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13 mai, 2026 - 05:56:52
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Félix Tshisekedi : « Si le peuple veut un troisième mandat, je l’accepterai »

Le cap est posé, sans ambiguïté. Face à la presse, le 6 mai à Kinshasa, le président Félix Tshisekedi a assumé une ligne politique à double détente : ne pas solliciter un troisième mandat tout en n’excluant pas d’y répondre si « le peuple le veut », et refuser toute élection en 2028 sans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu. Entre débat constitutionnel, impératif sécuritaire et défense de l’alternance démocratique, le chef de l’État a articulé une vision où la légitimité politique reste subordonnée à l’intégrité territoriale et à la paix. En toile de fond, une mise en garde : sans fin de la guerre à l’Est, le calendrier électoral pourrait être compromis.

La conférence de presse du président Félix Tshisekedi, organisée mercredi 6 mai 2026 à la Cité de l’Union africaine à Kinshasa, a levé le voile sur les lignes de force de son positionnement politique à mi-mandat. Face aux journalistes nationaux et internationaux, le chef de l’État a abordé sans détour les sujets les plus sensibles : le débat sur un éventuel troisième mandat, la révision constitutionnelle et l’organisation des élections dans un contexte de guerre persistante à l’Est du pays.

Un troisième mandat renvoyé à la volonté populaire

Interrogé sur les appels de certains militants en faveur d’un troisième mandat, Félix Tshisekedi a tenu à clarifier sa position. « Je n’ai pas sollicité un troisième mandat », a-t-il affirmé d’emblée, invitant à « ne pas prendre en compte les slogans des militants », qu’il qualifie de « distraction ».

Pour autant, le président n’a pas fermé la porte à cette hypothèse, la replaçant dans le cadre d’un débat plus large sur la Constitution. « Avons-nous oui ou non le droit d’examiner notre Constitution pour savoir si elle entre ou non dans notre vision ? », a-t-il interrogé. Avant d’ajouter : « Je n’ai pas sollicité de troisième mandat, mais si le peuple veut que j’en aie un, je le ferai ».

Cette formulation, à la fois prudente et ouverte, traduit une volonté de ne pas apparaître comme demandeur, tout en laissant la question dans le champ du débat politique. Félix Tshisekedi insiste toutefois sur son attachement aux principes démocratiques : « Je ne veux pas m’accrocher au pouvoir, je veux servir mon pays », a-t-il déclaré, rappelant qu’il se dit prêt à « s’effacer pour [son] successeur ».

Dans cette séquence, le chef de l’État a également mis en garde contre toute remise en cause de l’alternance. « Les générations à venir retiendront que celui qui a été un acteur clé de l’alternance pacifique a aussi été le fossoyeur de cette belle œuvre », a-t-il averti, soulignant l’importance de préserver cet acquis historique.

Élections sous condition : pas de scrutin sans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu

Au-delà du débat institutionnel, la question électorale a occupé une place centrale dans les échanges. Félix Tshisekedi a clairement conditionné la tenue des élections prévues en 2028 à la fin du conflit dans l’Est du pays.

« Nous n’allons pas organiser les élections en 2028 sans le Nord et le Sud-Kivu », a-t-il affirmé, insistant sur le caractère non négociable de l’intégrité territoriale dans le processus démocratique.

Le président a même envisagé l’hypothèse d’un report en cas de persistance de la guerre. « Si on ne peut pas terminer cette guerre, on ne pourra pas organiser les élections en 2028 », a-t-il déclaré, prenant l’exemple de l’Ukraine pour illustrer les contraintes qu’impose un conflit armé sur le calendrier électoral.

Cette position marque une rupture avec toute approche strictement procédurale des élections, en plaçant la sécurité et la souveraineté au cœur du processus. Elle traduit également une volonté de ne pas légitimer un scrutin amputé d’une partie du territoire national.

Dans le même registre, le chef de l’État a réaffirmé sa ligne sur le dialogue politique. « Je veux un dialogue qui soit conditionné par la paix totale et véritable sur l’ensemble de la RDC », a-t-il précisé, excluant toute négociation qui se ferait au détriment de la stabilité nationale.

Constitution, réformes et enjeux de souveraineté

Félix Tshisekedi a par ailleurs défendu la légitimité d’un débat sur la Constitution, notamment dans le cadre des réformes attendues par certains partenaires internationaux. « Dans le partenariat avec les Américains, ils nous ont demandé certaines réformes au niveau de la justice. Ces réformes ne se feront pas sans réviser la Constitution », a-t-il expliqué.

Cette déclaration s’inscrit dans un contexte de coopération stratégique, où les enjeux institutionnels se croisent avec les exigences de gouvernance. Le président a toutefois dénoncé ce qu’il qualifie de « nionsologues », visant les critiques qu’il juge excessives ou infondées.

Presse, guerre et responsabilité nationale

En ouverture de son propos, le chef de l’État a tenu à saluer le rôle des médias tout en appelant à une responsabilité accrue dans un contexte de guerre. « Le patriotisme républicain n’est pas l’ennemi du journalisme », a-t-il affirmé, ajoutant : « Une information qui affaiblit délibérément les institutions de l’État au bénéfice de l’agresseur s’apparente à une forme de complicité ».

Cette mise en garde intervient dans un contexte marqué par la guerre d’agression dans l’Est. Il a insisté sur la nécessité de défendre une « paix juste », excluant toute « paix de capitulation ».

À travers cette conférence de presse, Félix Tshisekedi a dessiné une ligne politique structurée autour de trois axes : ouverture au débat constitutionnel, conditionnement du processus électoral à la sécurité et affirmation de la souveraineté nationale.

S’il se défend de toute volonté de s’accrocher au pouvoir, le président laisse néanmoins ouverte la question de l’évolution institutionnelle, dans un cadre qu’il veut maîtrisé et légitime. Parallèlement, en liant explicitement les élections à la fin de la guerre, il place la résolution du conflit à l’Est comme priorité absolue de son agenda politique.

Dans un pays à la croisée des tensions sécuritaires et des enjeux démocratiques, cette prise de parole apparaît comme un moment de clarification. Elle fixe les termes d’un débat qui, désormais, dépasse la seule échéance électorale pour interroger les fondements mêmes de la gouvernance et de la souveraineté en République démocratique du Congo.

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