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15 septembre, 2026 - 00:03:46
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Dialogue national : Gaspard-Hubert Lonsi Koko plaide pour la participation de toutes les forces vives de la nation 

Le débat sur l’avenir politique de la République démocratique du Congo a pris un nouveau tournant après l’adresse à la nation de Félix Tshisekedi, jeudi 27 août. Le chef de l’État a proposé l’ouverture d’un dialogue national à l’opposition, tout en excluant l’AFC/M23 et « ceux qui agissent au service du Rwanda ». L’annonce a aussitôt ravivé les interrogations sur le périmètre, les objectifs et les véritables enjeux d’une telle initiative. La coalition d’opposants C64 rejette le format proposé, qu’elle assimile à une vaste consultation populaire susceptible, selon elle, de réduire la place de l’opposition et de servir de prélude à une modification de la Constitution, voire à un troisième mandat du président Tshisekedi. Dans un paysage politique déjà traversé par de profondes fractures, cette proposition nourrit désormais un débat qui dépasse les frontières congolaises. À Kinshasa comme au sein de la diaspora, les prises de position se multiplient, entre ceux qui y voient une possibilité de renouer le dialogue et ceux qui redoutent une manœuvre politique. Interrogé par Robert Kongo, notre correspondant en France, Gaspard-Hubert Lonsi Koko, écrivain, analyste politique et conférencier, livre son analyse d’une séquence qui pourrait peser sur les prochains choix politiques de la RDC.

Interview

Infos27 (I27) : Le président Félix Tshisekedi vient d’annoncer la tenue d’un dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État en RDC. L’ambition est considérable : partir des 26 provinces, faire remonter la parole des Congolais et parvenir en trois mois à un pacte national. Est-ce une vraie rupture avec le vrai dialogue politique traditionnel entre élites ou c’est le pouvoir qui veut contrôler le processus ? 

Gaspard-Hubert Lonsi Koko (GHLK) : Il me semble que, en 1991, le président Mobutu avait organisé une telle consultation dans le cadre de la Conférence nationale souveraine pour élaborer une nouvelle Constitution du Zaïre et baliser le passage à une Troisième République. D’aucuns savent comment cela s’est terminé. Ayons au moins la sagesse de retenir les leçons du passé pour essayer de comprendre les soubassements du dialogue national en gestation. Cette démarche s’apparente plutôt au mimétisme ou à une probable continuité, et non à la rupture.

I27 : Réaliser un pacte national, est-ce faisable dans trois mois ?

GHLK : Le délai, cela va de soi. Impossible n’est peut-être plus congolais. Et à cœur vaillant, rien n’est impossible. Mais un pacte est un signe de liberté. Dès lors que le dialogue proposé impose d’avance le cadre à respecter à tout prix, on peut parler d’un diktat. Il ne faut surtout pas confondre « la paix, la cohésion nationale » comme postulats et « la refondation » comme résultat. Et ces réalités doivent commander la volonté du président de la République, les échanges devant s’ordonner autour de cette notion fondamentale. Pour paraphraser François Mitterrand, « seul l’équilibre des forces préserve la paix » indispensable à la cohésion nationale et à la refondation.

I27 : Pour l’opposition, les garanties de neutralité, d’inclusivité ne sont pas respectées. Elle rejette déjà ce format. Si les principaux adversaires de Félix Tshisekedi boycottent le processus, pourra-t-on encore parler de dialogue national ? 

GHLK : Comme le dialogue, ou l’échange, ne se décrète pas tout seul, il faudra penser à l’institutionnaliser. Mais il faut en créer les conditions. On doit éviter un dialogue unilatéral, voire un monologue entre zélotes. Or, la paix doit rester un objectif essentiel et majeur. Elle ne sera nullement préservée, à l’occasion d’un dialogue national, par le simple consentement des propositions des uns ou par des ambitions hypocritement voilées alors que l’Est du pays est sous occupation du fait de l’expansionnisme destructeur du Rwanda. La paix doit être une conquête permanente au regard de la justice sociale, la sécurité intérieure et la défense nationale.

I27 : En cas de rejet définitif de l’opposition, quelle concession le pouvoir pourra-t-il ou devra-t-il faire pour ramener du monde autour de la table ? 

Il n’y a pas que les gouvernants et les opposants politiques qui constituent les forces vives d’une nation. L’avenir du pays ne doit pas être hypothéqué à cause de l’impossibilité du dialogue entre les acteurs politiques. La société civile, les hauts fonctionnaires et les chercheurs, ainsi que la fine fleur de la diaspora peuvent être associés à un dialogue en vue d’une réflexion pouvant poser les bases d’une nouvelle façon de conduire les affaires étatiques. Et il faudra in fine envisager, dans une telle configuration, un gouvernement de techniciens et non de technocrates.

GHLK : Peut-on vraiment chercher une sortie de crise nationale sans l’AFC/M23, alors que ce mouvement contrôle une partie des territoires dans l’Est du pays ?

Le dialogue n’est pas, dans l’absolu, un processus exclusif. Et l’inclusivité ne rime pas non plus avec l’amoralité. Sauf mauvaise appréciation de ma part, il me semble que tous les membres de l’AFC/M23 n’ont pas versé le sang des Congolais ni pillé les ressources naturelles, tout comme ils ne sont pas tous au service du Rwanda. Tout mouvement politique ou social n’étant pas un bien personnel, il revient à l’AFC/M23 de dépêcher des brebis non galeuses au dialogue national que propose le président Tshisekedi.

I27 : Est-ce possible de séparer les deux dialogues, celui de Doha et celui de Kinshasa, sur l’avenir du pays ? 

GHLK : Trop de concertation tue la possibilité d’une entente cordiale puisque cela présente plusieurs inconvénients majeurs pour les institutions et le projet final. Une telle démarche préjudicie effectivement l’efficacité et la temporalité en ralentissant la décision, en paralysant l’analyse par l’accumulation de débats susceptibles de bloquer le passage à l’action et en amplifiant la lourdeur administrative par le chronophage et le coût exorbitant en ressources humaines. On perd donc en qualité du contenu et des relations du point de vue stratégique et, souvent, on obtient un compromis mou afin de satisfaire toutes les parties.

I27 : Derrière ce dialogue, il y’a la bataille autour de la Constitution. L’opposition soupçonne le président Félix Tshisekedi de vouloir préparer les conditions d’un troisième mandat. Comment empêcher que cette question finalement ne fasse exploser le dialogue avant même qu’il ne commence ? 

GHLK : Les parties concernées par ces chamailleries autour de la Constitution et du changement de République doivent comprendre une fois pour toutes que l’avis favorable du Conseil constitutionnel sur l’éventualité d’une révision constitutionnelle relève du droit, donc des aspects techniques, alors que son application concerne la réalité socio-politique. En droit, rien n’a été illégal dans la démarche parlementaire. En fait, on risque de violer quelques dispositifs constitutionnels dès lors que la guerre dans la région du Kivu et en Ituri exclut l’organisation d’un référendum. Le pays n’a pas du tout besoin d’un coup d’État constitutionnel. En ayant à l’esprit ces données fondamentales, le dialogue national sera juste et parfait.

I27 : Que vous inspire cette actualité qui alimente des débats passionnés et intenses dans le pays et dans la diaspora ? 

GHLK : Si on peut s’ennuyer sans les passions, on ne saurait se passer de la raison. Il ne faut pas que, par conséquent, les passions l’emportent sur la raison. Alors, l’impatience du lendemain ne doit en aucun cas primer sur la patience du temps. Soyons l’expression de la Patrie.

Propos recueillis par Robert Kongo, correspondant en France

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