Rarement une réforme de la fonction publique aura suscité autant d’attentes que celle engagée par le gouvernement congolais autour de la politique salariale. En lançant officiellement, le 27 mai, les travaux techniques devant conduire à l’élaboration d’une grille unique, équitable et fondée sur le mérite, le vice-premier ministre Jean-Pierre Lihau concrétise une promesse longtemps différée : celle de mettre fin aux disparités injustifiées et de redonner sens au service public. Portée par une volonté politique affirmée et adossée à une vision budgétaire responsable, cette réforme pourrait, si elle surmonte les obstacles structurels, devenir un levier de transformation profonde de l’administration congolaise.
Dans un pays où les disparités salariales au sein de la fonction publique sont devenues, au fil des ans, synonymes d’iniquité et d’opacité, le gouvernement congolais entend désormais faire table rase du passé. Un mois après le lancement officiel, le 24 avril, par le président Félix-Antoine Tshisekedi, des travaux relatifs à la nouvelle politique salariale, l’exécutif vient de franchir une étape décisive : l’ouverture, mardi 27 mai, des travaux techniques confiés aux experts du secteur.
Réuni autour du vice-Premier ministre en charge de la Fonction publique, Jean-Pierre Lihau, un groupe d’experts et de techniciens issus de plusieurs ministères a entamé l’élaboration de la future grille salariale censée incarner « une rupture avec l’arbitraire et les privilèges indus ».
Une volonté politique affichée
Dans son mot d’orientation, Jean-Pierre Lihau a posé les balises d’une réforme « techniquement solide, réaliste et applicable ». Le ton se veut à la fois pragmatique et volontariste. Pour le patron de la Fonction publique, la nouvelle architecture salariale devra avant tout corriger les écarts injustifiés. « Il est temps d’en finir avec un système où des agents, à fonctions égales, perçoivent des rémunérations incomparables, sans lien avec les efforts fournis ou les responsabilités assumées », a-t-il martelé.
Ce principe d’équité constitue l’un des trois axes directeurs de la réforme, aux côtés de la lisibilité et de la promotion du mérite. « Il ne s’agit pas de rémunérer un matricule administratif, mais de reconnaître la compétence, la performance et l’engagement individuel », a-t-il insisté.
Une grille salariale unique et transparente
Au cœur de la réforme : la mise en place d’une grille salariale unique, équitable et transparente, qui s’appliquerait à l’ensemble de l’administration publique. Cet outil devra offrir une lecture cohérente de la rémunération publique, jusqu’ici fragmentée entre plusieurs régimes opaques.
Ce chantier, complexe à bien des égards, implique également une refonte profonde des mécanismes de gestion des ressources humaines dans l’État. L’objectif affiché est double : motiver les agents publics en renforçant la justice salariale, tout en consolidant les finances publiques à moyen terme. « Cette réforme, loin d’être un saut dans l’inconnu budgétaire, constitue un levier pour la croissance économique et la soutenabilité budgétaire », a déclaré M. Lihau.
Un nettoyage en profondeur du fichier de l’administration
Au-delà des considérations salariales, le gouvernement entend assainir le fichier de la fonction publique. Une tâche confiée aux vice-ministres du Budget, Élysé Bokumwana, et des Finances, O’Nege N’Sele, qui ont rappelé la nécessité d’un contrôle rigoureux dans tous les services. « L’État ne peut continuer à rémunérer des agents improductifs ou inexistants. Un travail de fond est indispensable pour identifier les doublons, les absences prolongées injustifiées et les irrégularités massives », a souligné M. Bokumwana.
Les économies ainsi dégagées devraient permettre de financer, à enveloppe constante ou maîtrisée, cette réforme ambitieuse sans déséquilibrer les finances publiques.
Des attentes fortes, un défi redoutable
Alors que le gouvernement Suminwa est attendu sur des résultats concrets en matière de gouvernance et d’efficacité de l’État, cette réforme apparaît comme un test politique majeur. Attendue de longue date, la refonte du système de rémunération de la fonction publique a souvent été promise mais rarement engagée à ce niveau de structuration.
Elle intervient dans un contexte marqué par la pression sociale croissante et les exigences de rationalisation budgétaire formulées par les partenaires financiers internationaux. Son succès dépendra à la fois de la volonté politique de tenir le cap, de la rigueur des travaux techniques engagés, mais aussi de la capacité de l’administration à résister aux résistances internes.
Dans un pays où l’informel, les passe-droits et la politisation des carrières publiques minent l’efficacité de l’État, la promesse d’une rémunération juste, fondée sur le mérite, résonne comme une ambition aussi noble qu’audacieuse.
Infos27/succesnews

