Avec 52 095 détenus recensés dans les prisons congolaises, dont 1 476 femmes, parmi lesquelles 177 enceintes, le gouvernement est confronté à l’urgence pénitentiaire. Le ministre d’État en charge de la Justice, Guillaume Ngefa, entend agir sur plusieurs leviers, notamment la réduction des lenteurs judiciaires, l’amélioration des conditions de détention et le renforcement de la réinsertion professionnelle, en collaboration avec le Service national, pour favoriser l’apprentissage des métiers et préparer le retour des détenus dans la société.
La République démocratique du Congo compte 52 095 personnes détenues dans ses établissements pénitentiaires, dont 1 476 femmes, parmi lesquelles 177 enceintes. Ces chiffres ont été communiqués jeudi 22 octobre par le ministre d’État à la Justice, Guillaume Ngefa, lors d’un briefing de presse animé avec son collègue de la Communication et Médias, Patrick Muyaya. Face à la pression exercée sur les prisons, le gouvernement entend notamment renforcer la réinsertion professionnelle des détenus, en collaboration avec le Service national.
Makala, symbole de la surpopulation
La surpopulation carcérale figure parmi les principaux défis présentés par le garde des Sceaux. À Kinshasa, la prison centrale de Makala accueille environ 16 000 détenus, alors que sa capacité est estimée à 1 500 places. Cet écart entre les effectifs et les infrastructures disponibles complique la prise en charge quotidienne des personnes incarcérées.
« Comment voulez-vous qu’on puisse nourrir 16 000 personnes avec le même budget qui était conçu pour nourrir 8 000 personnes ? », s’est interrogé Guillaume Ngefa, mettant en évidence les difficultés d’approvisionnement alimentaire.
Le pays dispose de 214 établissements pénitentiaires, dont plusieurs ne sont pas opérationnels. À la vétusté des infrastructures s’ajoutent l’insuffisance des subventions et les retards dans leur versement. Le ministre a également évoqué les conditions de promiscuité extrême dans certaines prisons du Kongo-Central, illustrant l’ampleur des besoins en matière d’hébergement et de prise en charge.
Les lenteurs judiciaires accentuent la pression
Au-delà du déficit de places, Guillaume Ngefa a mis en cause la lenteur des procédures judiciaires, l’insuffisance des magistrats et le recours limité aux mesures alternatives à l’emprisonnement. La prédominance des prévenus parmi les personnes détenues contribue également à maintenir les établissements sous pression.
L’accès à la justice constitue un autre obstacle. « Beaucoup de nos citoyens n’ont pas accès à la justice à cause des frais de justice », a relevé le ministre, soulignant que les coûts des procédures pénalisent particulièrement les personnes démunies. La réponse gouvernementale implique ainsi des améliorations dans le fonctionnement de la justice, au-delà de la seule construction de nouvelles infrastructures.
La réinsertion comme levier de réforme
Pour répondre à ces difficultés, le gouvernement envisage de renforcer les mécanismes de réinsertion en partenariat avec le Service national. L’objectif est de permettre aux détenus d’apprendre des métiers et d’acquérir des compétences utiles à leur réintégration sociale.
Cette orientation entend donner une dimension professionnelle à la prise en charge pénitentiaire, en préparant les personnes incarcérées à leur retour dans la société. Elle s’inscrit dans une réponse plus large aux problèmes du système carcéral, qui englobe également les conditions sanitaires, l’alimentation et la dignité des détenus.
La mise en œuvre de ces mesures reste toutefois liée aux moyens disponibles et à la capacité des institutions à coordonner leurs interventions. Pour le ministre d’État en charge de la Justice, la réforme pénitentiaire suppose donc d’agir simultanément sur la surpopulation, les procédures judiciaires et les perspectives de réinsertion.
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