautes. En voici quelques-unes : « C’est toi qui as terni l’image de l’Église catholique mon cardinal. Tes sentiments ne sont pas canalisés pour aider le peuple congolais » ; « Les pasteurs … considérés comme des personnes non intelligentes, ne pouvant apporter quelque chose au pays, des petits messieurs et des personnes inutiles ? Tous les chrétiens catholiques sont-ils de l’opposition, en désaccord avec le pouvoir actuel ? N’y a-t-il pas dans le pouvoir actuel des catholiques ? Seul le temps reste révélateur par excellence » ; « Il a compris maintenant que ce pouvoir n’a pas besoin de faire des catholiques des décideurs (…) » ; « Entre les catholiques et les pasteurs de réveil, qui ont bénéficié plus du pouvoir : un million de dollars américains pour chaque diocèse, sans compter des jeeps chères à chaque ordination ? Soyez reconnaissants » ; « Ambongo n’est pas un modèle pour l’Église catholique au Congo » ; « Ozo silisa valeur ya Église catholique, mateya ekoma matinée politique (NDLR : Vous dévalorisez l’Église catholique, la prédication est devenue un meeting politique) » ; « Ce type est toujours dans le séparatisme, alors que pendant cette période pascale ça devait être un message de réconciliation et de pardon. Le Christ l’a fait en donnant sa vie pour le pardon de nos péchés et pour nous remettre en communion avec Dieu le Père » ; « Nous, on le croyait pasteur comme le dit la Bible. S’il se croit différent des autres pasteurs parce qu’il est en soutane, qu’il se contente alors d’être appelé politicien en robe » ; « Le Congo n’est pas une nation catholique » ; « C’est faux. Aucun catholique ne cache son identité. Sans exception, les religieux dans ce pays sont dans le sensationnel » ; « Toujours des discours séparatistes Monsieur le cardinal. Hier, c’était les Swahiliphones, aujourd’hui ça devient les catholiques » ; « Cher éminence Ambongo, (…) la population congolaise n’est plus dupe comme dans la nuit de temps. Nous avons déjà compris ce qu’est l’Église catholique et sa mission en RDC comme dans d’autres pays. La manière dont cette dernière se comporte face aux pouvoirs établis est la même. Votre Église est plus politique qu’évangélique (…) » ; « Ce type est un menteur. Qui discrimine au niveau du travail, au niveau de la politique, ceux qui prient à l’Église catholique ? Il veut opposer et créer une mésentente entre ceux qui prient dans l’Église catholique et ceux qui prient dans les Églises de réveil, alors que ceux-ci n’ont jamais eu des problèmes. Ses propos font allusion au lieu du culte de Félix Tshisekedi, une Église de réveil, une secte. Voilà ce prélat diable, médiocre, dans sa prédication. Il veut semer le venin mortel entre les croyants ».
Ces internautes sont-ils tous des sectes ? Il n’y en a pas qui sont catholiques ? N’y en a-t-il pas qui ne soient ni catholiques, ni des sectes, ni appartenant à aucun parti de la coalition au pouvoir ? À n’en point douter, ce questionnement, du reste non exhaustif, prouve comment il est difficile de disposer des statistiques à même de fonder la profession de foi du cardinal Ambongo. À tout le moins, le peuple congolais d’aujourd’hui n’est plus celui de 1960. Le président Félix Tshisekedi ne se la coule pas, pour autant. Il essuie chaque jour des critiques acerbes décochées de partout. L’UDPS, son parti politique, sa famille politique, sa communauté d’origine, voire de sa communauté de foi ne se montrent pas toujours complaisants. Son berger, le pasteur Dallo, l’a crucifié sur la place publique. De même, l’Église n’est plus cette institution faite des démiurges, mais plutôt des hommes en chair et en os, capables du bien et du pire. La théologie n’est plus l’apanage des seuls pasteurs, elle est désormais une science comme toutes les autres, une filière. Tout le monde peut l’apprendre.
La dégringolade continue de l’Église catholique, par-delà de l’ECC, quasi monopolistiques jadis sur le plan de la foi au Congo, est due à la faillite spirituelle de leurs pasteurs, plus mondains que jamais. Le pape François l’a souligné véhément. Pour autant, les Églises de réveil ne sont un paradis terrestre. Leurs promoteurs, greffés sur le temps, se sont avérés plus habiles, exploitant de la sorte de nombreuses failles des Églises traditionnelles et séduisant, par ricochet, leurs brebis abandonnées chaque jour à leur triste sort. Au travers des « miracles à profusion », ils seraient non seulement aptes à résoudre les problèmes de ces « laissés-pour-compte », mais aussi prêts à les conduire à la porte du Sauveur. Et dans tout ça, le politique ne cherche que la voie qui peut le conduire vers le pouvoir. Tant mieux s’il peut monter sur les dos des pasteurs et des Églises qui ont fait perdre l’âme à leurs fidèles.
Vu sous le prisme des rapports avec les confessions religieuses, le pouvoir d’aujourd’hui n’est pas différent de celui d’hier. Sauf qu’aujourd’hui, la gamme, face au pouvoir, est élargie à des dizaines d’Églises, voire des centaines. Quand bien même l’Église catholique et l’ECC étaient plus prépondérantes hier, quasi les seules à être conviées à la table du pouvoir, il y avait toujours une rivalité, une tension, entre elles. En termes, bien entendu, du nombre de leurs fidèles et de responsabilités dans les institutions de l’État. D’aucuns n’ignorent pas les récriminations de l’ECC du fait que le cardinal Monsengwo, anciennement archevêque de Kisangani, était monté sur le perchoir de la Conférence nationale souveraine. À leur tour, les protestants avaient pris leur revanche en hissant Mgr Marini Bodho à la tête du Sénat. Le même lutte s’est transportée à la tête de la CENI. Par deux fois, l’ECC a damé les pions à l’Église catholique en positionnant le pasteur Daniel Ngoy Mulunda et Corneille Nangaa. L’abbé Malumalu n’a jamais été candidat de la CENCO. C’est un candidat de Joseph Kabila. On peut en dire autant pour Denis Kadima. Il a été le préféré du président Félix Tshisekedi.
Enfin de compte, il n’y a pas que des fidèles catholiques qui seront interpellés par le Seigneur, mais leurs prélats seront aussi devant la barre. Comme Mgr Monsengwo l’avait dit à la CNS, il leur sera posé cette question : qu’avez-vous fait de vos frères ?
La grande erreur du cardinal Ambongo, c’est de vouloir regarder les autres d’en haut, de croire que l’autorité de l’Église est sublime, de s’estimer, de par sa position, la dignité à laquelle il a été élevé par Rome, être le gourou de celle-ci sur le territoire congolais. Non. Il n’est pas le chef de l’Église catholique en RDC, encore moins un gouverneur du Vatican. L’Église catholique romaine a un seul chef : le Saint-Père.
Moïse Musangana

