Dans les jardins de la Primature, à Kinshasa, la mémoire de Patrice Emery Lumumba a reçu, samedi, un hommage d’État à la hauteur de son legs politique. À l’occasion du centenaire de la naissance du premier chef de gouvernement du Congo indépendant, la Première ministre Judith Suminwa Tuluka a réuni anciens Premiers ministres, représentants des institutions, membres du gouvernement, élèves et proches de la famille Lumumba pour une cérémonie de reconnaissance nationale.
Organisée dans le cadre des activités commémoratives du centenaire de Lumumba, cette célébration marque une étape de plus dans l’inscription de son héritage dans le récit national. La présence remarquée de plusieurs figures de la vie politique congolaise – Sama Lukonde, Samy Badibanga, Adolphe Muzito, Mabi Mulumba – a souligné l’unité symbolique autour de ce moment de mémoire partagée.
« Une étoile filante dans le ciel d’un continent en quête d’indépendance »
Prenant la parole devant l’assemblée, la Première ministre a dressé le portrait d’un homme « dont la carrière politique fut aussi brillante que brève », mais dont la postérité s’affirme avec une acuité renouvelée, à l’heure où la République démocratique du Congo fait face à une série de défis sécuritaires et diplomatiques majeurs.
« Parmi les enseignements à tirer de son message, nous pouvons noter principalement la défense des intérêts de notre pays à tout prix », a souligné Judith Suminwa. Pour elle, les slogans contemporains tels que Ne jamais trahir le Congo ou Le peuple d’abord puisent directement leur force dans l’héritage lumumbiste. Sa pensée, a-t-elle ajouté, demeure une « boussole pour l’actuelle génération », en particulier face aux menaces persistantes de balkanisation dans l’Est du pays.
La Première ministre a ainsi rappelé que l’engagement du gouvernement dans les processus de paix n’excluait pas la fermeté sur les principes, en écho direct à la ligne politique défendue par Lumumba dans les premières heures de l’indépendance. « L’actualité de sa pensée se vérifie dans notre combat pour la souveraineté et la paix face à toute forme d’agression extérieure », a-t-elle affirmé, dans un message de fermeté républicaine.
Un soutien symbolique fort de la famille Lumumba
Émue et résolue, Julianna Lumumba, fille du héros national, a tenu à saluer l’engagement du président de la République, Félix Tshisekedi, et celui de la Première ministre, qu’elle a publiquement assurée de son soutien : « Nous sommes toutes et tous derrière vous, avec vous », a-t-elle déclaré, appelant à suivre, avec courage et unité, le chemin du progrès et de la justice sociale.
Un message repris par plusieurs orateurs, à commencer par l’ancien Premier ministre Samy Badibanga : « Lumumba a parlé de souveraineté, d’unité, d’intégrité territoriale. Aujourd’hui encore, ces mots sont les piliers de notre République. » Le président du Sénat, Sama Lukonde, prédécesseur de Judith Suminwa à la Primature, a salué une initiative « pleinement alignée avec la vision présidentielle de reconnaissance et de réconciliation nationale ».
Un projet pour Sankuru : Lumumbaville relancée
Au-delà de l’hommage mémoriel, la cérémonie a aussi été l’occasion de réaffirmer une ambition gouvernementale : la concrétisation du projet Lumumbaville, dans la province du Sankuru, région natale du héros national.
« Ce projet s’inscrit dans une dynamique de développement territorial articulée autour de l’éducation, de la culture et de l’économie. Il s’agit d’un devoir de mémoire mais aussi d’un moteur de croissance pour la région », a expliqué la cheffe du gouvernement. En toile de fond : l’idée de faire de Lumumbaville un pôle symbolique et structurant pour le centre du pays.
Lambert Mende Omalanga, député du Sankuru, a salué l’initiative comme « une marque de reconnaissance que le Congo devait à Patrice Emery Lumumba depuis 1961 », estimant que cette célébration nationale contribue à réparer une forme d’oubli collectif.
« Il a payé de son sang l’indépendance du Congo »
Né le 2 juillet 1925, Patrice Lumumba demeure une figure cardinale de l’histoire congolaise et africaine. Fondateur du Mouvement national congolais, leader charismatique de l’indépendance, il fut assassiné le 17 janvier 1961, quelques mois seulement après sa prise de fonctions comme Premier ministre du Congo indépendant.
En honorant son centenaire avec solennité, la Première ministre Judith Suminwa affirme une volonté de transmission et d’élévation du récit national : « Il s’agit de graver dans le cœur des Congolais, au-delà des générations, l’importance de l’héritage de celui qui a marqué la destinée du pays. »
Le centenaire de Lumumba, célébré dans les institutions et à travers divers événements culturels à travers le pays, s’inscrit dans une dynamique de réappropriation mémorielle portée par le pouvoir exécutif. Elle rappelle que, dans les moments de doute ou de turbulence, les grandes figures de l’histoire nationale demeurent les meilleurs repères d’un peuple en quête de souveraineté et de justice.
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