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Kinshasa
23 août, 2026 - 19:28:49
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Le faux calcul politique de Fayulu : fédérer les forces anti-Tshisekedi pour peser dans le dialogue

En attendant l’ordonnance présidentielle convoquant le dialogue national, les chefs des confessions religieuses sont étrangement aphones depuis l’annonce de sa tenue faite par le cardinal Ambongo le 17 juillet. Entre-temps, Joseph Kabila pose des conditions quant à sa participation, tandis que la C64 inverse, après l’ultimatum du 15 août, sa stratégie en passant du Palais de la Nation au Palais du Peuple. Elle projette de marcher ce 15 septembre sur le siège du Parlement pour empêcher la relecture de la proposition de loi Ngondankoy. Et dans la foulée, calcul politique oblige, Martin Fayulu se veut fédérateur des forces anti-Tshisekedi afin de renforcer sa posture à ce forum. Prenant le contre-pied de ce dernier, il enfile la toge d’avocat intrépide pour la participation de J. Kabila et C. Nangaa et propose que les linges sales se lavent en famille ! Et, plus symbolique, cette déclaration est faite à Bruxelles, siège de l’Union européenne, à l’opposé de Washington. Mais l’indignation populaire suscitée renvoie au faux calcul politique. Et ses deux protégés étant porteurs de l’agenda du Rwanda, il est considéré soit comme complice de Kigali, soit comme instrument de celui-ci. Du reste, en relançant, in tempore suspecto, la question de la nationalité des Banyamulenge, il met de l’eau au moulin du Rwanda.

La RDC est à la croisée des chemins eu égard à la fin de la crise sécuritaire qui enflamme essentiellement sa partie orientale depuis trois décennies. Ce qui a donné lieu, sur fond d’une crise humanitaire indicible, à plus de dix millions de morts et à plus de cinq millions de déplacés internes et de réfugiés dans des pays limitrophes, voire au-delà. Malgré les résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies appuyées par des rapports d’experts onusiens et d’autres organisations internationales crédibles, non sans compter des accords à l’instar de ceux de Washington, la situation est loin de se décanter. Bien au contraire, l’escalade, dont la chute des villes de Goma et de Bukavu fin janvier-mi-février 2025 est une illustration, est toujours manifeste. Cependant, parallèlement à la voie diplomatique choisie prioritairement par le gouvernement congolais pour tordre le cou aux prétextes de Kigali justifiant l’agression continue du Congo, il s’observe une démarche politique fondée sur le dialogue entre Congolais, fruit de la cogitation des prélats catholiques et protestants réunis au sein de la CENCO-ECC en vue d’un « Pacte social pour le vivre-ensemble en RDC et dans les Grands Lacs ». Élargie présentement à d’autres confessions religieuses, cette initiative n’est pas moins l’objet de controverse dans le pays.

Après plusieurs entendements discordants sur ces assises entre les dirigeants et les chefs religieux, voire les opposants, une avancée a été tout de même notée le 17 juillet dernier en termes d’harmonisation à l’issue de l’entretien entre le président de la République et les « pères spirituels » à la Cité de l’Union africaine, à Kinshasa/Mont-Ngaliema. Reconnaissant pour la première fois l’agression du pays par le Rwanda, le cardinal Ambongo annoncera ainsi la tenue de ce dialogue, dont les conditions d’organisation seront fixées chemin faisant. Ce qui suppose sans doute que la CENCO-ECC, ainsi que d’autres chefs religieux, étaient désormais conviés à un travail en souterrain afin d’aplanir les divergences entre différents protagonistes en vue de créer les conditions favorables à l’organisation de ce forum. Cela explique-t-il le silence quasi-radio observé dans leur chef ? Difficile de répondre. Toutefois, le seul acte posé, et connu jusque-là, reste la rencontre entre la CENCO-ECC et les ténors de la C64 qui a conduit au désamorçage de la marche du 22 juillet qui avait pour objectif de prendre d’assaut le Palais de la Nation et de faire démissionner le président de la République. Une action, somme toute insurrectionnelle, qui allait faire tomber ses auteurs sous le coup de l’alinéa 2 de l’article 64 de la Constitution dont ils se prévalent pourtant gardiens et protecteurs.

Alors que les chefs religieux se font discrets, le président de la République n’a pas cédé à l’ultimatum du 15 août lui enjoignant de signer l’ordonnance convoquant le dialogue et de renoncer à la proposition de loi Ngondankoy. Seul bémol : le renvoi de celle-ci au Parlement pour la seconde lecture ; proposition, du reste, déclarée conforme à la Constitution par la Haute Cour.

Au vu de la jurisprudence, cette loi pouvait être promulguée en l’état, moyennant les réserves de la Cour constitutionnelle. Mais le président de la République aurait voulu user de ses prérogatives constitutionnelles pour doter la République d’une loi on ne peut plus claire, concise et limpide. Donc, sans ambiguïté.

Cependant, en dépit du fait que l’ordonnance présidentielle se fait attendre, une agitation à nulle autre pareille a gagné les états-majors des forces politiques et sociales tant à l’interne que dans la diaspora. Chacun veut mettre le maximum des chances de son côté pour se tailler une place au soleil. Personne n’est dupe. On sait de quelle manière se terminent ces dialogues depuis l’indépendance.

La C64 menace et vise le Palais du Peuple

L’ultimatum de la C64 a expiré le 15 août sans que le président de la République ne perturbe son agenda. Et, comme promis, l’opposition est revenue à la charge pour annoncer la reprise des actions de rue. Le jour-même, elle a annoncé l’organisation d’une marche pacifique sur l’ensemble du pays pour ce 15 septembre. En ce jour devant marquer la rentrée parlementaire, les colonnes des manifestants vont converger à Kinshasa vers le Palais du Peuple, siège de la représentation nationale. Le message est ainsi clair pour députés nationaux et sénateurs : pas de révision constitutionnelle, pas de changement de Constitution, pas de référendum, pas d’artifices juridiques devant servir à contourner l’article 220, à neutraliser l’article 70 ou à ouvrir, sous quelque forme que ce soit, la voie à un troisième mandat pour le président Félix Tshisekedi.

En effet, pour l’opposition, le renvoi au Parlement de la proposition de loi portant organisation du référendum pour une nouvelle délibération ne constitue ni son retrait, ni une renonciation formelle au projet de changement de la Constitution.

Dans un pays comme le Congo, confronté à la guerre et à l’occupation d’une partie de son territoire, un tel projet fait courir les risques de compromission de la cohésion nationale et de la balkanisation. C’est une menace supplémentaire artificiellement créée contre l’indépendance nationale, la souveraineté et l’intégrité territoriale de la RDC. Et d’ajouter que la Constitution du 18 février 2006, gage du pacte républicain, bouclier de l’héritage commun, ensemble des normes qui organisent l’exercice du pouvoir et garantissent au peuple le droit de se choisir librement ses dirigeants, appartient à ce dernier. Par conséquent, nul ne peut en disposer à son gré pour protéger son pouvoir et se maintenir à la tête de l’État au-delà des limites fixées collectivement.

Bien que légitime, la démarche de la C64 présente, néanmoins, des faiblesses. L’opposition relève la guerre à laquelle le Congo fait face, en ce compris l’occupation d’une partie de son territoire, sans pour autant dénoncer et condamner l’agresseur, ainsi que ses prête-noms congolais, à savoir le Rwanda, l’AFC-M23 et « Sauvons le Congo ». La raison de cette mansuétude est simple : Kigali, à travers ses ouailles précitées dont la mission est de « congoliser » la crise, constitue un levier de pression militaire pour infléchir le régime Tshisekedi. Sans cette pression, ni les rebelles, ni l’opposition dite républicaine, ne pèseraient pas en termes de rapport de force pour avoir droit au chapitre. Le soutien de Kigali, que la CENCO-ECC ne comptait pas non plus s’aliéner jusque dans un passé très récent, est un mal nécessaire pour rappeler à l’ordre le pouvoir !

Et aussi paradoxal que cela puisse paraître, la C64 – qui reconnaît le Palais du Peuple comme le siège de la représentation nationale et dont certains membres avaient inscrit les réformes constitutionnelles dans leurs programmes politiques en tant que candidats présidents de la République – méconnaît cependant aux parlementaires le droit de s’affairer même à ce que la Constitution leur reconnaît comme mission. C’est-à-dire légiférer, notamment, en matière d’organisation du référendum tel que prescrit par les articles 5 et 218 de la Constitution. Elle ne reconnaît pas non plus, en dépit de l’article 218 sus-cité, au président de la République, au gouvernement, à la moitié des députés nationaux et sénateurs, ainsi qu’à 100 000 Congolais, à travers une pétition, l’initiative de la révision constitutionnelle. Pourtant, en janvier 2011, l’ancien président de la République, devenu présentement son protégé, avait procédé, sans que cela n’émeuve personne, à la révision constitutionnelle ayant abouti, entre autres, à supprimer le deuxième tour de la présidentielle et à modifier, tant soit peu, les prérogatives des provinces, déverrouillant ainsi en quelque sorte l’intangible article 220.

En choisissant donc la rue, l’opposition pense ainsi inverser le rapport de force. Mais la question qui se pose est celle de savoir si, au-delà de ses faiblesses institutionnelles, des reports successifs des marches de protestation, du succès mitigé des opérations « villes mortes » et des « sit-in », elle a suffisamment de capacités de rebond pour mobiliser le peuple dont elle se prévaut. Un doute est quand même permis au vu des divisions avérées dans ses rangs, de la prudence observée par la CENCO-ECC et de la molle pression internationale pour contraindre Kinshasa à la table des négociations. Non sans compter aussi l’inconfort de Kigali sur le plan international. Cela n’explique pas pourquoi elle s’est refusée de prendre le risque pour marcher sur le Palais de la Nation ?

Un calcul politique hypothétique

À trois jours de la fin de l’ultimatum de la C64, une de ses figures de proue, en l’occurrence Martin Fayulu, a quitté Kinshasa pour Paris et Bruxelles. L’opposant congolais inscrivait ce déplacement dans le cadre de la contestation contre la modification de la Constitution et d’un appel au soutien du dialogue comme voie pour mettre fin à la crise à l’est de la RDC. Outre les rencontres diplomatiques de haut niveau, son agenda prévoyait également des échanges avec les membres et sympathisants de son parti, les leaders politiques congolais de la diaspora, ainsi que la communauté congolaise.

Aucune liste officielle ou exhaustive des autorités européennes ou des diplomates rencontrés ou à rencontrer n’est pas mise jusque-là en avant. Néanmoins, le C64 Martin Fayulu a tenu des conférences de presse. Il a rencontré, entre autres, Justine Kasa-Vubu comme personnalité politique congolaise de la diaspora.

À Bruxelles, siège de l’Union européenne, le président de l’ECIDE s’est, calcul politique oblige, fait l’avocat intrépide de la participation de Joseph Kabila et de Corneille Nangaa au dialogue. Prenant le contre-pied du président Félix Tshisekedi qui a indiqué que ces assises ne seraient pas axées sur un partage de pouvoir ou une « foire au gâteau », marquant de ce fait une distance nette avec l’idée d’une négociation globale avec les instigateurs de la crise sécuritaire, l’opposant congolais a souligné que c’est une occasion pour que les deux précités viennent expliquer au peuple les raisons qui les ont poussés à prendre des armes contre leur pays, de sorte à voir comment laver les linges sales en famille. De quels linges s’agit-il ? C’est comme si, en prenant les armes avec le soutien du Rwanda, les intéressés n’avaient pas conscience de la voie dans laquelle ils s’engageaient désormais. Que peut-on apprendre à l’ancien président de la République, produit d’une rébellion soutenue par le Rwanda ? Et aussi à l’ancien président de la CENI qui n’ignore pas les causes de la crise de l’est et le rôle joué par Kigali ? Ce n’est pas moins une distraction, la trouvaille de Martin Fayulu.

À tout bien prendre, la proposition d’inclure Joseph Kabila et Corneille Nangaa au dialogue, tous deux girouettes de Kigali, a provoqué un tollé quasi général. En plus du pouvoir, toujours opposé à leur implication dans un cadre national de discussion, estimant qu’il ne faut pas accorder de prime à la violence, une large frange de l’opinion publique et des observateurs perçoit négativement l’idée de dialoguer avec des personnes complices de l’agression ou de la rébellion armée contre leur propre pays au profit d’un pays voisin. Cela équivaudrait à l’inscription de l’agenda du pays des Mille Collines, dont ils sont porteurs, à l’ordre du jour du dialogue. C’est une offense à la mémoire des victimes du Genocost. En d’autres termes, ces millions de Congolais, victimes des massacres, des violences sexuelles, des déplacements forcés à l’interne et à l’externe, ne peuvent être réduits à une simple variable d’ajustement dans les calculs politiques. En effet, le dialogue ne peut avoir de sens que s’il part d’une exigence de vérité, de justice et de respect pour les victimes. À défaut, le risque est grand de donner l’impression que les drames endurés par des millions de Congolais peuvent être effacés au nom d’arrangements entre acteurs politiques. En tout cas, Sun City ne doit pas se répéter.

L’indignation populaire suscitée par la proposition de Martin Fayulu est une indication de son faux calcul politique. En lieu et place du galon de fédérateur des forces anti-Tshisekedi afin de conforter sa posture au dialogue, il récolte rejet, mépris, voire soupçon. Vraisemblablement, il donne l’air, in tempore suspecto, d’être instrumentalisé par Kigali en abordant, en plus avec légèreté, la question de la nationalité des Banyamulenge.

Moïse Musangana  

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