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Kinshasa
30 avril, 2026 - 08:27:35
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Phénomène Mobondo : le député Garry Sakata exige un rapport fondé sur des faits

La question n’est plus seulement sécuritaire. Elle est désormais politique. À l’Ouest de la République démocratique du Congo, la persistance du phénomène Mobondo, aux portes mêmes de Kinshasa, change de statut. Ce qui était présenté comme une violence communautaire diffuse est aujourd’hui interrogé comme un système organisé, nourri par des appuis extérieurs. Dimanche, l’armée congolaise a franchi un seuil en évoquant, pour la première fois officiellement, l’implication d’acteurs politiques proches du pouvoir, soupçonnés d’avoir servi de donneurs d’ordres aux miliciens. Un rapport est annoncé. Il devra dire qui soutient, qui finance, qui arme. À l’Assemblée nationale comme sur le terrain, l’attente est forte : lever le voile sur ces réseaux, c’est affirmer l’autorité de l’État et couper court à une insécurité devenue structurelle. Pour Kinshasa, l’enjeu est clair : restaurer la confiance, assumer la transparence et démontrer que la lutte contre les groupes armés ne s’arrête pas aux exécutants.

La parole militaire s’est faite plus directe. Dimanche, le porte-parole de l’opération Ngemba a confirmé l’existence d’indices sérieux sur l’implication de certains acteurs politiques dans la persistance du phénomène Mobondo à l’Ouest de la RDC. Des « donneurs d’ordres », selon ses termes, proches des cercles du pouvoir, seraient derrière l’organisation et la logistique de ces milices actives dans les provinces de Maï-Ndombe et du Kwilu.

L’armée promet désormais un rapport public. Un document attendu comme un tournant, tant la question des soutiens invisibles nourrit, depuis des années, soupçons et frustrations locales. Les déclarations militaires s’appuient notamment sur les témoignages de miliciens capturés, qui évoquent des appuis réguliers en armes, vivres et informations.

Une interrogation ancienne, désormais assumée

À l’Assemblée nationale, ces révélations ne surprennent pas tout le monde. Le député national élu de Bagata, Garry Sakata, affirme que l’existence d’une « main noire » ne fait plus l’ombre d’un doute depuis 2022. Il s’interroge publiquement sur la provenance des moyens dont disposent les Mobondo.

« Comment expliquer que ces miliciens aient parfois des armes plus sophistiquées que celles de l’armée nationale ? Comment se ravitaillent-ils ? Comment parcourent-ils de longues distances en forêt sans soutien logistique ? », s’est-il interrogé, rappelant que ces questions avaient été posées à plusieurs reprises sans réponse officielle claire.

Pour l’élu, l’annonce d’un rapport constitue néanmoins un signal positif. Elle traduirait une prise de conscience tardive, mais nécessaire, des autorités face à une insécurité qui menace directement la stabilité de la capitale.

La ligne rouge de la responsabilité politique

Prudent, Garry Sakata insiste sur un point : il ne s’agit pas de désigner des coupables à l’aveugle. « Nous ne disons pas que ce sont forcément des politiciens ou l’armée. Mais il est évident que certaines personnes apportent un soutien. La question est de savoir qui exactement », souligne-t-il, appelant à un travail rigoureux, fondé sur des faits établis et non sur des accusations gratuites.

Cette exigence de méthode est partagée par plusieurs observateurs. Dans un contexte politique tendu, la crédibilité du rapport annoncé sera déterminante. Trop vague, il nourrirait la suspicion. Trop sélectif, il fragiliserait la parole de l’État.

Un test pour l’autorité de l’État

En promettant de rendre publiques ses conclusions, l’armée engage plus que son image. Elle engage la capacité de l’État à regarder en face ses propres zones d’ombre. Identifier et neutraliser les réseaux de soutien aux Mobondo, c’est franchir une ligne rouge : celle qui sépare la lutte contre des groupes armés périphériques de la remise en cause de complicités internes.

À l’Ouest du pays, la population attend des actes. Pour Kinshasa, l’enjeu est stratégique : démontrer que la sécurité nationale ne se négocie pas et que nul, quel que soit son rang, ne peut prospérer sur le chaos.

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