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18 avril, 2026 - 01:02:28
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À Lubumbashi, Tshisekedi presse le gouvernement d’accélérer la mise en œuvre des corridors de développement

Face aux lenteurs administratives et à l’enclavement persistant d’une grande partie du territoire congolais, le président Félix-Antoine Tshisekedi hausse le ton. À l’ouverture de la 9 édition de l’Expo Béton, à Lubumbashi, il a donné une instruction claire à la Première ministre : que les corridors de développement cessent d’être une abstraction et deviennent une réalité visible sur le terrain. Routes, énergie, habitat, agriculture — les leviers sont connus, mais les résultats peinent à suivre. Dans un pays vaste comme un continent, où les inégalités territoriales freinent la croissance, le désenclavement n’est plus un luxe, mais une urgence. Le message présidentiel marque une volonté de rupture avec les promesses sans lendemain. Encore faut-il que la machine gouvernementale suive, et que les financements se matérialisent. À l’image de l’Expo Béton elle-même — vitrine des ambitions congolaises en matière d’infrastructures — l’heure est venue de passer du béton des mots à celui des actes.

À l’occasion de l’ouverture de la neuvième édition de l’Expo Béton, le président de la République démocratique du Congo, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, a lancé un appel ferme à l’exécutif : il est temps de traduire les ambitions de désenclavement du pays en actions concrètes. S’adressant à la Première ministre Judith Suminwa, présente à Lubumbashi, le chef de l’État a instruit la mise en œuvre rapide et visible des corridors de développement, ces axes stratégiques censés relier les régions isolées aux pôles économiques nationaux et régionaux.

« J’instruis la Première ministre de mettre en œuvre la stratégie des corridors de développement, avec des actions claires et visibles sur le terrain », a-t-il déclaré devant un parterre d’acteurs publics et privés réunis dans la capitale du Haut-Katanga. « Il est temps que cela se matérialise. »

La déclaration présidentielle marque une volonté manifeste de donner un nouveau souffle à la politique d’aménagement du territoire. Pour M. Tshisekedi, le désenclavement des provinces est une condition sine qua non du développement équitable : « Nos infrastructures doivent garantir à chaque Congolais un accès aux opportunités, peu importe où il se trouve. » Il a par ailleurs réaffirmé sa vision de faire des infrastructures un levier essentiel de la transformation économique du pays : « Désenclaver, c’est libérer les énergies locales. »

Une édition tournée vers le sud et les partenariats régionaux

Placée sous le thème « Les corridors sud de la RDC-SADC : Projets à développer et opportunités d’affaires », la 9ᵉ Expo Béton, qui se tient du 16 au 19 avril à Lubumbashi, ambitionne de mettre en lumière les projets structurants à même d’intégrer la RDC dans les chaînes régionales de valeur, en particulier avec les pays membres de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC). Routes, habitat, énergie, agro-industrie : l’édition 2025 rassemble des experts, investisseurs et responsables politiques autour de ces enjeux cruciaux.

Le président a également mis en avant la création récente du ministère de la Politique de la ville, qu’il présente comme un outil institutionnel destiné à coordonner les actions en matière de développement urbain et d’occupation du sol. Il a invité les partenaires techniques et financiers à soutenir cette stratégie, appelant à une « implication rapide et déterminée » dans la matérialisation des projets.

Artisanat minier : des zones d’exploitation aux mains d’acheteurs étrangers

En marge de l’événement, Jean Bamanisa, président de la Chambre de Métiers et de l’Artisanat (CMA), a dénoncé le dévoiement du modèle artisanal minier. « Les zones d’exploitation artisanale mises à la disposition des coopératives congolaises ne sont plus que des étiquettes », a-t-il lancé, regrettant que les produits issus de ces zones se retrouvent massivement dans les circuits d’acheteurs étrangers.

Selon lui, la chaîne de valeur — de l’exploration à la commercialisation — devrait rester entre les mains des entrepreneurs congolais. « Il faut une véritable politique de souveraineté artisanale », a plaidé l’ancien gouverneur de la Province Orientale.

Autre temps fort de la journée, l’intervention du ministre délégué à l’Urbanisme et à l’Habitat, Didier Tenge Litho. Face à l’explosion démographique, il a exhorté à une « révolution urbaine durable ». « La rapide expansion des villes de la RDC est une bombe à retardement si l’on n’y prend pas garde », a-t-il averti. Il a plaidé pour une approche intégrée de la planification urbaine, insistant sur la nécessité d’adopter des normes strictes de construction, de garantir la sécurité des infrastructures et de préserver les ressources naturelles.

« Nous devons penser nos villes pour le long terme, pour les générations futures », a-t-il insisté, appelant à bâtir des centres urbains résilients, capables de répondre aux défis écologiques et sociaux du siècle à venir.

Une vitrine d’ambitions, en attente de réalisations

L’Expo Béton, devenue au fil des éditions un espace de dialogue et de démonstration entre le secteur public et le privé, met en lumière l’écart persistant entre les ambitions et la réalité. Alors que les discours prometteurs se succèdent, les participants ont unanimement souligné la nécessité de passer à l’action.

Cette neuvième édition pourrait marquer un tournant, à condition que les annonces soient suivies d’effets tangibles. Le président Tshisekedi, en fixant un cap clair, semble vouloir faire de l’édition 2025 un point de bascule vers une planification territoriale plus efficace, au service du développement inclusif.

De Pitshou Mulumba, Envoyé Spécial à Lubumbashi

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