Il est des moments où la diplomatie ne peut plus se réfugier derrière les formules de circonstance. À l’approche du sommet de Phnom Penh, la Francophonie se retrouve face à une contradiction majeure. La reconduction éventuelle de Louise Mushikiwabo à sa tête intervient dans un contexte de rupture profonde entre la RDC et le Rwanda. Kinshasa conteste. Paris s’active pour éviter une crise. Mais le malaise dépasse les relations bilatérales.
Le dossier congolais repose sur des faits et des enjeux qui méritent considération. Le 21 février 2025, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté à l’unanimité la résolution 2773. Celle-ci condamne l’offensive du M23 avec le soutien des Forces de défense rwandaises et exige leur retrait du territoire congolais. Ce rappel n’est pas une posture diplomatique. C’est une décision internationale.
Dans ces conditions, la position de Kinshasa mérite d’être examinée autrement que comme une rivalité entre deux capitales. La RDC demande que les principes de paix, de souveraineté et de respect du droit international trouvent une traduction dans les choix institutionnels. Elle mobilise ses moyens diplomatiques, présente Juliana Lumumba et fait valoir son poids démographique dans l’espace francophone. Cette démarche relève d’une volonté de peser sur l’avenir d’une organisation à laquelle elle apporte une contribution considérable.
La France, elle, se trouve devant une responsabilité particulière. Préserver l’unité de la Francophonie est légitime. Mais cette unité ne saurait reposer sur l’effacement des préoccupations d’un membre majeur. Un consensus obtenu au prix d’une fracture politique ne serait qu’un équilibre de façade. Paris doit mesurer ce risque.
La RDC n’est pas un membre périphérique. Son poids linguistique, démographique et culturel constitue un pilier de l’espace francophone. Son éventuel retrait aurait des conséquences institutionnelles et symboliques considérables.
La Francophonie doit donc regarder ses propres principes en face. La paix ne se proclame pas à géométrie variable. La solidarité ne se négocie pas au détriment de la souveraineté. Quant à la dignité des peuples, elle ne saurait constituer une monnaie d’échange diplomatique.
Phnom Penh sera un test de cohérence. La question n’est pas seulement de savoir qui dirigera l’OIF, mais quelle Francophonie ses membres veulent défendre. Car préserver une organisation ne devrait jamais signifier sacrifier la confiance de ceux qui lui donnent sa substance.
Infos27

