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Kinshasa
20 janvier, 2026 - 14:10:16
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De la parole à l’initiative : la RDC en 2025 [Editorial]

L’année 2025 n’a pas été celle de l’attente. Pour la République démocratique du Congo, elle a marqué un choix stratégique clair : ne plus subir, mais agir. Face à une insécurité persistante à l’Est, à la volatilité des équilibres régionaux et à un ordre international fragmenté, Kinshasa a décidé de sortir de la défensive. Diplomatie, institutions, mémoire nationale : les lignes ont bougé. Sous l’impulsion du chef de l’État, la RDC a investi les arènes où se décident les rapports de force, tout en acceptant de regarder en face ses propres tensions internes. 2025 n’a pas tout réglé. Mais elle a posé un cap.

Le premier fait marquant est diplomatique. La RDC a changé de tempo. Elle a multiplié les initiatives, élargi ses partenariats, affirmé des intérêts précis. Accueillir, négocier, signer : l’action extérieure s’est voulue offensive, structurée, pragmatique. Des accords sectoriels ont été conclus, des alliances consolidées, des dossiers longtemps marginalisés replacés au centre des discussions internationales. La paix à l’Est, la sécurisation des frontières, la reconnaissance des crimes de masse et la valorisation stratégique des minerais critiques ont cessé d’être des plaidoyers isolés pour devenir des axes politiques assumés.

Cette dynamique s’est prolongée dans les enceintes multilatérales. À l’ONU comme dans les forums climatiques, la RDC a lié sécurité, justice et développement. En parlant d’écocide, de réparation mémorielle et de financement climatique, Kinshasa a refusé les débats cloisonnés. Elle a rappelé une évidence trop souvent ignorée : sans stabilité, pas de transition écologique ; sans justice, pas de paix durable.

Mais 2025 n’a pas été qu’une projection extérieure. Le front intérieur a, lui aussi, connu des secousses. La recomposition à l’Assemblée nationale, marquée par le départ de son président et l’élection d’un nouveau bureau, a révélé des tensions réelles, mais aussi une capacité institutionnelle à trancher sans rupture majeure. Le Parlement a vacillé, puis s’est réorganisé. Ce n’est pas un détail : dans un État éprouvé par des décennies de crises, la résilience institutionnelle compte autant que les discours.

À cela s’est ajoutée l’institutionnalisation du Génocost. En faisant de la mémoire un objet politique assumé, les autorités ont pris un risque : celui d’affronter le silence international, les résistances diplomatiques et les fractures internes. Mais c’est aussi un acte de souveraineté. Nommer les crimes, les inscrire dans le droit et le débat public, c’est refuser l’effacement et préparer la non-répétition.

À l’heure du bilan, 2025 apparaît comme une année de bascule plus que d’aboutissement. La RDC a montré qu’elle pouvait parler haut, négocier dur et se réformer sans s’effondrer. Reste l’essentiel : transformer l’élan en résultats tangibles. La paix signée doit devenir paix vécue. Les accords économiques doivent produire emplois et valeur ajoutée locale. La mémoire reconnue doit nourrir la cohésion, non la division.

L’avertissement est clair : sans mise en œuvre rigoureuse, l’offensive diplomatique restera un récit. L’ouverture, elle, est tout aussi nette : si le cap est tenu, 2026 peut être l’année où l’État congolais passera de la parole à la preuve. L’histoire récente montre une chose : la RDC ne manque ni de ressources ni de légitimité. Elle avance, désormais, avec une volonté plus lisible. À elle de ne plus ralentir.

Pitshou Mulumba
Journaliste Politologue

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