Dysfonctionnements persistants, risques financiers et gouvernance contestée : Congo Airways reste dans la tourmente. Réuni en Conseil des ministres le 20 mars, Félix Tshisekedi a pris acte d’un rapport accablant issu d’une mission conjointe d’enquête, pointant les failles structurelles de la compagnie nationale. Le chef de l’État a exigé un plan de relance « réaliste » et rigoureusement encadré, tout en appelant à une réforme en profondeur de la gouvernance. En toile de fond, l’avenir d’un outil stratégique pour la souveraineté aérienne du pays, fragilisé malgré les financements publics engagés.
Le constat est sévère, et l’urgence assumée au sommet de l’État. Réuni le vendredi 20 mars à la Cité de l’Union africaine à Kinshasa, le Conseil des ministres a consacré une partie de ses travaux à la situation jugée « préoccupante » de Congo Airways, la compagnie aérienne nationale. Au cœur des échanges : un rapport d’enquête accablant, qui met en lumière des dysfonctionnements persistants et des fragilités structurelles compromettant toute perspective de redressement durable.
Selon le compte rendu présenté par le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, le président Félix Tshisekedi a été saisi des conclusions d’une mission d’enquête mixte menée par l’Inspection générale des finances (IGF), le Conseil supérieur du portefeuille (CSP) et l’Autorité de l’aviation civile. Déployée en décembre 2025, cette mission avait pour objectif d’examiner les faits dénoncés par le collectif des agents de la compagnie et d’évaluer la régularité, la conformité ainsi que la performance de sa gestion administrative, financière et opérationnelle.
Les conclusions dressent un tableau préoccupant. Malgré les efforts engagés dans le cadre du plan d’urgence de relance, dont le financement avait été validé lors de la 111e réunion du Conseil des ministres en septembre 2023, puis évoqué à nouveau en juin 2024, Congo Airways peine à se redresser. L’entreprise reste confrontée à « de graves dysfonctionnements », susceptibles de compromettre toute relance « efficace et durable ».
Au-delà des difficultés opérationnelles, le rapport alerte sur les risques encourus par l’État actionnaire. « Cette détérioration de la situation fait peser sur l’État des risques juridiques, financiers et réputationnels élevés », a rapporté Patrick Muyaya. Une inquiétude renforcée par l’absence de planification rigoureuse et par les insuffisances constatées dans la gouvernance de l’entreprise.
Dans ce contexte, la question du renouvellement de la flotte aérienne apparaît particulièrement sensible. La Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) a récemment acquis des aéronefs destinés à renforcer les capacités de la compagnie. Mais les modalités de financement et de capitalisation de ces acquisitions suscitent des interrogations. Le chef de l’État a ainsi exigé que « toute la lumière » soit faite sur ces opérations, signe d’une volonté de clarification face aux zones d’ombre relevées par les enquêteurs.
Parallèlement, le gouvernement reconnaît que la relance de Congo Airways passe aussi par le respect des engagements de l’État lui-même. « Il est également attendu que l’État congolais s’acquitte de ses obligations financières envers cette entreprise en procédant au paiement des droits dus », a précisé le porte-parole du gouvernement. Une condition jugée essentielle pour permettre à la compagnie de mobiliser les ressources nécessaires à sa survie et à sa restructuration.
Face à ce diagnostic, Félix Tshisekedi a opté pour une réponse structurée. Il a instruit le vice-premier ministre en charge des Transports, le ministre des Finances et la ministre du Portefeuille, sous la supervision de la Première ministre, d’élaborer un plan de relance « actualisé, réaliste et rigoureusement encadré sur le plan financier ». Ce document devra intégrer des mécanismes clairs de contrôle interne, de conformité réglementaire et d’audit, ainsi qu’un dispositif renforcé de gestion des ressources humaines et de reporting régulier à l’État actionnaire.
L’ambition affichée dépasse une simple remise à niveau. Il s’agit, selon les termes du président, de poser les bases d’« une restructuration profonde et cohérente de la gouvernance managériale » de Congo Airways. Objectif : restaurer la discipline de gestion, renforcer la redevabilité des dirigeants, améliorer la transparence dans la prise de décision et aligner les pratiques internes sur les standards de bonne gouvernance.
En filigrane, c’est la viabilité même de la compagnie qui est en jeu. Le futur modèle de gestion devra reposer sur des principes de performance, de soutenabilité financière et d’efficacité opérationnelle, afin de garantir sa compétitivité sur le marché du transport aérien. Un enjeu stratégique pour un pays-continent comme la RDC, où la connectivité aérienne reste un levier clé de développement économique et d’intégration territoriale.
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