La République démocratique du Congo veut changer d’échelle. Après avoir franchi en 2025 le seuil symbolique des 10 milliards de dollars de recettes, Kinshasa vise désormais 13 milliards pour 2026. Une ambition qui porte les signatures d’Adolphe Muzito, vice-Premier ministre du Budget, et de Doudou Fwamba, ministre des Finances. Ensemble, ils assument un cap : hausser la mobilisation interne au rang de priorité nationale.
Dans un pays où l’essentiel des richesses repose encore sur les mines, l’annonce frappe par son audace. Passer de 9,9 à 13 milliards en un an n’est pas un simple ajustement comptable. C’est un saut de confiance, presque un bras de fer avec les pesanteurs qui freinent la fiscalité congolaise : évasion, corruption, fraude aux frontières, faiblesse de la digitalisation. Muzito et Fwamba affichent une conviction : l’État peut se donner les moyens de sa souveraineté financière.
Le contexte joue en leur faveur, mais pas sans risque. La croissance dépasse les 6 % et l’inflation reflue, signe d’une économie plus résistante. Le FMI maintient son partenariat, garantissant discipline et crédibilité. Mais la dépendance aux cours du cuivre et du cobalt reste une vulnérabilité majeure. Le pari des 13 milliards se heurte aussi à une réalité : seule une adhésion massive des contribuables rendra possible cet objectif.
Doudou Fwamba ne cesse de le répéter : sans civisme fiscal, les régies ne gagneront pas leur bataille.
Au-delà des chiffres, le message est politique. Chaque dollar mobilisé est une école construite, une route asphaltée, un hôpital équipé. Les 13 milliards ne sont pas un slogan budgétaire, mais un contrat social esquissé : transparence de l’État contre contribution des citoyens. La rupture annoncée est claire : la RDC ne veut plus subir son destin, elle veut le financer.
L’ambition de Muzito et Fwamba révèle une vision : transformer l’abondance minière en levier de développement, réduire la dépendance extérieure et bâtir un État qui investit, planifie et protège. La marche sera rude, les résistances nombreuses, mais l’horizon est tracé. Les 13 milliards sont moins une cible qu’un symbole : celui d’un Congo qui ose.
Pitshou Mulumba

