À l’heure où les rumeurs numériques prétendent rivaliser avec les faits, la démarche du député Olivier Katuala fait figure d’acte politique responsable. En adressant une question d’actualité au ministre d’Etat en charge de la justice, Constant Mutamba, sur le dossier sensible de la prison de Kisangani, l’élu relance le débat sur la transparence dans la commande publique. Derrière ce projet obscur de 39 millions de dollars, alimenté par des documents douteux et des accusations virales, se joue un enjeu plus vaste : celui de la crédibilité de l’État dans sa lutte contre la corruption.
Un projet d’infrastructure carcérale à Kisangani, jusque-là passé relativement inaperçu, se retrouve au centre d’une polémique mêlant allégations de détournement de fonds, contrat de gré à gré, et guerre de communication. Mercredi 14 mai, une question d’actualité a été officiellement adressée au ministre d’État, ministre de la justice et garde des sceaux, Constant Mutamba, par le député national Olivier Katuala. Celui-ci réclame des explications sur les conditions d’attribution et de financement du marché public relatif à la construction d’une nouvelle prison dans la capitale provinciale de la Tshopo.
« Ce dossier, qui touche à la bonne gouvernance et à la lutte contre la corruption, mérite des éclaircissements urgents. Ma question d’actualité vise à obtenir des réponses claires du ministre d’État sur les points suivants : l’approbation du contrat de gré à gré avec ZION CONSTRUCTION SARL ; la source des fonds décaissés pour ce projet ; et les mesures prises pour garantir la transparence et la légalité dans ce dossier », a déclaré le parlementaire.
Une rumeur virale, deux démentis officiels
Depuis plusieurs jours, des documents non authentifiés circulent sur les réseaux sociaux, accusant les ministères de la justice et des finances d’avoir validé un paiement de 39 millions de dollars pour une prison « fictive » à Kisangani. Face à cette campagne virale, les deux ministères ont rapidement réagi par voie de communiqué.
Le ministère de la justice a ouvert la riposte, le 11 mai, en affirmant qu’« aucun contrat de 39 millions USD n’a été signé » par ses services. Il qualifie de « fausse information » la prétendue lettre émanant de la Direction générale du contrôle des marchés publics (DGCMP) qui aurait validé le marché. Le document précise également qu’« aucun fonds n’a jusqu’ici été décaissé du compte du ministère de la Justice ou du Trésor public » et annonce des poursuites judiciaires contre les auteurs présumés des accusations.
Le lendemain, lundi 12 mai, le ministère des finances est venu en appui. Dans un communiqué signé par le directeur de cabinet Alain Malata Kafunda, il précise que « ce dossier n’a été pris en charge ni de près, ni de loin par les services du ministère des Finances », tout en insistant qu’aucun décaissement n’a été effectué depuis les comptes relevant de sa gestion. Le ministère reconnaît cependant que certains projets peuvent être exécutés via des comptes spéciaux échappant à sa supervision directe, sans lien avec son administration centrale.
La crainte d’une « justice parallèle »
En filigrane, les deux ministères dénoncent une tendance croissante à la « justice parallèle » exercée sur les réseaux sociaux. « Les réseaux sociaux se substituent de plus en plus aux cours et tribunaux de la République », regrette le communiqué du ministère de la justice, qui voit dans cette affaire une tentative de manipulation visant à « discréditer les institutions de l’État » et à « empoisonner l’opinion publique ».
Les autorités affirment leur attachement à la transparence budgétaire, à l’intégrité de l’action publique et à la primauté du droit. Le gouvernement, rappellent-elles, poursuit la mise en œuvre de réformes structurelles, notamment la création du Compte Unique du Trésor, censé améliorer la traçabilité et le contrôle des flux financiers de l’État.
Dans ce climat de méfiance généralisée, l’interpellation du ministre de la justice au Parlement pourrait offrir un moment de clarification. L’examen de la question d’actualité devrait permettre d’établir, faits à l’appui, l’existence ou non d’irrégularités dans le projet de la prison de Kisangani.
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