Les mécanismes de fragilisation de l’État en République démocratique du Congo et les responsabilités de la classe politique dans cette dynamique ont été au centre d’une soutenance doctorale remarquée à l’Université pédagogique nationale (UPN) à Kinshasa. À travers une recherche couvrant la période allant de 1960 à nos jours, le chef de travaux Jean Sikatenda a dressé un diagnostic critique des faiblesses structurelles de la gouvernance congolaise, tout en proposant un modèle de gouvernance « tradi-moderne » conciliant valeurs africaines et exigences contemporaines de gestion publique. Après délibération, le récipiendaire a été proclamé docteur en Sciences politiques et administratives avec la mention « la plus grande distinction ».
Les dynamiques de fragilisation de l’État en République démocratique du Congo et le rôle joué par la classe politique dans ce processus ont fait l’objet d’une analyse approfondie mercredi à Kinshasa, lors de la soutenance d’une thèse doctorale à l’Université pédagogique nationale (UPN).
Présentée par le chef de travaux Jean Sikatenda, cette recherche académique intitulée : « Rôle de la classe politique dans la dynamique de la fragilisation de l’État en RDC : Analyse des mécanismes internes et des influences externes de 1960 à nos jours », s’est penchée sur les causes structurelles des difficultés de gouvernance et de stabilité institutionnelle que connaît la RDC depuis son accession à l’indépendance.
Au cours de son exposé devant le jury académique, le récipiendaire a expliqué que son travail visait à analyser les facteurs historiques, politiques, économiques et sociaux ayant contribué à l’affaiblissement progressif de l’État congolais.
« La présente recherche s’est donnée pour objectif d’analyser les dynamiques de fragilisation de l’État en République démocratique du Congo, en mettant un accent particulier sur le rôle de la classe politique dans ce processus », a déclaré Jean Sikatenda.
Une trajectoire historique complexe
Selon l’auteur de la thèse, la situation actuelle de l’État congolais résulte d’une combinaison de facteurs internes et externes qui se sont accumulés au fil des décennies.
« Il ressort que la situation actuelle de l’État congolais s’inscrit dans une trajectoire historique complexe, marquée par l’interaction de facteurs internes et externes », a-t-il soutenu devant le jury.
La recherche met notamment en lumière la dégradation des conditions politiques, économiques et sociales observées en RDC, traduisant selon lui une fragilisation progressive des institutions publiques et des mécanismes de gouvernance.
Jean Sikatenda estime que la classe politique congolaise joue un rôle central dans cette dynamique. Présentée comme l’acteur principal de la gestion publique, celle-ci apparaît également comme un facteur déterminant dans la reproduction des difficultés structurelles du pays.
« La classe politique, identifiée comme l’acteur principal de la gestion publique, apparaît comme un facteur déterminant : appelée à produire des solutions aux problèmes collectifs, certaines de ses pratiques contribuent à la reproduction des difficultés structurelles », a expliqué le chercheur.
Des insuffisances dans la gouvernance publique
La thèse doctorale relève plusieurs insuffisances affectant la gouvernance publique en RDC, notamment l’absence de vision stratégique cohérente, la faible continuité des politiques publiques et les difficultés liées à la gestion des ressources nationales.
Selon le récipiendaire, ces faiblesses contribuent à alimenter le sentiment de désillusion observé au sein d’une partie de la population congolaise.
« Il en résulte une gestion perfectible des ressources publiques, une faible continuité des politiques publiques et des difficultés à instaurer des mécanismes efficaces de redevabilité », a-t-il affirmé.
Le chercheur estime que ces dysfonctionnements favorisent la persistance des inégalités sociales, de la pauvreté et du chômage, malgré les importantes ressources dont dispose le pays.
Une gouvernance « tradi-moderne » proposée
Au-delà du diagnostic critique, la recherche propose également plusieurs pistes de réflexion destinées à contribuer à la refondation de l’État congolais.
Jean Sikatenda a notamment défendu l’idée d’un modèle de gouvernance « tradi-moderne », articulé autour des valeurs positives des traditions africaines et des exigences contemporaines de gouvernance publique.
Ce modèle vise à associer solidarité, esprit communautaire, efficacité administrative, transparence et responsabilité politique dans la gestion des affaires publiques.
Le récipiendaire a également insisté sur la nécessité de renforcer la formation politique au sein des partis, de la société civile et des institutions publiques afin d’améliorer la qualité du leadership national.
« La transformation de l’État est présentée comme un processus progressif de refondation, nécessitant des réformes profondes, une volonté politique affirmée et une mobilisation collective des ressources nationales », a conclu Jean Sikatenda.
À l’issue des débats et de la délibération du jury, le chef de travaux Jean Sikatenda a été proclamé docteur en Sciences politiques et administratives avec la mention « la plus grande distinction ».
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