Face aux vulnérabilités structurelles de son économie et à l’impératif d’un développement plus inclusif, le gouvernement congolais amorce un tournant stratégique. En défendant une vision cohérente et volontariste du commerce extérieur, Julien Paluku, ministre du secteur, incarne cette volonté de rompre avec les approches fragmentées du passé. Loin des effets d’annonce, c’est une doctrine commerciale articulée autour de quatre axes – diversification agricole, amélioration du climat des affaires, redynamisation des exportations et intégration régionale – que l’exécutif met aujourd’hui sur la table. Dans un pays longtemps resté en marge des grandes dynamiques économiques africaines, cet effort de structuration apparaît comme une étape nécessaire pour ancrer durablement la République démocratique du Congo dans le commerce du XXIe siècle.
Dans un pays dont l’économie repose encore en grande partie sur l’exportation des matières premières, et où les importations pèsent lourdement sur la balance des paiements, la réforme du commerce extérieur devient une urgence nationale. Mardi 27 mai, à l’occasion d’un briefing en direct sur la RTNC à Kinshasa, le ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku, a exposé les grandes lignes d’une stratégie qui se veut à la fois pragmatique et ambitieuse.
Aux côtés de Patrick Muyaya, porte-parole du gouvernement, Julien Paluku a défendu une nouvelle doctrine commerciale pour la République démocratique du Congo (RDC), structurée autour de quatre leviers majeurs : diversification, compétitivité, promotion des exportations et intégration régionale. Ce plan s’inscrit dans le sillage des orientations économiques du président Félix Tshisekedi et de la Première ministre Judith Suminwa.
Une diversification agricole encore à concrétiser
Premier pilier de cette feuille de route : la nécessité de rompre avec la dépendance au secteur minier, perçu comme à la fois volatil et peu inclusif. Julien Paluku a plaidé en faveur d’un redéploiement vers l’agriculture, un secteur à fort potentiel, largement sous-développé.
« Nous devons valoriser nos 80 millions d’hectares de terres arables, pourvoyeuses d’emplois et de sécurité alimentaire », a-t-il affirmé, estimant que la transformation locale des produits agricoles peut constituer un gisement d’exportations non traditionnelles.
Ce repositionnement agricole, souvent annoncé mais rarement suivi d’effets durables, pose néanmoins des défis logistiques, fonciers et institutionnels. Il exige un engagement politique constant et des investissements ciblés.
Un climat des affaires pénalisant les exportateurs
Deuxième axe, la simplification du cadre réglementaire et administratif. À ce jour, exporter un conteneur depuis la RDC nécessite près de 200 heures de procédures, contre moins de 50 dans la moyenne régionale. Une situation que Julien Paluku qualifie d’« intenable pour toute entreprise désireuse de se projeter sur les marchés extérieurs ».
Le ministre appelle à une modernisation des infrastructures portuaires, douanières et numériques, ainsi qu’à la lutte contre la corruption endémique qui entrave les circuits logistiques. Cette réforme, si elle est menée à bien, pourrait améliorer le classement de la RDC dans les indices internationaux de compétitivité et attirer des investisseurs jusque-là réticents.
De l’importation massive à l’exportation ciblée
La réorientation de la balance commerciale constitue le troisième levier. En 2024, les importations ont frôlé les 20 milliards de dollars, un record préoccupant dans un pays où la production locale peine à couvrir la demande intérieure.
« Nous devons inverser la tendance, exporter plus et mieux », a martelé M. Paluku. L’objectif est de renforcer les exportations hors mines, notamment les produits agricoles, forestiers ou manufacturés, afin de stabiliser la monnaie nationale et de réduire la dépendance aux devises étrangères.
Mais là encore, les ambitions du gouvernement se heurteront à la faiblesse du tissu industriel, au déficit d’infrastructures et à une bureaucratie encore peu réformée.
L’intégration régionale, un levier sous-exploité
Dernier axe : l’intégration plus active dans les grands ensembles économiques africains, tels que la SADC, la CEEAC, l’EAC ou l’OMC. Longtemps marginalisée dans ces arènes, la RDC y joue désormais un rôle plus actif – encore modeste mais stratégique.
« L’absence de la RDC dans ces plateformes a été un handicap majeur. Il est temps de rattraper ce retard structurel », a insisté le ministre, qui entend faire des accords de libre-échange un vecteur d’accès à de nouveaux marchés pour les produits congolais.
Cette ouverture exige toutefois des négociations complexes, des harmonisations réglementaires et une diplomatie économique soutenue.
Au-delà des dimensions techniques, Patrick Muyaya a mis en garde contre les tentatives de diversion politique et les « spéculations infondées » qui pourraient freiner cette dynamique. Sans nommer explicitement l’ancien président Joseph Kabila, le ministre de la Communication a dénoncé les discours « rétrogrades » et les tentatives de discrédit à l’endroit du programme économique en cours.
« Il ne suffit pas de critiquer, encore faut-il proposer des solutions viables pour un pays confronté à des défis structurels majeurs », a-t-il souligné, appelant à une mobilisation nationale « au-delà des clivages ».
Avec cette doctrine en quatre axes, le gouvernement Suminwa pose les jalons d’une réforme commerciale de grande envergure, qui pourrait transformer l’économie congolaise si elle surmonte les obstacles institutionnels et financiers qui freinent traditionnellement l’action publique.
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