Mercredi 3 juin, Kinshasa a parlé. Non par des slogans. Non par des discours. Mais par ses marchés ouverts, ses avenues encombrées, ses administrations actives et ses milliers de citoyens partis travailler dès l’aube.
La capitale congolaise n’a pas répondu à l’appel à la « ville morte » lancé par plusieurs figures de l’opposition. Elle a fait un autre choix : celui de la continuité.
Le constat est sans équivoque. De Masina à Matete, de Kimbanseke à Limete, de Bandalungwa à Ngaliema, la vie a suivi son cours. Au marché de la Liberté, cœur commercial de la Tshangu souvent présenté comme un bastion de l’opposition, les étals étaient ouverts. Les commerçants étaient présents. Les clients aussi. Sur les grands axes de circulation, les embouteillages habituels ont remplacé les images de paralysie que certains espéraient imposer.
Cette journée révèle une réalité politique que l’opposition aurait tort d’ignorer.
Un appel à la ville morte n’est pas un simple acte de communication. C’est un test de crédibilité. C’est une mesure de l’influence réelle sur la population. Et sur ce terrain, le verdict des faits est sévère.
Les Congolais ont entendu l’appel. Ils ont simplement choisi de ne pas le suivre.
Pourquoi ? Parce que le pays a changé. Parce que les urgences ont changé. Parce que des millions de familles vivent du revenu quotidien de leur travail. Demander à ces citoyens de suspendre leurs activités exige plus qu’un mot d’ordre politique. Cela exige une adhésion populaire forte. Manifestement, elle n’était pas au rendez-vous.
L’opposition commet une erreur lorsqu’elle confond visibilité médiatique et enracinement populaire. Les réseaux sociaux ne remplacent pas les marchés. Les conférences de presse ne remplacent pas les foules. Les déclarations ne remplacent pas l’adhésion.
Cela ne signifie pas que les questions constitutionnelles sont illégitimes. Elles méritent un débat sérieux, transparent et démocratique. Dans toute démocratie vivante, l’opposition a le droit d’alerter, de contester et de mobiliser.
Mais encore faut-il convaincre.
Or la politique du blocage permanent montre aujourd’hui ses limites. Une population confrontée aux défis du pouvoir d’achat, de l’emploi et de la sécurité attend des solutions davantage que des injonctions à l’arrêt collectif.
Le gouvernement, de son côté, peut tirer un enseignement de cette journée. Le maintien de l’activité économique ne doit pas être interprété comme un blanc-seing. Il constitue avant tout une exigence adressée aux autorités : celle de poursuivre les réformes, de renforcer la stabilité et de répondre aux attentes sociales qui demeurent immenses.
La RDC a besoin d’un débat politique vigoureux. Elle n’a pas besoin d’une compétition de blocages.
Ce 3 juin restera comme une démonstration silencieuse mais éloquente. Dans les rues de Kinshasa, les citoyens ont voté avec leurs actes. Ils ont ouvert leurs boutiques. Ils ont pris les transports. Ils ont rejoint leurs bureaux.
La ville morte n’a pas trouvé preneur.
Et dans une démocratie, il n’existe pas de message plus clair que celui envoyé par un peuple qui choisit de continuer à avancer.
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