« Juger un pouvoir par ses résultats » : l’intitulé de l’avant-propos donne le ton de « RDC : L’espoir trahi », le nouvel essai du Professeur Dori Dumbi, PhD. L’auteur y confronte les promesses portées depuis 2019 par le président Félix Tshisekedi à leurs traductions concrètes dans la vie de l’État et des citoyens. « Le peuple d’abord », État de droit, paix, justice, progrès social et ambition de faire de la RDC « l’Allemagne de l’Afrique » sont ainsi soumis à l’épreuve des faits.
D’emblée, l’auteur précise sa démarche : « Ce livre est né d’une indignation, mais il ne veut pas être prisonnier de la colère. » Son propos se veut donc moins un pamphlet qu’une tentative de mesure de l’action publique. Le mot « incompétence », écrit-il, est employé dans un « sens politique précis ». Il ne désigne ni une faiblesse personnelle ni un jugement sur l’intelligence d’un homme, mais l’écart entre six obligations attachées à la fonction présidentielle : diagnostiquer correctement les problèmes, établir des priorités, choisir et coordonner les responsables, exécuter les décisions, corriger les politiques qui échouent et rendre compte des résultats.
Des acquis reconnus, mais une transformation inachevée
L’ouvrage ne gomme pas les avancées du septennat. Dori Dumbi cite notamment l’élargissement massif de l’accès à l’école primaire grâce à la gratuité, le maintien d’une croissance économique élevée, la conclusion d’un programme avec le Fonds monétaire international, la renégociation du contrat Sicomines, les ouvrages livrés dans le cadre du Programme de développement local des 145 territoires, ainsi que plusieurs initiatives sociales et l’ouverture diplomatique.
Mais, pour l’auteur, « un inventaire d’actions n’est pas encore un bilan de transformation ». Une réforme peut être réelle tout en restant insuffisante ; une croissance peut être forte et pauvre en emplois ; un accord peut être signé sans produire la paix ; un bâtiment peut être inauguré sans garantir un service public durable. C’est précisément cette incapacité de conversion qui fonde son diagnostic : transformer la décision en exécution, la croissance en bien-être, les ressources en prospérité partagée et l’autorité politique en capacité d’État.
L’Est, l’épreuve de vérité
La situation sécuritaire dans l’Est constitue le test le plus sévère. Dori Dumbi évite de réduire la crise à une seule responsabilité. Il rappelle l’héritage de décennies de guerres, d’ingérences étrangères, de sous-administration et de défenses insuffisantes, ainsi que les mesures défensives prises par le Rwanda, documentées par les Nations unies, l’offensive de l’AFC/M23 et la prolifération des groupes armés.
Mais cette histoire ne peut, selon lui, devenir une « immunité permanente » pour le pouvoir en place. L’état de siège, les faiblesses logistiques des FARDC, le recours successif à des forces étrangères et l’absence d’une doctrine nationale de défense cohérente nourrissent ses interrogations sur la capacité de l’État à restaurer durablement son autorité territoriale.
Un verdict sévère, une sortie par l’État
L’analyse s’étend à l’administration, aux institutions et aux libertés publiques. Fichiers de paie défaillants, agents fictifs, nominations politiques, structures parallèles et impunité sont présentés comme autant de symptômes d’un appareil public fragilisé. La centralisation du pouvoir et la personnalisation des décisions sont également questionnées.
Le verdict est sévère, mais l’auteur revendique une critique fondée sur la preuve. « La République ne se renforce pas lorsque la critique se tait ; elle se renforce lorsque la critique accepte, elle aussi, la discipline de la preuve », écrit-il. Son propos débouche ainsi sur une proposition : une doctrine de « souveraineté productive et de prospérité partagée », articulée autour d’un pacte démocratique, de la reconstruction administrative, d’une doctrine nationale de défense, de la refondation de l’Est et d’une meilleure transformation de la rente minière.
En définitive, « RDC : L’espoir trahi » défend une conviction : le redressement du Congo ne peut reposer durablement sur un homme, mais sur des institutions capables de protéger, produire et rendre compte. La formule qui clôt l’ouvrage résume cette ambition : « Le salut ne porte pas le nom d’un homme. Il s’appelle l’État. »
Publié en français le 24 août 2026 aux éditions Amazon KDP, l’ouvrage compte 130 pages et est disponible sur Amazon.fr.
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