Il fut un temps où le pouvoir suffisait à se soustraire à la justice. Augustin Matata Ponyo, lui, aura tout tenté pour faire durer cette époque. Entre immunités brandies à la carte, arguties constitutionnelles et dérobades stratégiques, l’ancien Premier ministre a transformé son procès en labyrinthe procédural. Mais l’échéance judiciaire, désormais, ne l’attendra plus. Malgré sa décision de ne pas comparaître, la Cour constitutionnelle tiendra audience. Et avec elle, c’est tout un peuple qui réclame enfin des comptes.
Il y a des hommes qui défient les institutions comme d’autres défient les lois de la gravité. Augustin Matata Ponyo en est le prototype : ancien Premier ministre devenu expert en esquive judiciaire, il transforme les failles du système congolais en autant de retranchements d’impunité. À force d’invoquer à la carte ses titres passés ou présents — tantôt « ancien chef du gouvernement », tantôt « sénateur intouchable » ou encore « député national intouchable » — il s’est érigé en totem d’évitement, comme si la justice ne pouvait jamais l’atteindre.
Mais l’heure du face-à-face semble arrivée. Dans un extrait de rôle daté du 18 avril 2025, la Cour constitutionnelle a confirmé la tenue de l’audience publique de ce mercredi 23 avril à 11 heures, dans le cadre du dossier RP 002 : Ministère public contre Matata Ponyo Mapon Augustin, Grobler Christo Stephanus et Mutombo Nyembo Déogratias. La Cour, siégeant en matière répressive, balaie ainsi d’un revers de robe les manœuvres dilatoires, les arguties procédurières et les effets de manche.
L’art de l’évitement, érigé en méthode
Depuis des années, Matata joue au chat et à la justice. Devant la Cour constitutionnelle, il s’exclame : « Je ne suis plus justiciable ici. » Devant la Cour de cassation : « Je ne le suis pas encore. » Une gymnastique juridique où l’essentiel — les faits, les preuves, les responsabilités — disparaît dans une brume d’interprétations. Une tentative désespérée de retarder l’échéance, comme si le temps pouvait effacer la mémoire collective ou dissiper les 205 millions de dollars engloutis à Bukanga-Lonzo.
Et désormais, ultime pirouette : Matata Ponyo a annoncé qu’il ne se présentera pas devant la haute Cour. Il justifie ce refus par la position de l’Assemblée nationale, qui juge les poursuites engagées contre lui inconstitutionnelles et contraires à son règlement intérieur, en raison de ses immunités parlementaires. Une posture que ses partisans voudraient ériger en principe de droit, mais qui s’apparente davantage à un faux-fuyant politique. Heureusement, la Cour constitutionnelle ne semble pas disposée à céder à ces caprices. Le procès se tiendra, avec ou sans lui.
Bukanga-Lonzo ou l’économie du mirage
Au commencement, il y avait une promesse : transformer les terres de l’Ouest congolais en grenier national. Bulldozers, fanfares, milliards de francs, propagande… Puis, le vide. Pas de récoltes, pas de retombées. Un projet fantôme, où les seuls fruits moissonnés semblent avoir nourri des sociétés écrans et des comptes offshore. Le rapport de l’Inspection générale des finances est accablant : centralisation suspecte des décisions, contournement des procédures, gestion solitaire et opaque des fonds publics. Un pillage sous haute protection.
Quand le pouvoir devient un abri
Dans une République digne de ce nom, le principe de redevabilité est sacré : plus on exerce de pouvoir, plus on doit rendre des comptes. Mais en RDC, c’est l’inverse : plus les responsabilités sont hautes, plus les filets judiciaires se distendent. Matata Ponyo a fait de son procès une farce républicaine, enchaînant reports, exceptions d’incompétence et recours dilatoires. Il mime la persécution, brandit ses immunités comme un passeport diplomatique, et se victimise dès que la vérité approche.
La fermeté retrouvée de la Cour
En maintenant le procès du 23 avril, la Cour constitutionnelle refuse de jouer le jeu. Elle envoie un message clair : nul, fût-il ancien Premier ministre, n’est au-dessus de la loi. Cette audience pourrait marquer le début de la fin d’un cycle d’impunité qui a trop longtemps protégé les puissants. Le procès Matata n’est pas qu’un litige : c’est un test de solidité pour l’État de droit. Le moment est venu d’arrêter de débattre de la compétence des juges pour enfin parler de celle du peuple à exiger des comptes.
Dans tous les cas, Matata Ponyo ne pourra éternellement courir plus vite que l’ombre de ses actes. Les temps changent, et avec eux, la soif de justice d’un peuple qui refuse d’être complice par lassitude. L’argument du complot ne pèse plus face à l’évidence comptable. Le pays n’attend plus des plaidoiries creuses, mais une vérité nue. La justice n’est pas un théâtre d’ombres. Elle est la dernière digue contre le naufrage de la République. Et dans ce contrat moral qu’est le service public, Augustin Matata Ponyo a une dette à solder.
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