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13 mai, 2026 - 11:02:03
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RDC : Le CSAC justifie la suspension médiatique de Joseph Kabila, en invoquant la loi et l’ordre public

Lors d’un point de presse organisé, jeudi 5 juin, au siège du Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication (CSAC) à Kinshasa, son président, Christian Bosembe, a défendu avec fermeté la décision controversée d’interdire temporairement aux médias congolais de relayer les propos, interviews ou activités de l’ancien président Joseph Kabila et de son parti, le PPRD. Une mesure jugée exceptionnelle mais nécessaire, dans un contexte marqué par une grave crise sécuritaire à l’Est du pays.

« Les médias ne doivent pas balancer sur leurs antennes la voix du sénateur à vie, jusqu’à ce que son cas soit clôturé avec ses poursuites à la justice militaire et au Sénat. La liberté de la presse ne doit pas violer les lois de la République », a affirmé Christian Bosembe devant une salle comble de journalistes, venus chercher des clarifications sur une décision qui continue de diviser la profession.

Accusé par certains défenseurs des libertés publiques de restreindre la liberté de la presse et de violer la Constitution, le président du CSAC a opposé un refus net à ces critiques : « Le CSAC n’a violé aucune disposition constitutionnelle, comme j’entends par les juristes des réseaux sociaux, aucune liberté fondamentale, comme je l’entends par les prophètes de malheur. Ce que nous avons fait, c’est appliquer la loi. »

Dans son argumentation, Christian Bosembe a rappelé que le CSAC, institution d’appui à la démocratie, agit en vertu de la loi sur la presse, de la loi organique du CSAC, de son règlement intérieur et de la Constitution. Il a surtout souligné que sa mesure répond à un impératif d’ordre public, face aux soupçons graves qui pèsent sur l’ancien président Kabila, cité dans plusieurs rapports de l’armée et du gouvernement comme soutien actif du mouvement rebelle M23/AFC, considéré comme un groupe terroriste armé par le Rwanda.

Entre état de droit et sécurité nationale

Si le ton adopté par le président du CSAC tranche avec la retenue habituelle des régulateurs congolais, il traduit une volonté manifeste d’inscrire l’action de son institution dans un cadre d’exception légitimé par le contexte sécuritaire. « La démocratie ne veut pas dire l’anarchie. Dans tous les pays du monde, en période de crise, les décisions sont difficiles. Des pays bien plus démocratiques que le nôtre ont parfois pris des mesures plus sévères que celles que nous prenons aujourd’hui », a-t-il insisté, sans nommer de précédents.

La mesure, qualifiée de « provisoire », est en réalité adossée à une décision du gouvernement ayant suspendu certaines activités de partis politiques, dont le PPRD, sur fond de soupçons de collusion avec des acteurs armés. Le CSAC se défend de toute dérive autoritaire et affirme ne pas interdire de prononcer le nom de Joseph Kabila, mais de faire l’apologie d’un acteur politique soupçonné d’intelligence avec l’ennemi. « Ce n’est pas un procès d’opinion. C’est un appel à la responsabilité éditoriale dans un moment où le pays lutte pour son intégrité territoriale », a justifié Christian Bosembe.

Une parole sous contrôle face à une impunité persistante

En toile de fond, la sortie médiatique du CSAC s’inscrit dans un climat de tensions croissantes entre le pouvoir en place et le camp Kabila. Le PPRD, pilier du régime Kabila entre 2001 et 2019, reste une figure encombrante dans le paysage politique, surtout depuis que certains de ses cadres ont été accusés de participer à des campagnes de désinformation, voire de sabotage institutionnel. L’ancien chef de l’État, longtemps protégé par un statut spécial, voit désormais son statut d’intouchable remis en cause, dans un climat où l’unité nationale prime sur les équilibres politiques d’hier.

Le CSAC, souvent critiqué pour son attentisme dans le passé, semble désormais assumer une posture plus offensive. « Nous avons pris nos responsabilités », martèle Christian Bosembe, qui annonce qu’une plénière aura lieu lundi 9 juin pour confirmer, adapter ou lever cette interdiction.

Dans un pays où la mémoire du régime Kabila reste douloureuse pour une large partie de la population, et où les stigmates de la guerre à l’Est attisent les colères, la régulation de la parole publique prend une dimension politique. Reste à savoir si la justice militaire prendra ses responsabilités face à celui dont les choix passés continuent d’avoir des conséquences bien réelles sur le présent du pays.

CK

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