La rentrée parlementaire du 15 septembre ne saurait être dictée par la rue, estime le député national Olivier Kasanda Katuala, élu de la Lukunga à Kinshasa et cadre du PEP-AAAP, alors que la C64 maintient sa manifestation aux abords du Palais du Peuple. L’élu juge fondée l’alerte lancée par Augustin Kabuya sur les risques de confrontation, de perturbation de la circulation et de menace pour la sécurité des élus et des invités. S’il reconnaît la légitimité de cette préoccupation, il considère néanmoins que la réponse institutionnelle doit désormais être claire : la cérémonie d’ouverture doit se tenir conformément au calendrier parlementaire et le Palais du Peuple doit être sécurisé. Olivier Katuala rejoint ainsi la ligne défendue par André Mbata, pour qui la solennité républicaine ne peut être subordonnée à une mobilisation de rue. À ses yeux, le désaccord entre responsables de la majorité aurait dû rester interne. Sur le fond, il défend une rentrée dominée par les priorités budgétaires, législatives et sociales, tout en plaidant pour que le débat sur la Constitution et le dialogue national reste conduit dans le cadre des institutions et des procédures prévues par la loi fondamentale.
Interview exclusive
Infos27 : Quel rôle l’Assemblée nationale doit-elle jouer dans le dialogue national voulu par le chef de l’État pour qu’il débouche sur des résultats concrets ?
Honorable Olivier Katuala : L’Assemblée nationale n’est pas un forum parallèle au dialogue ! Elle est le lieu où la souveraineté populaire s’exerce par la loi, le vote et le contrôle. Si le processus voulu par le Chef de l’État doit produire des résultats concrets, c’est au Parlement qu’ils devront se traduire, sous forme de textes, de résolutions et d’actes de contrôle. Le rôle de la représentation nationale est d’accueillir les conclusions utiles de ce dialogue, de les filtrer par le droit et de les transformer en décisions. Ceux qui refusent de participer au Dialogue tout en prétendant dicter l’agenda parlementaire se placent en dehors du jeu républicain.
Infos27 : Le député national Augustin Kabuya, secrétaire général et président intérimaire de l’UDPS, le parti présidentiel, a demandé que la cérémonie d’ouverture du 15 septembre soit décalée en soirée pour éviter une confrontation avec la marche de la C64. Le Professeur extraordinaire André Mbata, secrétaire permanent de l’Union sacrée de la Nation, majorité au pouvoir, a vivement critiqué cette démarche. Que faut-il en retenir ?
Honorable Olivier Katuala : L’alerte de l’Honorable Augustin Kabuya Tshilumba, député national, secrétaire général et président ad intérim de l’UDPS, membre du présidium de l’Union sacrée de la Nation, partait d’un constat réel. Le choix délibéré de la C64 de faire du Palais du Peuple le point de chute d’une manifestation le jour même de la rentrée crée un risque pour la circulation, pour la sécurité des élus et pour la dignité d’une cérémonie à laquelle les institutions et le corps diplomatique sont généralement conviés. Soulever cette question était responsable. L’exigence rappelée par le Professeur extraordinaire André Mbata Mangu, député national, président de la Commission politique, administrative et juridique et secrétaire permanent de l’USN, demeure cependant la bonne ligne institutionnelle. On ne cède pas la solennité républicaine à la pression de la rue. Une session ordinaire ne se réorganise pas pour s’ajuster à une mobilisation dont l’objet (le référendum, la Constitution, le procès d’intention sur un prétendu « troisième mandat ») n’a aucun lien avec le calendrier budgétaire de cette rentrée parlementaire. Le problème n’était donc pas que deux responsables de la même famille politique aient des sensibilités différentes. C’est que ce désaccord de méthode soit devenu public. Une majorité qui se corrige en interne reste une majorité. Une majorité qui s’affiche divisée, le jour où l’opposition cherche précisément à polariser la rentrée, s’affaiblit inutilement. La position doit désormais être une : la cérémonie a lieu selon le calendrier institutionnel, et le Palais du Peuple est sécurisé.
Infos27 : La marche est néanmoins maintenue. Comment éviter un affrontement autour du Palais du Peuple tout en garantissant le droit de manifester ?
Honorable Olivier Katuala : Le droit de manifester existe en RDC. Il s’exerce dans le respect de la loi, sur des itinéraires autorisés, à distance des abords des institutions, telle que le Parlement. Il ne comprend ni le droit d’encercler les institutions, ni celui de transformer l’ouverture d’une session en rapport de force. Le Palais du Peuple est un site inviolable. Ce n’est ni un lieu de sit-in, ni une scène de visibilité. Le 12 juin 2026 l’a déjà montré : dès que l’on a voulu forcer ce périmètre, l’ordre public a été rompu. L’autorité urbaine compétente a le devoir d’en interdire tout rassemblement destiné à entraver l’accès des élus, des invités et des agents de l’institution. Toute tentative d’empêcher les députés d’accomplir leur mandat devra être traitée pour ce qu’elle est : une atteinte à l’ordre public. La loi s’appliquera alors dans toute sa rigueur.
Infos27 : Une partie de l’opposition refuse le dialogue. Quelles garanties la majorité est-elle prête à offrir pour la convaincre de rejoindre le processus ?
Honorable Olivier Katuala : La première garantie, c’est la Constitution elle-même. Elle offre à l’opposition des tribunes parlementaires, les moyens d’information et de contrôle à l’égard du gouvernement, la possibilité de commissions d’enquête, ainsi que les recours devant le Conseil d’État ou la Cour constitutionnelle. Ceux qui crient à la violation de la loi fondamentale sans démontrer, disposition après disposition, ce qu’ils allèguent, font un procès d’intention. La voie est ouverte : débattre dans l’hémicycle, interroger l’exécutif, saisir le juge. Ce n’est pas occuper les abords ou le perron du Parlement ! Le dialogue n’est pas une capitulation de l’agenda législatif. Dans un régime parlementaire, la majorité détermine cet agenda ; l’opposition le combat devant les institutions, non contre elles.
Infos27 : Le débat sur la Constitution est au cœur de la mobilisation. La majorité compte-t-elle l’inscrire à l’agenda de cette session et jusqu’où est-elle prête à aller ?
Honorable Olivier Katuala : Cette session n’est pas une constituante. Elle est d’abord budgétaire. Cela n’interdit pas d’achever un travail déjà engagé. L’examen et l’adoption de la loi sur les modalités du référendum figurent parmi les textes prioritaires, aux côtés des projets du gouvernement. Une telle loi n’est pas un changement de Constitution : c’est l’application de l’article 5. Amalgamer les deux, c’est entretenir la confusion. La Constitution n’est pas un texte intouchable. Elle prévoit elle-même, aux articles 5, 218 et suivants, les modalités de sa réforme. Jusqu’où aller ? Jusqu’où le droit le permet, par les majorités requises, au Parlement et, le cas échéant, devant le peuple (referendum). Pas davantage, et surtout pas sous la pression d’une manifestation coincée avec la rentrée parlementaire.
Infos27 : Quelles seront alors les priorités de la majorité au cours de cette session de septembre à décembre 2026 ?
Honorable Olivier Katuala : La première priorité est l’adoption du budget. Ce n’est pas un exercice abstrait. C’est le texte par lequel l’État dit ce qu’il financera réellement : la souveraineté et la sécurité, le soutien aux FARDC, le refus de traiter l’agression à l’Est comme un simple contentieux interne, mais aussi la santé (riposte contre Ebola), l’éducation, les transports et la lutte contre la vie chère. Un budget utile est un budget qui prend en compte les enjeux majeurs du pays et qui parle aux ménages autant qu’aux institutions. La deuxième priorité est législative. Il s’agit de ratifier les ordonnances-lois adoptées entre juin et septembre 2026, d’examiner et d’adopter les textes prioritaires du gouvernement, adopter à nouveau la loi sur le référendum suite aux réserves d’interprétation formulées par la Cour constitutionnelle, et de finaliser les propositions de loi dont l’examen a été entamé lors de la session précédente. Le Parlement ne peut pas laisser des textes en souffrance pendant que le pays attend des règles plus claires, notamment pour sécuriser l’investissement, mieux faire revenir à l’État sa part dans le secteur extractif et réduire les vides juridiques qui appauvrissent le Trésor. La troisième priorité, qui traverse le budget comme les lois, reste la réponse aux urgences concrètes des Congolais : la sécurité, le pouvoir d’achat et la lisibilité économique. Le débat constitutionnel, s’il doit se poursuivre, se fera dans les formes prévues par la loi fondamentale, au rythme de la majorité parlementaire, et non au rythme d’une coalition qui confond opposition et obstruction.
Infos27 : Un mot pour conclure ?
Honorable Olivier Katuala : Au fond, la règle est simple, et elle est humaine autant qu’institutionnelle : la rue ne dicte pas l’heure du Parlement. L’opposition a un rôle indispensable, mais elle le joue devant les institutions et par les voies que la Constitution autorise. À défaut, la loi s’applique, entièrement.
Propos recueillis par Pitshou Mulumba

